28/03/2007

En rester là...

 Les promenades dans Paris me manquent. Ce printemps 2007 naissant est pourtant porteur de bonne nouvelle. Je le perçois au matin, au chant retrouvé des oiseaux ; au midi, à travers la lumière si claire qui baigne les rues de la capitale ; au couchant, en compagnie des arbres de l’avenue Montaigne qui laissent éclater chaque jour un peu plus leurs bourgeons. Je sens tout cela, mais de loin, si loin, trop loin. J’aimerais regarder, humer, goûter, m’enivrer davantage encore de ce fourmillement de vie. Toute minute est belle, chaque journée intéressante. Le printemps a toujours été pour moi la saison des folies, et mai est le mois de ma vie.  

Peut être devrais-je renoncer à participer à cette campagne? Est-ce vraiment la mienne ? Pourquoi ne pas profiter de ces quelques jours en mai pour tenter de m’approcher de sensations que j’ai tant aimées et m’en contenter? En onze ans, la France a beaucoup changé. Que puis-je apporter aujourd’hui à ceux qui aspirent à la conduire ? Que dire à ceux qui vont choisir demain leur avenir ? A ces français si versatiles et contradictoires.  A ces socialistes, dont certains (pas tous, loin de là, je le sais) ne me pardonnent toujours pas de les avoir menés au pouvoir, et dont on me dit qu’ils sont agacés de mon bruyant retour et des échos qu’ils en ont. Grande est la tentation d’en rester là.

-----------

 Ce sont les réflexions qui m’ont hanté hier. J’en étais là quand m’est parvenu le journal de « papattes de mouche », ce grand quotidien du soir qui a mené contre moi tant de campagnes calomnieuses. (Ils ont viré Plenel me dit-on. A-t-il demandé l’asile politique aux Etats-Unis ?). J’y ai lu un article consacré à l’après-Sarkozy. « Déjà ? » me suis-je dit. L’élection n’a pas eu lieu, il n’est pas élu encore (et il ne le sera pas) que l’on songe déjà à ce que seront ses successeurs, quinze ans plus tard. Bon, admettons, plus rien ne m’étonne. Mais quand j’ai découvert le profil des prétendants, les bras m’en sont tombés. Il y avait là le petit Baroin, à qui l’on dresse ces temps-ci beaucoup de costumes trop grand pour lui (ministre de l’Intérieur, on rêve debout…alors président, pensez donc…) ; un type nommé Bertrand, qui a lui-même l’air étonné qu’on pense à lui comme un futur chef de l’Etat ; un certain Dutreil, celui-la, il parait que c’est un grand progressiste ; et bien sur, l’inévitable Jean-François Copé. Je vais m’attarder sur ce dernier cas. Ce garçon, qui, à certains égards, aurait mérité d’appartenir à la famille Debré, a commis un livre baptisé « Promis, j’arrête la langue de bois ». En échange de quoi, certains journalistes, qui n’ont pas noté, après la publication du livre, une différence notable dans la communication publique de l’intéressé, l’auraient baptisé « Jean-François Copeaux ». C’est assez bien vu, je dois le dire, car ce Copé me semble être fait du bois dont on fait les meubles Ikea. On m’a rapporté aussi quelques déclarations du personnage sur la vie politique, déclarations que je vous livre dans leur pureté de cristal. D'abord: "Je ne vois pas pourquoi dans ce métier on ne pourrait pas mettre de temps en temps un peu d’humour, les gens se sentent obligés d’être hyper coincés, on peut desserrer le string de temps en temps !" ou bien encore : "Dans le circuit tu as toujours à te taper avant les élections le fait qu’il y a toujours les coups les plus glauques qui sortent."  Et encore : "L’élection présidentielle créera un moment de légitimisation très fort de tout ce que nous avons fait avant."  Voilà, je vous laisse juge de la « légitimisation » à présenter celui qui  tient des propos pareils, avec un vocabulaire pareil,  comme un aspirant à succéder un jour à des personnalités comme moi ou de Gaulle. Il parait que Copé veut être président de la république depuis son enfance. Je crois qu’il est urgent de l’aider à faire en sorte que ce rêve dure éternellement. 

 Au fait, pendant que j’y suis, pourquoi le quotidien vespéral ne se livre pas à la même enquête avec les socialistes ? J’ai quelques noms à leur fournir si besoin est : Montebourg, Peillon et quelques autres… Même si, pour être honnête, je dois confesser que ces autres patronymes ne me viennent pas spontanément à l’esprit. Montebourg… Celui-là, c’est quelque chose. Il faudra bien que je me résigne à dire ce que j’en pense…

---------

 Tiens, on me signale aussi que Nicolas Sarkozy serine tous les matins à ses enfants depuis leur naissance : « Vous savez, votre papa sera président de la république un jour. » Ca, et ce qui précède, il ne m’en fallait pas plus pour me dire que, finalement, je vais encore mettre mon grain de sel dans cette élection. C’est décidé : je continue. Toute minute est belle, chaque journée est intéressante et le printemps est encore la saison des folies.

--------

PS : Patrick Ollier, nouveau Président de l’Assemblée nationale a tenu une conférence de presse et a déclaré que Ségolène Royal pratiquait « la course à l’échalote » sur les valeurs de la nation. Que voilà une déclaration de guerre à la candidate socialiste qui fera date dans la campagne, et sans nul doute dans l'histoire de France.Tout ça déclamé avec un air de contentement de soi assez remarquable. Je comprends désormais pourquoi certains de ses amis politiques l’ont surnommé « le conquis’adore ».

27/03/2007

Sarkozy et la police, la droite et Le Pen

 J’apprends avec délectation que Nicolas Sarkozy et son entourage sont catastrophés des conséquences engendrées par la navrante descente de police dans une école parisienne et la garde à vue ridicule infligée à la directrice de cette même école. « Ce n’est pas ça qu’on veut » se lamentent-ils entre eux. Et de pester contre certains éléments de la police parisienne trop réactionnaires, trop rétrogrades, et trop zélés. Voilà ce qui arrive quand on roule des mécaniques et qu’on se conduit en préfet de police et non en ministre de l’Intérieur digne de ce nom. Quand on dit n’importe quoi, il ne faut pas s’étonner que des esprits faibles fassent n’importe quoi, n’importe où, n’importe comment.

 Une bonne partie de la police de Paris (pas toute la police de Paris, je ne généralise pas) a pris la mauvaise habitude de recueillir en son sein les pires éléments de la droite. Cela fait soixante-dix ans que ça dure. De Chiappe à Massoni, en passant par Papon, les gouvernements de droite ont toujours installé à la préfecture les plus beaux fleurons de la réaction et de l’obéissance aveugle à leur pouvoir, des obsédés de la matraque et du gaz lacrymogène. Sous de Gaulle, donc sous Papon, il a été recruté là une racaille (j’aime bien ce mot, employé à bon escient. C’est comme le drapeau tricolore ou la Marseillaise , pourquoi les laisser à la droite ?), une racaille donc, responsable de bien des exactions. Ils ont toujours fait des petits et ça continue. C’est pour cette raison, que je me suis constamment méfié et que j’ai préféré recourir aux gendarmes pour assurer ma protection. Cette police là avait passé vingt-cinq ans à m’espionner. Je n’avais pas envie que ça perdure après mon élection, en 1981.

 Aujourd’hui, Sarkozy découvre que certains des héritiers de la racaille gaulliste de l’époque prennent au pied de la lettre ses déclarations de matamore. C’est assez exemplaire de cette faculté particulière de la droite française à forger elle-même les instruments de son malheur.

 Tenez, on me reproche souvent d’avoir inventé le Front national et Le Pen. Cette légende a la vie dure. J’invite cependant les plus jeunes de mes lecteurs (et les moins jeunes aussi) à se pencher sur les campagnes menées par le RPR et l’UDF contre mon garde des sceaux, Robert Badinter, de 1981 à 1983. Parce qu’il avait, à mon initiative, aboli la peine de mort, il a enduré la plus effroyable campagne de haine et de calomnie jamais vue en France depuis la fin de la IIIe République. Durant ces deux années, déjà, la droite n’a eu de cesse de brandir le spectre de l’insécurité et d’en attribuer la responsabilité à Badinter. Ils n’avaient que ce mot à la bouche : « Badinter, c’est l’insécurité ! ». Je me souviens qu’il fallait supporter, lors des séances de questions au gouvernement, les sarcasmes anti-Badinter des Madelin, d’Aubert, Toubon, ou bien encore les miasmes sécuritaires du terrifiant Claude Labbé (pour ceux qui s'en souviennent, c'était une sorte de Nosferatu, en beaucoup moins avenant). Au printemps 1983, une manifestation de policiers s’est terminée sous les fenêtres du ministère de la justice, place Vendôme, et les policiers chargés de la protection du bâtiment sont allés jusqu’à ôter leurs képis en signe de solidarité avec les manifestants. Une belle opération montée par Pasqua et ses relais dans la police parisienne. Résultat : en 84, Le Pen a obtenu 11% des voix aux élections européennes. Je n’avais quand même pas le pouvoir de monter un tel complot à l’échelle du pays. Obliger deux millions de citoyens à voter pour l’extrême droite, dans le seul but de m’arranger, et causer du tort au RPR et à l’UDF était un objectif que l’on peut raisonnablement estimer hors de ma portée. Simplement, Le Pen est apparu parce que la droite a joué avec le feu. Elle s'est accroché elle-même la casserole qui lui colle au train depuis tout ce temps.

 J’espère que l’on me pardonnera ce petit rappel historique. Mais il était nécessaire. Je vous fiche d’ailleurs mon billet, que le soir du premier tour, quand il découvrira son véritable score électoral (et pas celui des étranges sondages Ipsos-Le Point) Sarkozy regrettera d’avoir fait joujou avec son ministère de « l’identité nationale ». Les électeurs de Le Pen ont toujours préféré l’original à toutes les copies. Il en paiera le prix, comme les autres avant lui.

-------

 Quant à Le Pen (j’en parlerai plus tard de manière plus approfondie), sachez pour le moment  que j'ai assisté à son entrée à la Chambre des députés et en politique en 56, avec les Poujadistes. C’était un braillard parmi d'autres, qui se vantait de faits d’armes en Indochine dont les témoins étaient aussi rares que des cheveux sur le crâne d’Edgar Faure. Je crois que durant ces années d’étudiant en droit, son chemin avait croisé celui de Pierre Joxe. Ce dernier m’a toujours affirmé que Le Pen était un cossard pas très courageux, mais il ne m’en a pas dit davantage. Ils se sont croisés de nouveau sur un plateau de télévision et j’ai constaté, en regardant l’émission, que le président du Front National avait peur de Joxe. C’était physiquement palpable, même à travers l’écran. Impressionnant. André Labarrère, aussi avait connu Le Pen à la Corpo de droit, au début des années 50. Il lui arrivait même de dire que Le Pen était « le plus bel homme qu’il ait jamais rencontré ». Lui non plus ne m’en a pas dit plus. Et depuis, je m’interroge.

26/03/2007

La France présidente, les ambitions de Delanoë

 J’apprécie le nouveau slogan de campagne de Ségolène Royal. «  La France présidente », c’est un peu le prolongement de ma « France unie ». Je préfère cela au pillage opéré par le candidat de l’UMP, avec son affiche qui se veut très force tranquille. Un faux ciel, un arbre factice, une herbe artificielle, c’est bien joli tout ça, mais ça ne fait pas vrai président.  

-----

 J’ai eu écho ces derniers jours de la volonté du maire de Paris, Bertrand Delanoë, de conquérir après l’élection présidentielle le poste de premier secrétaire du PS. Il en parle beaucoup, ici et là, sous le sceau du secret. J’ai bien connu Delanoë autrefois et je peux vous dire qu’il ne faut pas sous estimer sa volonté tant il m’a toujours semblé un peu teigneux. Il lui est arrivé de participer, naguère, en tant que responsable du PS, à quelques petits déjeuners à l’Elysée lorsque j’y présidais. Bien sûr, en ma présence, il tentait de ne rien laisser paraître, mais à sa façon de s’agiter sur sa chaise, je voyais bien qu’il s’impatientait de tout et de rien. Un café trop chaud. Un café trop froid. Un service trop lent. Un service trop empressé… Il se mettait à soupirer d’agacement et jetait alors des regards furtifs et vengeurs au maître d’hôtel jugé responsable de ses soucis, obligé cependant de contenir devant moi la petite colère d’enfant gâté que je sentais monter en lui de manière irrépressible. Je m’amusais même à lui demander « tout va bien Bertrand ? » juste pour avoir le plaisir de l’entendre me dire tout bas le contraire de ce qu’il pensait si haut. Delanoë fait partie de ces gens qui sont nés impatients, je l’ai toujours su.

 Maintenant qu’il est maire de Paris, il parait qu’il se contrôle un peu moins. Paris grouille de rumeurs sur le caractère un peu emporté de son nouveau prévôt. Depuis qu’il a conquis, brillamment je le reconnais, cette place forte, il caresse voluptueusement l’idée de s’en faire un tremplin vers la magistrature suprême, à la manière de mon successeur. Pourquoi pas ? Les ambitions sont libres. Mais il lui faudra pour se faire s’élever un peu dans ses relations avec autrui. 

 Il parait que la table du maire de Paris est une des plus exécrables de France. Qu’on y sert l’été de la soupe de poireaux froide, et que le vin y est si mauvais que Patrick Bloche, le premier secrétaire de la fédération de Paris a fini par craquer et susurrer suavement à son hôte que « du mauvais vin au mauvais goût, Bertrand, le pas est vite franchi ». Je sais bien que Delanoë a voulu rompre avec les magnificences grotesques de ses prédécesseurs, mais il n’était pas obligé de confondre modestie et pingrerie. Savoir recevoir dans une maison publique, c’est aussi montrer qu’on aime la vie, la France et les français. On me parle d’arbres de Noël rachitiques exposés dans les couloirs de la mairie, de repas de fêtes misérables consentis aux élus du conseil, et on dit même que Sautter, l’adjoint aux finances, refuserait presque de remplacer les taille-crayons perdus par les étourdis pour des raisons d’économie. On m’a même rapporté, que confrontés aux buffets squelettiques consentis par le maire et son équipe, les groupes du Conseil multiplient par trois ou quatre le nombre des invités déclarés afin de pouvoir les rassasier convenablement. Et je n’insiste pas sur cette idée saugrenue qui a consisté à vendre une partie de l’excellente cave de l’Hôtel de ville, une cave héritée de mon successeur à l’Elysée. Un nettoyage oenologique mené, dit-on, d’une main plus que ferme, par le chef du protocole des lieux, un certain Milosevic.

 Vous me direz, tout cela n’est que détails. Ce qui compte, c’est le projet de l’homme, la politique qu’il mène, ses idées, son idéal.

  Certes, c’est sans doute important en politique, mais ça n’est pas suffisant. Je dis cela, car je devine que si Delanoë ambitionne la place de François Hollande, c’est pour mieux préparer un avenir qu’il imagine plus élevé encore. Il devra convaincre de son humanité et aujourd’hui, je vois bien que ça n’est pas gagné. Et ça n’est pas en décrétant, dans une réunion consacrée à la voirie, que les éboueurs parisiens ne font pas bien leur travail parce qu’ils sont allergiques à un aspect de sa personne qu’il m’en convaincra. Du reste, quand il s’est livré à cette sortie sur les éboueurs, les membres de son cabinet, le jeune Revel en tête, n’ont pu dissimuler, face aux élus présents ce jour là, un certain embarras. Petite incidente ; c’est ainsi que j’ai découvert que le fils de Jean-François Revel, Nicolas, était devenu chef de cabinet de Delanoë. Je me demande si, comme son père, il voit des espions communistes partout. Quand je pense que du temps de la FGDS , Revel avait presque fini par m’ancrer dans le crâne que ce brave Estier était un agent du KGB ! Tout cela par jalousie, parce qu’Estier, qui conduisait si bien dans Paris, m’accompagnait parfois tard le soir et me raccompagnait tôt le matin, partageant ainsi quelques petits secrets de ma vie…Enfin…

 J’en reviens à Delanoë et je le mets en garde. Quand l’austérité confine avec l’ascétisme, c’est un grand tort. Les français aiment bien que leurs élus soient aussi des gens de vie ; ils sont plus Danton que Robespierre, plus Talleyrand que Fouché, et je suis bien placé pour le savoir.

25/03/2007

Les Gracques et la gauche, du bon usage des journalistes

 Je viens de prendre connaissance de l’appel dit des « Gracques », pseudonyme de hauts fonctionnaires dits de « gauche » et qui veulent une alliance de Ségolène Royal avec le candidat dit « anti-système » de la campagne, Bayrou. Je croyais passé le temps de ces fantaisies depuis la fin des années 60. « L’appel à l’alliance au centre », de son vrai nom « complot sous pseudonyme », est une spécialité historique des tenants de la « deuxième gauche », les huguenots du socialisme, et est toujours destiné à affaiblir les chances de la gauche dans une élection. En général, ces gens viennent de l’ENA, se sont recyclés dans la finance et leur socialisme de raison devient de plus en plus raisonnable à mesure qu’ils accumulent les stocks-options sur leurs comptes en banque. Pour ceux-là, Bayrou est une bénédiction. L’occasion tant rêvée de profiter, de s’adonner à l’apostasie du socialisme et recueillir l’absolution de ces maîtres de l’argent, dont ils sont les obligés. J’ai eu quelques uns de ces spécimens dans mes propres cabinets. D’ailleurs, la liste présumée des « Gracques », telle que publiée par le journal de M.Colombani (papattes de mouche), est éclairante. Spitz, Olivennes, Hannezo, Obolenski, Pigasse... Lazard, Pinault, Vivendi, comité des établissements de crédit et entreprises d’investissement… Pas d’élus dans cette liste. Pas de syndicalistes. Voilà. Je n’en rajoute pas, ça n’est pas nécessaire.

 Quelques jours auparavant ces « Gracques, on avait déjà eu droit à « Spartacus ». Encore des fonctionnaires qui en pinçaient pour Bayrou. En son temps, Rocard, (qui lui, en pinçait pour Méhaignerie), publiait  des ouvrages du même tonneau sous le nom de Servet. Servet ? Un hérétique protestant : brûlé vif. Spartacus ? Un esclave révolté : crucifié. Les Gracques ? Des patriciens romains réformateurs : assassinés. C’est évident. Toutes les réincarnations de ces héros souhaitent le triomphe absolu et définitif de la gauche française.

--------------

 Les relations de Royal avec les journalistes ne seraient pas toujours des plus cordiales me dit-on. Si cela est vrai, c’est regrettable. En campagne, ce sont nos porte-parole les plus efficaces. Il faut les bichonner. J’ai déjà eu le loisir ici de donner quelques recettes à destination des grandes signatures, mais elles valent pour les journalistes moins gradés. Il ne faut pas faire comme cette andouille de Balladur qui ne se souciait pendant ses déplacements TGV que du bien-être du journaliste de TF1 qui le servait, Thierry Guerrier. C’est le genre d’incident qui énerve les autres. Après, ils se vengent. Il faut savoir répartir équitablement les marques de considération. Les inviter à un quart d’heure de conversation privée en avion. Partager un café dans un train. Déjeuner à la bonne franquette après un meeting. Jamais tous ensemble, mais les uns après les autres. Susciter le désir. Je le répète, certains journalistes sont d’autant plus dévoués qu’ils ont l’impression de faire partie de l’aventure. Moi, j’ai régulièrement tissé avec les uns ou les autres des relations particulières au gré de mes affinités. En 1981, les journalistes d’Antenne 2 et de TF1 qui participaient à mes déplacements me narraient, jour après jour, les turpitudes de leur direction. Ca m’a bien servi croyez-moi. De temps à autre aussi, je testais mes formules contre Giscard sur Richard Artz de Radio-Luxembourg. Je suspectais sa direction de me l’avoir collé afin de m’espionner pour le compte du camp d’en face. Au début, il roulait des yeux effarés quand je lui parlais, et puis, il a fini par s’y faire. Et à la fin, quand bien même ses projets initiaux m’eussent été défavorables, il était loin de m’être hostile.  

Il ne faut pas non plus hésiter à battre froid ceux qui pensent que tout leur est permis du fait de la proximité qu’ils supposent. Quand j’étais Premier secrétaire, un jour, Bruno Masure, qui était à l’époque à TF1, s’est permis à mon sujet quelques commentaires ironiques dans un de ses reportages. Lors du déplacement suivant, en Province, je ne l’ai pas salué. J’ai recommencé la fois d’après encore. Pas un mot. Pas un signe. Rien. Dans l’avion qui nous emmenait vers notre destination, il a rédigé un mot d’excuse, mot qu’il m’a fait parvenir illico. J’ai levé la sanction à l’atterrissage.

 En juillet 1988, j’ai organisé ainsi un petit voyage en guise de récompense pour quelques journalistes qui avaient suivi ma dernière campagne présidentielle. Je me souviens avoir convié M.Lhomeau du « Monde », M.Mercurol, d’Antenne 2 et M.Mano de TF1. Je les ai emmenés en hélicoptère à Vézelay et les ai initiés moi-même aux trésors de beauté de la basilique. Je dois bien admettre que cette visite n’a pas beaucoup passionné Jean-Luc Mano. Il a montré en revanche bien plus d’entrain à la lecture de la carte du restaurant de Marc Meneau, cette table merveilleuse sise à Saint-Père sous Vézelay. J’ai toujours eu un petit faible pour ce Mano. Il a des airs de ruffian et il était cul et chemise avec Charasse. Il m’amusait beaucoup, même si à table, il ne sait pas se tenir convenablement, et chez Marc Meneau, ça détonnait un peu. Ces temps-ci me dit-on, il se serait lui aussi rapproché de Sarkozy après avoir plus ou moins « conseillé » Douste-Blazy, Darcos, et Alliot-Marie.

  Comme j’ai de la considération pour lui, j’espère qu’il n’assiste pas aux réunions du jeudi où M.Sarkozy convoque ses nouveaux affidés médiatiques (il y aurait là, murmure-t-on, les Gallo, Benamou, Baverez et autres…) pour s’essuyer les pieds dessus quand il a des problèmes avec son identité nationale et sa campagne, qui, en dépit des apparences, patine sérieusement. Il parait que la dernière fois, c’est tout juste si, comme Napoléon autrefois, il ne les a pas traités de tas de m… ; les bas de soie en moins évidemment.

24/03/2007

Dray et son destin, Giesbert et la politique

 J’ai enfin vu apparaître le nom de Julien Dray dans cette campagne. Je me demandais où il était passé. Il est l’auteur du communiqué relatif à cette affaire de garde à vue d’une institutrice du XXe arrondissement de Paris, coupable aux yeux de la police de M.Sarkozy d’avoir protégé un vieil homme, menacé d’arrestation parce que « sans-papiers », comme on dit maintenant, et qui venait chercher son petit-fils à l’école. Je ne connais pas ce vieux monsieur, mais il ne parait pas, au vu de ce qu’en racontent les journaux, menacer la sécurité nationale. J’ai compris que c’est en attrapant ce genre de délinquants que M.Sarkozy et sa police, érigée en cour de justice, parvenait à gonfler les chiffres de ses succès remportés dans sa lutte contre le crime. Le communiqué de Julien Dray relève pour le moins du service minimum. 

 Je trouve en effet les socialistes bien discrets dès que l'on prononce le mot "sécurité". On devrait voir et entendre Julien Dray plus souvent qu’à son tour sur ces questions. Il a acquis une rondeur rassurante, (quel coup de fourchette !), une crédibilité indéniable et il fait partie de ces socialistes pas si rares qui sentent encore les mouvements du pays. Alors ? Je sais de quoi il est capable, c’est moi qui en ai fait un député. Ca n’a pas été facile à l’époque, car Jospin et ses amis ne l’aimaient déjà pas beaucoup . De vieilles querelles de trotskystes encore… Tout s’est joué au printemps  1988, quelques jours après ma réélection. Dray était venu à l’Elysée en compagnie d’Harlem Désir, rencontrer Attali pour une affaire touchant à leur organisation, «  SOS Racisme ». Ils m’avaient rendu quelques petits services, je leur devais bien un petit quelque chose. Je savais que Dray voulait se présenter aux législatives, mais qu’il ne savait pas comment s’y prendre avec Mauroy. Cette situation était aberrante. Je l’ai réglée. Je suis passé l’air de rien dans le bureau d’Attali. J’ai salué Dray et lui ai demandé où en étaient ses ambitions électorales. Il a eu l’air surpris que je m’y intéresse et encore plus quand je lui ai suggéré de m’accompagner dans mon bureau pour en parler. Là, je lui ai demandé où il comptait se présenter. Il m’a répondu timidement qu’il se verrait bien à Sainte Geneviève des Bois, dans l’Essonne. Je lui ai dit que c’était la bonne idée. En fait, je m’étais renseigné un peu avant, et j’avais fait dire à Dray par une relation commune que cette circonscription serait idéale pour lui. J’ai pris mon téléphone, j’ai appelé le bureau de Mauroy (à l’époque, j’évitais de parler à Mauroy directement, il s’était fait élire premier secrétaire du PS contre mon choix tout de même…) et j’ai simplement dit que désormais le candidat de la 11e de l’Essonne s’appellerait Julien Dray et que c’était à inscrire sur mon quota. Voilà comment je procédais, moi, pour choisir des députés d’avenir. Je gardais toujours une quarantaine de circonscriptions à ma disposition, sinon, comment aurais-je fait pour imposer les vrais talents ? Dray, Bredin, Royal… Cette promotion de jeunes députés socialistes avait fière allure non ?

 Quelques semaines plus tard, en juin, le parlementaire Dray devait devenir ministre. Il eut été parfait à la Jeunesse et aux sports. C’était acté et il figurait même sur la liste du gouvernement que Michel Rocard devait emporter de Matignon à l’Elysée à destination de Jean-Louis Bianco, qui devait la rendre publique. Le nom de Dray a alors disparu de cette liste durant le trajet automobile du Premier ministre entre Matignon et l’Elysée. J’ai été, comme Dray, placé devant le fait accompli. Il en a été très peiné parce qu’il avait prévenu ses parents de sa promotion. Des gens de bonne volonté, qui ont été très déçus d’apprendre que leur fils, au bout du compte, ne serait pas membre du gouvernement. J’ai appris ensuite que Rocard et Jospin s’étaient mis d’accord dans mon dos pour évincer mesquinement un garçon qui leur déplaisait. Je n’allais pas ouvrir une crise ministérielle pour ça, mais ce jour là, je me suis dit que certains héritiers de Mendès avaient bonne mine…

 Dray s’en est relevé. Il n’a pas eu de chance sous Jospin, mais j’ai constaté avec délices qu’il était l’un des grands concepteurs de la campagne Royal. Et j’irai partout le répéter autant qu’il le faudra. Il faut promouvoir ce garçon. Il a du coffre et de l’étoffe. Il y a du Clemenceau en Dray, là où il y a du Papon en Sarkozy.

------------

 A part cela, je suis allé lire sur les conseils d’un ami le « blog » de Franz-Olivier Giesbert. Il disserte chaque jour sur son déjeuner du midi. Je le plains beaucoup. Se farcir tout un repas ce dindon de Copé, et en dire du bien après, ça doit faire partie des servitudes du métier, admettons. Initialement, j'étais allé lire sous sa plume, toujours aussi dilettante, ce qu’il pensait de l’affaire Besson. Il estime que lorsque ce zozo a commencé à faire le malin pour servir la soupe à son ami Sarkozy, Royal n’aurait pas du dire: « qui connaît Besson ? » Il ajoute que « tous les politiciens chevronnés savent qu’il ne faut jamais, dans une campagne présidentielle, avoir des propos raides ou abrupts. Il faudra bien que quelqu’un, dans son état-major, se dévoue pour le lui dire (à Royal). » Enfin, cerise sur le gâteau, il souffle qu’à sa place, je me serais contenté de lâcher benoîtement un propos du style :  « C’est dommage, je le regrette, c’est vrai qu’on n’a pas toujours les mêmes idées, mais je l’aime bien et j’espère qu’il reviendra un jour dans la maison socialiste où il a sa place.» 

 Le problème de Giesbert, c’est qu’il croit connaître la politique car il s’est mis en tête qu’il était un peu mon fils spirituel dans la confrérie des journalistes (une nuit à Latche, et c'est la folie des grandeurs). Je vais donc lui rappeler deux constantes de la vie publique, à respecter impérativement, si on ne veut pas finir par être livré aux chiens. D’abord, on ne ménage jamais les traîtres, jamais. Ensuite, qu’en quatre campagnes présidentielles, je ne me suis jamais gratté pour dire ce que je pensais des de Gaulle, Giscard, Chirac et assimilés, et ça ne m’a pas si mal réussi.

 Pour finir, je félicite le directeur du Point pour la photo de une qui orne la couverture de son journal cette semaine. Il s'agit d'un portrait de Ségolène Royal choisi avec soin, on le devine aisément. Moi aussi en mon temps, j’ai eu droit à ces amabilités photographiques de la part de la presse aux ordres. Moi aussi, je me suis retrouvé, plus souvent qu’à mon tour, à la une de magazines, l’air défait, la mine hâve, le regard hagard et l’air tellement absent que je finissais moi-même par me demander si le cliché en question n’avait pas été pris à mon insu, à la fin d’une garde à vue de quatre jours. Soumise à un traitement identique, Ségolène Royal a, malgré tout, un petit avantage sur moi, et qui la préserve du pire. Ils ne pourront jamais la photographier mal rasée.

23/03/2007

Sarkozy et ses soutiens autrefois miens

  Cette dernière semaine, je me suis penché avec intérêt sur la liste des personnalités, vedettes, intellectuels, artistes, qui soutiennent Nicolas Sarkozy. Pour tout vous dire, je n’en avais à l’origine qu’une vague idée et au vu des premiers noms parvenus jusqu'à moi, je m’étais dit que je n’aurais pas à évoquer cette question. Depuis, on m’a indiqué qu’un certains nombres de caractères venus de la gauche, naguère proches de moi ou de mes orientations, s’étaient ainsi ralliés au candidat de l’UMP. J’ai voulu en avoir le cœur net. Dans l’ensemble, ce que j’ai découvert ne m’a pas surpris. C’est une situation qui n’est pas sans rappeler 1958, quand ils allaient tous à la soupe de « mon général ». Que mes lecteurs me pardonnent, mais je leur dois quelques explications au sujet de ces ralliements, qui au premier abord, peuvent paraître  surprenants, d’autant que certains se réclament encore de moi. Me sentant une part de responsabilité dans cette affaire, je délivrerai ma part de vérité. Je vais par conséquent me livrer à une petite revue de détail en priant ceux qui me lisent de me pardonner le caractère éventuellement fastidieux de l’exercice. 

 S’agissant de Roger Hanin, je peux vous garantir qu’il est de bonne foi. Il est persuadé que tous les socialistes m’ont renié. Beaucoup l’ont fait. Mais s’il me lit, j’espère qu’il se souviendra que cela n’a jamais été le cas de Ségolène Royal. D’une certaine façon même, ce que lui ont fait endurer certains partisans de Strauss-Kahn durant la campagne interne du parti (Cambadélis a beau approcher la soixantaine, il se croit encore chez les Lambertistes, le coup des sifflets au meeting du Zénith, en novembre dernier, quelle tristesse…) aurait du lui montrer ce qu'il en était réellement. Ne m’a-t-elle pas cité comme une référence depuis le début ? Je conseille donc à mon beau-frère de voter Royal. C’est comme ça qu’il pourra le mieux embêter ceux des socialistes qui en ont fait un peu trop en prenant leurs distances avec moi, et qui, ces derniers temps rechignent (c’est une litote, mais je ne veux pas diviser ce qui l’est déjà trop) à soutenir une candidate qui s’inspire de ma pratique. Roger a toujours été entier. Il me revient que le jour de ma prise de fonctions à l’Elysée, le 21 mai 1981, il avait failli causer un scandale au déjeuner parce que le maître d’hôtel lui servait des tranches de foie gras trop grosses. Il s’était aussitôt persuadé qu’on le traitait en nouveau riche, en parvenu, et qu’en le servant ainsi, les laquais jusque là dévoués à Giscard d’Estaing lui signifiaient le mépris qu’ils avaient de ses manières et de sa proximité avec moi. Par la suite, ça s’est arrangé, et croyez moi, il a toujours fait honneur au buffet lors de ses visites ultérieures. Pour ma seconde investiture en 1988, je l’ai même vu se cacher derrière les colonnes de la salle des fêtes de l’Elysée pour s’empiffrer de petits fours et mieux échapper à la surveillance de Christine Gouze-Raynal, son épouse, qui l’avait mis au régime.

 Pour ce qui est de Pascal Sevran, le cas est plus délicat. Comme toujours, il en fait trop. Fort heureusement, on ne m’a pas demandé mon avis sur ses sorties récentes. J’aurais été obligé d’indiquer que je ne pouvais préserver la même qualité d’amitié à son endroit. Il n’est quand même pas obligé de s’afficher dans des réunions publiques aux côtés de Sarkozy, non ? Ca fait un peu opportuniste, et pour tout vous avouer, ça me déçoit. Que Sevran soit de droite, je l’ai toujours su, ça n’est pas le problème, mais s’afficher de cette façon avec un individu qui n’a rien lu, c’est indécent. Je doute que Sevran puisse l’entretenir des œuvres de Bernanos ou de Bataille. Tiens, une journaliste m’avait confié un jour qu’elle avait convié Sarkozy à une émission radiophonique afin qu’il puisse livrer au public ses goûts littéraires. L’entourage avait accepté l’invitation dans un premier temps, puis l’avait annulée quelques jours après. « Vous comprenez, avait-on dit à la journaliste, Nicolas ne lit rien, il n’aime pas ça. Venir chez vous, il serait ridicule ».

 Et puis il y a les intellectuels… Finkelkraut, Bruckner, Gluksmann. J’ai du mal à comprendre le premier. Il fait des phrases qui n’en finissent pas. Je me demande parfois si il n’a pas écrit des discours pour le compte de Rocard. Si j’ai bien compris, on dit qu’il soutient Sarkozy, lui dit que ça n’est pas ça, mais il ne dément pas avec une extrème vigueur. C’est bien embrouillé tout ça. J’ai essayé de démêler le vrai du faux, le possible de l’impossible et finalement, au bout du compte, j’en suis arrivé à la conclusion que l’avis de  Finkelkrault, franchement, on s’en fout.

 Bruckner, c’est comme Enrico Macias, un petit déjeuner avec Sarkozy, et hop ! Rallié. Il a jugé Sarkozy « très courtois et très brillant ». Je m’en tiens là.

 Quant à Gluksmann, il ne faut pas chercher très loin. Il en veut à la gauche entière et à moi-même depuis que j’ai refusé de le nommer ambassadeur à Prague alors qu’il m’en suppliait. A quoi ça tient tout de même… 

 Max Gallo aussi s’est converti. J’aimais beaucoup ses livres autrefois. Je les dévorais vite. Le temps de lire la dédicace, savoir si elle était convenablement rédigée, et puis voilà. Je refilais ça à l’un de mes conseillers pour qu’il lise le reste et me fasse un résumé de vive voix. Cela me permettait toujours de féliciter Gallo pour son dernier roman, citation à l’appui. Je sais que cette petite attention avait le don de lui apporter du réconfort car les critiques ne l’épargnaient pas. Il est vrai qu’elles, elles avaient tout lu.

 Le cas de Bernard Tapie est passionnant. Il paraît que Boorlo, son ami, et conseil juridique à l’occasion, lui a mis en tête que Sarkozy élu, cela règlerait une bonne partie de ses soucis. Borloo a toujours été gentil avec Tapie. Quand ce dernier doit faire une interview au journal d’Antenne 2, il téléphonerait, dit-on, à son épouse, Béatrice Schonberg, pour lui indiquer les questions à poser. C’est pratique. Quand je pense que de mon temps, je n’ai jamais osé faire ça avec Ockrent ! J’ai été bien naïf… Cela étant, j’ai remarqué que depuis que Boorlo se fait prier à soutenir Sarkozy, Tapie est bien silencieux. Ne devait il pas nous faire connaître son choix ces jours-ci ? Je le connais l’animal. Il a du flair. Entre Boorlo qui tâte, et les affaires de Sarkozy qui ne doivent pas lui paraître si bien engagées que cela, il se terre en souhaitant qu’on l’oublie.

 Reste le cas du jeune Georges-Marc Benamou. Vous savez, ce garçon qui prend des dindes bien grasses pour des ortolans rachitiques. Il semblerait que dans les dîners en ville, il se flatte de conseiller Sarkozy. « Et j’ai dit à Nicolas » et « Nicolas m’a demandé de relire son discours »… Si c’est vrai, Sarkozy est fichu. C’est un porte poisse ce Benamou. Il est de notoriété publique que j’ai laissé ce jeune homme raconter partout qu’il avait noué avec moi une relation de confiance. En réalité, c’est Pierre Bergé qui me l’avait mis dans les pattes. Je songeais à un ouvrage de mémoires et j’avais besoin de quelqu’un pour me faire des fiches. A dire vrai, Benamou ne s'était pas révélé très doué pour cette tâche, il est dépourvu de toute rigueur intellectuelle. En revanche, c'était une mine de potins distrayants. Pour le récompenser, je lui ai accordé de signer le livre avec moi. Par la suite, il en a profité pour pondre quelques opuscules à partir de deux ou trois conversations que nous avons eu ensemble. Cela m’a beaucoup étonné de re-découvrir tout ce que j’avais pu lui dire en lisant ses ouvrages. Moi, j’avais le souvenir que nous avions surtout beaucoup parlé des nombreuses qualités de Valérie Kaprisky.

22/03/2007

Bayrou et Gandhi, Sarkozy et son labrador

 Je me suis toujours considéré comme libre. Libre à l’égard des forces d’argent, libre à l’égard des « gaullistes », libre à l’égard de la presse, des Etats-Unis, de Brejnev, de TF1 et même des… socialistes. Aujourd’hui comme hier, je dis ce que je veux, je fais ce que je veux, comme je le veux, au moment où je le veux. Croyez-moi, être en accord avec soi-même, je ne connais pas de meilleur bulletin de santé, et si je me livre à cette petite précision, ce jour, c’est que je redoute que certains, à gauche, ne se méprennent sur le sens de mon retour. Ils seront, comme toujours, surpris.

 Je persiste : François Bayrou est un homme dont on doit souligner la force de caractère. Il est venu à bout de son handicap en faisant preuve d’une détermination implacable. J’ai toujours pensé que dans la galerie des dirigeants centristes, c’était le plus prometteur. Je l’ai dit en son temps, mais à l’époque, plus personne ne m’écoutait. Avouez qu’il une autre allure que cet affligeant Méhaignerie ou ce pauvre Barrot. Cela ne m’empêche pas de penser que ce qu’il propose aux français est absurde sur le plan politique, pas plus que cela ne m’empêche de dire à Ségolène Royal que le meilleur moyen de lui reprendre des voix, ça n’est pas de dire qu’il est de droite, les français s’en fichent, c’est de parler plus fort que lui contre Sarkozy.

 Encore un mot sur Bayrou, je sais un fait dont personne ne vous entretient et je vous le livre puisque je suis ici pour cela : ce centriste a eu un passé de « hippie ». Oui, je dis bien  « hippie ». Il a été proche de Lanza del Vasto, le fondateur pacifiste de la communauté de l’Arche, une sorte de groupe inspiré des ashrams de Gandhi. Ecrivain, poète et militant anti-nucléaire, c’était un gentil illuminé, qui a flirté avec le gauchisme sans le savoir, et qui s’est illustré dans les manifestations contre l’installation d’un camp militaire dans le Larzac. Croyez-moi, les adeptes du personnage ne ressemblaient pas au jeune Devedjian de l’époque (celui-là, je lui ai toujours trouvé des faux airs de Jean-Claude Brialy en plus méchant, non ?), qui voyageait sans se séparer de ses barres de fer et souliers cloutés.  Fidèles à l’enseignement de Gandhi, Del Vasto et ses amis aimaient les fleurs et la nature. Bayrou l’a beaucoup fréquenté à une époque, et il y a quelques années, il savait évoquer sa relation avec ce personnage avec beaucoup d’émotion. La terre, la nature, l’harmonie de l’univers, les cheveux longs… C’est assez farce de se dire que le fossoyeur de Méhaignerie-Barrot a été un adepte de Gandhi.

 On me dit que Nicolas Sarkozy joue au « président » depuis plusieurs années. Il n’y a pas si longtemps, par une belle journée de juin, des visiteurs du ministre de l’Intérieur ont eu la surprise de le voir équipé d’un labrador noir avec lequel il s’esbaudissait dans les allées du petit jardin de la place Beauvau. Ces mêmes visiteurs ont ensuite été conviés par leur hôte à une conversation au coin du feu, dans les salons du ministère, afin d’évoquer les questions du moment et se délecter d’un bon thé chaud accompagné de délicieux petits gâteaux. Nicolas Sarkozy portait un pull-over un peu fatigué et un pantalon de velours. Il parait aussi qu’il mettait en garde les impétrants désireux de caresser son labrador : « Attention, il mord assez facilement », tandis que la pauvre bête, visiblement peu à l’aise avec toutes ces têtes inconnues, posait sa tête bienveillante sur les genoux des uns et des autres afin de démontrer qu’elle n’était pas la proie de tentations carnassières. A un moment, sans doute était-ce là l’effet recherché, les participants à cet étrange cérémonial ont fini par se dire que décidément, Sarkozy ressemblait à qui vous savez et que décidemment, avec son labrador féroce mais dressé, son pull un peu fatigué et son pantalon de velours, sa cheminée et son feu, son thé et ses petits gâteaux, sa conversation et sa France, décidemment, oui, il était bien le successeur annoncé.

  C’est là que l’un des convives est sorti de la séduisante torpeur où le plongeait habilement le ministre. Et il a fini par se dire que le chien, passe encore, mais que le pull, le velours, la cheminée, le feu, le thé, les gâteaux, tout cela en plein mois de juin, c’était, tout bien réfléchi, et même pour ressembler à qui vous savez, assez ridicule.

21/03/2007

Mon successeur et Sarkozy

Il est entendu que mon successeur apporte son « soutien » à Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. C’est ainsi en tout cas, que ce jour, les grands organes de la presse audiovisuelle résument le discours très bref du président sortant prononcé pour l’occasion. « Soutien ». Depuis ce matin, c’est le grand rabachage. « Soutien » par ci, « soutien » par là, du « soutien » en veux tu, en voilà… Le mot doit finir par leur brûler la bouche.

 Moi, je sais que mon successeur ne doit pas être satisfait de ce raccourci rapide, lui qui s’est donné tant de mal pour en faire si peu. Et puisque les journalistes ne se livrent pas à l’exégèse de petit texte, je vais les y aider.

 Voici ce que déclare mon successeur :

« S'agissant de mes choix personnels, les choses sont simples. Il y a cinq ans, j'ai voulu la création de l'UMP, et ceci pour permettre à la France de conduire une politique rigoureuse de modernisation, dans la durée.

Dans sa diversité, cette formation politique a choisi de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle, et ceci en raison de ses qualités.

C'est donc tout naturellement que je lui apporterai mon vote et mon soutien. »

 Moi en lisant ces quelques lignes, dont je devine, (pour avoir éprouvé directement parfois, la duplicité dont leur créateur peut être capable) qu’elles ont été mûrement réfléchies, j’ai compris que l’auteur regrettait que ce qu'il avait inventé (« J'ai voulu la création de l’UMP »)  ait choisi un candidat qui aurait très bien pu en être un autre (« dans sa diversité ») mais que, compte tenu de ce choix qui n’est pas le sien (« cette formation politique a choisi de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy »), il ne pouvait faire autrement que de voter pour ce candidat ET le soutenir, dans cet ordre là, disposition hiérarchique qui n’est pas innocente.

 Je note enfin l’emploi de l’expression « mes choix personnels ». Une expression qui devrait éveiller l’attention des observateurs paresseux de cette campagne. Ne ressemble-t-elle pas à celle employée par un certain Jacques Chirac, le 26 avril 1981, soir du premier tour de l’élection présidentielle, lorsqu’il avait indiqué « qu’à titre personnel » il ne pouvait que voter Giscard d’Estaing au second tour, alors que tout le monde sait depuis qu'en réalité, il complotait sa chute ?

 Voilà ce que l’on baptise « soutien » en France, en 2007, dans une campagne présidentielle. Moi je veux bien. Cela me donne juste envie de plagier ce que disait Talleyrand des gouvernements que l’on soutient. Je dirais donc qu’un candidat qui reçoit le soutien de mon successeur est un candidat qui tombe.

Sarkozy et la télévision, Royal et le CERES

 Je constate sans déplaisir que « le Canard enchaîné » rapporte ce matin un incident survenu à FR 3 lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Christine Ockrent. Le dit Sarkozy menaçant de « virer » (quel vocabulaire…) toute la direction de la chaîne pour retard au maquillage et défaut de représentation de personnalités éminentes lors de son arrivée. Il faut vraiment s’appeler Sarkozy pour avoir envie de serrer la main molle, fuyante, moite, et pour tout vous dire, éternellement giscardienne, de Patrice Duhamel ou celle de son adjoint, ce faiseur de Carolis, (j’ai rétabli la vraie hiérarchie entre les deux hommes) mais passons… Certains de mes lecteurs vont sans doute s’étonner qu’en dépit de tous leurs efforts pour s’attirer ses grâces, les dirigeants de la télévision publique soient ainsi victimes des menaces du ministre de l’Intérieur. Rien n’est moins surprenant pourtant. On m’a dit en effet que sévit dans l’équipe de Duhamel, avec un titre de directeur délégué, un jeune homme du nom de Bastien Millot. Ce garçon est sans nul doute un grand connaisseur de la télévision puisqu’il était auparavant membre du cabinet de Jean-François Copé, ministre du budget et encore auparavant membre du cabinet du même Copé à la mairie de Meaux. A Bercy, il se serait rendu coupable d’un crime imprescriptible aux yeux de Sarkozy : il serait l’un de ceux qui auraient contribué à alerter la presse des déboires conjugaux du président de l’UMP au printemps 2005, à grands coups de téléphone passés dans toutes les rédactions. Il aurait même poussé le souci de livrer l’information la plus juste possible en envoyant la photographie du nouveau compagnon de Cécilia aux organes de presse intéressés. C’est pour cette raison que lors de la mise ne place de cette équipe à l’été 2005, les « sarkozystes » se sont vite persuadés que ces gens-là étaient installés par Villepin et Copé pour leur causer du tracas. Ca n’est pas faux et c’est toujours un spectacle plaisant que de voir les héritiers du « gaullisme » se chamailler entre eux pour le contrôle de la télévision… 

  J’ai aussi appris que les ministres se disputaient désormais les faveurs des présentatrices de journaux télévisés. J’ai vu la jeune Marie Drucker sur FR3 justement, une fois ou deux. Elle a bien fait de choisir François Baroin comme petit copain. Au début de leur liaison, m’a-t-on soufflé, ils se retrouvaient secrètement, le soir, sur le boulevard Exelmans à Paris. Ils s’embrassaient furtivement devant les passants, espérant ne pas être surpris et reconnus, évidemment. Ils sont très bien assortis et menent probablement une vie aussi trépidante qu'assourdissante. J’imagine qu’ils doivent s’endormir vite et paisiblement, lorsque la nuit tombe, après avoir revu le film « la boum » sur leur magnétoscope.

N’en déplaise à ses détracteurs, Ségolène Royal a réussi un tour de force que Lionel Jospin a raté il y a cinq ans. Jean-Pierre Chevènement et ses amis sont quasiment de retour au PS. Et pour ce que j’en vois, il y a lieu de s’en féliciter. Ces ex-CERES ont toujours été assommants, je vous l’accorde, mais de mon temps, je n’avais pas hésité à leur confier la rédaction du « Projet socialiste pour la France des années 80 » afin que ça ressemble à un vrai programme socialiste. Pour le reste, quand ils se montraient trop casse-pieds, au moment des congrès, je les envoyais faire un petit tour dans la minorité du parti. Ils adoraient ça. C’est ce que j’avais fait au congrès de Pau et de Nantes. Ils pouvaient ainsi refaire le monde, à leur convenance, dans leurs motions apocalyptiques. A l’époque, ils voulaient rompre avec le capitalisme en 100 jours. Vous imaginez ? 100 jours !  Moi aussi, je voulais rompre, mais je savais que ça prendrait un peu plus de temps, et puis, la référence aux 100 jours ne me paraissait pas être un gage de succès…  cela étant, si ces jeunes gens du CERES étaient un peu entiers d’apparence, croyez-moi, sur l’essentiel et à l’occasion, ils savaient transiger. Tenez, lors de la composition du premier gouvernement Mauroy en 1981, Chevènement nous en a fait voir de toutes les couleurs pendant deux jours. Il voulait se constituer son petit ministère tout seul… Rien ne trouvait grâce à ses yeux.

  « Et je veux ci et je veux ça et si j’ai pas ça, je viens pas… ». C’était éreintant. A la fin, j’ai indiqué à Mauroy de lui dire que c’était à prendre ou à laisser et qu’il avait cinq minutes pour se décider. Croyez-moi, ça n’a pas pris plus de dix secondes à Chevènement pour accepter, tout en affichant le masque d’une douleur intolérable, symbole d’un renoncement provisoire à la rupture avec le capitalisme en 100 jours. Dans le fond, j’ai toujours suspecté ces ex-CERES d'adorer les souffrances inutiles. Je ne vois pas d'autre explication au calvaire de quinze ans qu'ils se sont infligés en quittant le PS pour finalement y revenir au terme d'un chemin de croix plus qu'éprouvant. Chevènement et ses amis sont-ils masochistes? C’est peut être pour cela qu’ils se sentent si bien aujourd’hui avec Ségolène Royal.

 J’en profite pour saluer également le retour de Georges Sarre, ancien du CERES lui aussi, et vieux compagnon de Chevènement. En voilà un qui est plaisant et qui sera, si tout va bien en juin prochain, tout à la fois maire du 11e arrondissement de Paris et député de… la Creuse. Un destin à la mesure de ce personnage. J’en avais fait un ministre en 1988. Je dois dire que c’était plus pour embêter Rocard, qu’il saoulait de développements encore plus longs et incompréhensibles que les siens en conseil des ministres, et les journalistes, qu’il persécutait inlassablement de demandes d’interviews à répétition, que pour ses talents innés. Je dois reconnaître qu’il était doté d’une capacité de travail impressionnante. Je l’invitais parfois à déjeuner ou en voyage. Je sais qu’il s’en gargarisait auprès de ses collaborateurs : « Le président veut me voir, il a des choses à me dire ». En fait, je ne lui disais rien. Je lui tirais les vers du nez pour qu’il me confesse les derniers potins du conseil de Paris. Je me souviens l’avoir convié une fois, à un court voyage officiel avec déplacement en avion et tout le tralalas qu'il affectionnait… Je lui avais caché que j’emmenais également Elisabeth Guigou. Durant le trajet aérien, je ne me suis adressé qu’à elle, ne sollicitant Sarre que pour me verser un verre d’eau. Une jolie journée. 

20/03/2007

La haine, la droite, Royal et les éditorialistes

 Ce lundi, j’ai écouté Radio Luxembourg. Ils ont remplacé ma regrettée Geneviève Tabouis par une émission qui s’appelle « On refait le monde ». Geneviève n’est plus là, mais à la place j’ai eu droit aux commentaires d’Alain Duhamel (est-il immortel ?) égratignant, vingt-cinq ans après, ma politique s’agissant de l'Italie et de Battisti et bien sûr Ségolène Royal. Il était accompagné dans son entreprise par une certaine Anne-Sophie Mercier, présentée par le sympathique speaker M.Poincaré, comme une femme de gauche n’aimant pas Ségolène Royal. Une de plus, me suis-je dit « in petto ». Je ne connais pas cette Anne-Sophie Mercier. Depuis dix ans, j’ai peu écouté la station, et de mon vivant, je n’étais pas un familier de la fréquentation des poissonniers se rendant à Rungis au petit matin y quérir leur marché du jour. J’ignorais donc, je le redis, l’existence de cette dame jusqu’à hier soir. Ce fût donc pour moi une découverte autant qu'un choc. Enfin bon, au bout de quelques minutes d’émission, assommé par les « analyses » du ministre du Yaka et de la harengère,  j’ai fini par me demander quand interviendrait un éditorialiste pour dire un peu de bien de Royal et de moi… Il doit bien encore exister des polémistes de sensibilité un peu socialiste dans ce pays non ? Eh bien ! Rien. Le réquisitoire a été dressé contre ma personne et Ségolène sans qu’aucune voix ne s’élève en réponse. Et on me dit que c’est comme ça tout le temps. Que les éditorialistes de « gauche » passent plus de temps à dire tout le mal qu’ils pensent de Royal plutôt que de se consacrer à gloser sur la vacuité du programme de Bayrou (heureusement que Simone Veil est toujours aussi méchante) ou les illuminations de Sarkozy, quand ils ne commettent pas des livres suintant la manipulation mercantile en compagnie de l’incroyable M.Besson.

 Il va falloir que Ségolène Royal s’y fasse. Comme moi, elle suscite une sorte de haine inextinguible, irrationnelle, entretenue à gauche comme à droite, et reposant sur un fondement commun. Nés à droite, nous sommes des traîtres parce que devenus socialistes. Voilà la vérité. Les gens de gauche nous haïssent parce que nous venons d'en face et les gens de droite nous haïssent parce que nous venons de chez eux. Nous les connaissons. Nous savons qui ils sont, ce qu’ils font. Les « gaullistes » sont devenus des « sarkozystes », mais croyez-moi, le fond est le même. La rumeur, le mensonge, la calomnie, la manipulation et la barbouzerie restent les flèches de prédilection dont ils parent leur carquois fatigué. Dans cette campagne présidentielle, les « sarkozystes » s’en donnent d’ailleurs à cœur joie. Un exemple ? L’autre jour, un opposant aux pratiques judiciaires de M.Sarkozy a eu la chance d’être invité d’une chaîne d’information câblée. La journaliste qui le recevait lui a confessé, un peu gênée, qu’invité la veille, Brice Heurtefeux, ministre de la République , proche du ministre de l'Intérieur, lui avait indiqué que si cet opposant était un défenseur des prostitués maltraitées par la politique répressive de M.Sarkozy, c’est tout simplement parce qu’il était un client assidu de ces dames. Rien de moins. Ajoutant, l’œil égrillard, et se donnant des airs de Fouché de Supermarché, qu’il savait de quoi il parlait. Sous-entendu : nous avons des renseignements généraux sur tout le monde au ministère de l’Intérieur. Cela m'a rappellé les malfaisances de Michel Debré, d'Olivier Guichard et de leurs complices à la fin de la IVe. Les mêmes méthodes. Les mêmes procédés, encore et toujours. Un autre exemple ? Bien volontiers. 

 J’ai été navré de la séparation de Claire Chazal (qui a des faux airs de Martine Carol, mais en plus godiche) avec Philippe Torreton. D’autant plus que navré que l’état-major de TF1 en est la cause. Torreton raconte à qui veut l’entendre, que les hommes de Bouygues, donc de Sarkozy, lui ont fait savoir, par l’intermédiaire de sa compagne qu’il devrait montrer un peu plus de discrétion dans la manifestation de son soutien à Ségolène Royal. Faute de quoi, certains rôles dans certaines productions télévisées ou cinématographiques auxquelles participe TF1 pourraient peut-être lui échapper.

  Torreton a tout envoyé balader : Sarkozy, Bouygues, Le Lay, Mougeotte et… Chazal… Et il continue de mener un beau combat pour les enfants sans-papiers d’une école du 18e arrondissement de Paris (l'école Houdon je crois). Là où ce benêt d’Enrico Macias a vendu le destin de trois enfants pour le plaisir d’un déjeuner en compagnie de Nicolas Sarkozy, Torreton, lui, résiste. Ca me plaît. Qui sait ? Après avoir incarné Jaurès, il pourrait bien interpréter mon rôle au cinéma. Ca me changera de Michel Bouquet. Et puis, on me dit que M.Giesbert du « Point » envisage de tourner un film pour France 2 sur mes années passées à Vichy. Je lui fournis ici l’idée du premier rôle de bonne grâce.

 Je m’égare. J’en reviens à mon propos initial. Tous ces éditorialistes moralisateurs, ces pamphlétaires immaculés si prompts à dénoncer nos petites turpitudes, ces procureurs de plume si vite enclins à démasquer chez Royal aujourd’hui, comme chez moi hier, les stigmates de la droite, tous ces gens ne devraient-ils pas examiner et révéler, avec le même entrain, les méthodes de la droite elle-même ? Parce que moi, après cinquante ans de vie publique, et pour parler jeune, comme croit si bien le faire ce zozo de Jean-François Copé, je peux vous le dire d’expérience : la droite, ça craint.