07/04/2007

La France, son peuple; Strauss-Kahn, sa loyauté

 Avant que de m’éloigner, je pensais avoir une connaissance instinctive de la France. J ’ai toujours eu la passion de sa géographie, je l’ai toujours considérée, à travers ses ruisseaux, ses forêts, ses champs de blé, ses clochers, comme un corps vivant, mouvant, passionnant à observer, au gré du temps et des saisons passant, tout en restant fidèle à elle-même. J’ai toujours vu cette France de la vie, habitée par un peuple qui en était comme l’âme, et auquel j’étais si fier d’appartenir. Même dans la France du béton, si loin des chênes et des fermes, des sentiers et des carillons, si loin de moi en apparence, je parvenais à me retrouver. Cet amour de ma patrie m’a toujours guidé, durant toutes ces années où je la parcourais en tous sens, de ville en ville, de village en village, en espérant qu’un jour enfin, les Français, en choisissant le socialisme, s’harmoniseraient avec leur terre. 

 Cette campagne électorale, hélas, j’ai bien peur que les Français n’en soient pas conscients, est la plus importante pour les destinées de ce pays depuis mon élection de 1981. Quel que soit le résultat, il marquera pour le siècle. Mais, j’ai le sentiment que beaucoup de nos compatriotes ne savent plus quelle est leur Histoire, qu’ils ont perdu le sens de leur pays. Que la nature de la France , il y a mille ans si belle et si hostile, si difficile à domestiquer, n’a pu l’être que par un grand peuple, un très grand peuple. Un peuple qui a toujours su trouver en lui les ressources pour s’unir, s’élever, se hisser au rang de l’Histoire, qui a avancé sans jamais se lasser sur le chemin de son destin, quitte à le façonner, parfois, par le fer et par le sang. Un peuple qui a vaincu ses peurs, ses angoisses, ses craintes. J’ai peine à discerner les qualités de ce peuple dans cette campagne présidentielle. Je sens en lui une frilosité excessive, un égoïsme mortifère. Je sens que le candidat de l’UMP a réveillé, plus que Le Pen encore, des démons endormis depuis soixante cinq ans.

 Si Ségolène Royal est élue, je sais que la France que j’aime, que vous aimez, que nous aimons, sera préservée, quand bien même j’admets que la tâche ne sera pas aisée. Mais notre France sera, malgré tout, fidèle à elle-même, si bien incarnée par son peuple encore. Si c’est Nicolas Sarkozy qui l’emporte, je crois qu’il sera temps de constater que la France que nous aimons est morte, perdue par un peuple qui n’en sera plus digne.

 Certains de ceux qui me lisent me pardonneront, je le souhaite, ce développement sentimental. Ils comprendront certainement ce que j’entends signifier ce jour. La gravité de l'enjeu à quinze jours du rendez-vous de l'Histoire.

  Certains d’entre vous vont juger que je suis encore bien sévère avec Dominique Strauss-Kahn. Mais enfin, je dois constater, que chaque fois qu’il ouvre la bouche dans cette campagne, c’est pour faire savoir tout ce qui lui déplaît dans les projets de sa candidate. Témoin ce qu’il a raconté sur l’excellent "contrat première chance" proposé par Royal. Je n’ose imaginer ce que cela donnerait si, comme certains commentateurs le rêvent à voix haute, il parvenait à Matignon en cas de victoire de la gauche. Je vais donc mettre fin au suspense. Si Strauss-Kahn ne change pas d’attitude, et vite, et si elle est élue, Ségolène Royal ne le nommera pas Premier ministre. Elle ne le nommera pas ministre non plus. Elle n’aura pas eu besoin de lui pour gagner, elle n’aura pas besoin de lui pour gouverner.

06/04/2007

L'Epouse et Sarkozy, sondages et réalités

 La famille de mon successeur ne lasse pas de m’étonner. Cette faculté à accepter les humiliations apparentes dès lors qu’il s’agit de sauvegarder les intérêts du clan, c'est-à-dire préserver un train de vie confortable, est une marque de caractère qui mérite d’être saluée. A l’heure du bilan, on est en droit de se demander si rien d’autre n’a compté pour cette famille que le bien-être offert par les palais publics qu’ils ont occupés durant quarante ans, au risque de finir leur vie publique dans le bureau d’un juge d’instruction, terrifiante perspective qui dépendrait  du bon plaisir d’un Sarkozy éventuellement élu. 

 C’est cela aussi la vie politique. Il ne faut jamais l’oublier, toute situation est porteuse de son contraire, et il faut se garder de ne se fier qu’aux apparences. Il se bâtit des rapports de force entre les uns et les autres qui se gravent dans le marbre et ne se démentent plus. J’imagine bien ce qu’a pensé hier l’épouse de mon successeur, obligée, en apparence, de multiplier lors de son déplacement lyonnais, les gestes d’allégeance à l’égard d’un homme aux manières de nouveau riche, qu’elle méprise au plus profond d’elle-même, et qu’elle se délectait à humilier en public lors de la précédente campagne présidentielle.

 Souvenez-vous des supputations de 2002. Qui à Matignon en cas de réélection du président sortant ? Raffarin ? Douste-Blazy ? (Franchement, ça ne pouvait pas être pris au sérieux, mais il y a toujours des gogos pour gober ce genre de sornettes…). Ou bien ce Sarkozy qui s’était déjà à l’époque autoproclamé premier ministre de droit ? Les pronostics allaient bon train, et je dois dire que mon successeur a plutôt bien mené sa barque dans cette affaire. Ceci étant posé, c’est à cette époque de grandes interrogations dans la campagne, que son épouse décida de s’offrir un voyage en avion avec le maire de Neuilly, pour un court déplacement en province. Durant le trajet, la conversation roula sur les rumeurs entourant la nomination du prochain Premier ministre. Sarkozy ne pipait mot, évidemment. Et c’est là que l’épouse se tourna vers lui, tout sourire, pour lui demander d’un air faussement naïf : « Et vous Nicolas, vous voyez qui comme Premier ministre de mon mari ? ». Sarkozy, qui ne se contrôlait pas plus hier qu’aujourd’hui, s'empourpra, parait-il, si violemment que certains des témoins de la scène s'inquiétèrent d’un possible malaise. L’épouse continua de le fixer de ses yeux d’acier, tout sourire, feignant toujours l’innocence. Au bout de longues, longues ; très longues secondes de réflexion, Sarkozy finit par bredouiller : « Je ne sais pas madame », sur le ton penaud d’un petit garçon qui n'a pas appris sa récitation et qui est sèchement corrigé  par la maîtresse d’école.

 C’est en pensant à cette anecdote que j’ai dit au début de ce développement que l’humiliation de l’épouse de mon successeur n’était qu’apparente hier à Lyon. Cette femme sait la faiblesse du candidat de l’UMP. Et elle sait qu’il sait. D’ailleurs, Sarkozy, quand il a narré cette histoire à son entourage, en a tiré la conclusion qui s’imposait d’elle-même : « Dans le fond, a-t-il dit, cette femme est méchante. »

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 Je suis lassé de lire chaque jour les sondages IPSOS à destination du « Point » et de France 2, qui attribuent au premier tour de l’élection présidentielle plus de 31% des voix, là où les autres instituts le situent à 26 ou 27 %, au candidat de l’UMP. En cas de victoire de ce dernier, je crois qu’il faudra peut être se pencher avec intérêt sur les commandes de sondages et autres enquêtes d’opinion qui seront faites par l’Etat auprès de cet institut. A simple titre informatif, bien sûr, sans y voir malice, et sans suspecter le moins du monde une relation de cause à effet; je ne suis pas un obsédé du complot. Je le dis d’autant plus, qu’à une certaine époque, à l’Elysée, mes services ont eu recours aux équipes de Jean-Marc Lech (par la suite, il a offert ses offices à mon successeur). J’ai appris qu’il se plaisait à conter sur les ondes de Radio Luxembourg, à l’émission « les Grosses Têtes », que certaines de ses prestations étaient rémunérées sous la forme de grandes enveloppes de papier kraft. C'était un système hérité de mes prédécesseurs. Plus tard, il a été naturellement fait en sorte d’assurer la transparence la plus totale lors de ces opérations. Toutes les règles de comptabilité publique furent dès lors respectées. D’une certaine façon je l’ai regretté. Mes collaborateurs ne pouvaient plus me rapporter l’empressement que mettait M.Lech à s’emparer des grosses enveloppes qu’on lui tendait, et à les glisser dans la poche de son pardessus, l’œil brillant et le sourire béat.

05/04/2007

Tapie et nostalgie, Sarkozy et Strauss-Kahn

 Bernard Tapie a annoncé son soutien à Nicolas Sarkozy avec une discrétion qui l’honore. Comme il fallait bien s’y attendre, mon ancien ministre a fait prévaloir le règlement de ses affaires en cours sur l’intérêt national. C’est bien triste pour lui. Il n’est jamais agréable de voir un homme se perdre pour ne plus être que l'ombre de sa propre légende. Il parait loin le temps, où, durant les quelques mois passés en prison, Tapie recevant Séguela, exigeait du directeur de la maison d’arrêt que fussent effacés des murs  les graffitis à la gloire de Jean-Marie Le Pen. Plus loin encore, le temps, où lors des élections régionales de 1992, je me réjouissais de voir un candidat portant les couleurs de la gauche soutenu par TF1 au détriment de Jean-Claude Gaudin. Tapie poussait même le sens de l’hospitalité jusqu’à héberger l’envoyé spécial de TF1 à Marseille, Jean-Luc Mano, sur son yacht, « Le Phocea ». Ce sont ces petits détails qui me plaisaient chez Tapie ; il osait tout, partout, et surtout, j’étais intrigué (certains de mes collaborateurs vous diront même que j’étais fasciné, mais ils exagèrent) par son appétence pour l’argent facile et tout ce qu’on me rapportait sur lui à ce sujet. Dans mon bureau, en tête à tête, c’était autre chose. Il s’efforçait d’avoir l’air bien élevé, propre sur lui, les souliers bien cirés, le costume bien mis. Il ne pouvait réprimer une légère génuflexion lorsqu’il me serrait la main et balbutiait quelques mots de salut les yeux baissés. J’appréciais ses qualités, d’autant plus que les socialistes ne l’aimaient pas. Assis à ma table de travail, je prenais soin de laisser s’écouler d’interminables secondes avant de l’inviter à s’asseoir, juste pour vérifier qu’il n’osait m’en demander la permission. A l’époque, je ne le recevais pas pour évoquer les dossiers de son ministère, je laissais cette tâche au Premier ministre. Je voulais l’encourager à mener définitivement une carrière publique. Il était capable d’aller loin. Cela a bien débuté avec l’aide de Charasse, et cela se termine mal avec l’aide de Boorlo.

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 Pour quoi donc les dirigeants du parti socialiste n’attaquent-ils pas Sarkozy ? Quelle est la cause de ce silence ? Sont-ils à court de formules ? Leur faut-il des slogans ? Faut-il, qu’une fois encore, même loin de tout, je m’en charge ? Il y a pourtant de quoi faire. La faiblesse psychologique du personnage n’est pas exploitée. Rien de plus simple, il conviendrait juste de s’interroger à voix haute sur l’équilibre mental du candidat UMP, et le répéter tous les jours jusqu’au 22 avril. C'est un vieux principe de communication politique: ce qui est répété un nombre incalculable de fois devient vérité.Si j’étais candidat dans cette campagne, j’aurais envoyé Dominique Strauss-Kahn ouvrir ce front là depuis longtemps. Il ne faut jamais hésiter à retourner contre la droite ceux des socialistes qu’elle estime  « raisonnables », « réalistes » et « compétents ». Qui plus est, Strauss-Kahn ferait ça très bien. Il sait mordre à l’occasion les guibolles socialistes, je ne doute pas qu’il serait aussi habile à planter ses crocs dans les mollets sarkoziens.

04/04/2007

Nature de la droite, détails vestimentaires

   Cette campagne prend une tournure inquiétante. J’écoute ce que dit le candidat de l’UMP depuis les événements de la gare du Nord à Paris. Ce discours surgit du fond des âges, sur le laxisme de la gauche, son incapacité à assurer la sécurité des personnes et des biens, sa complaisance éternelle envers les « voyous », tout cela , oui je le dis bien haut m’inquiète. Qu’on se rassure cependant, même si je vais encore agacer en disant cela, Ségolène Royal, en haussant le ton, a répondu comme il convenait. Très belle trouvaille que de qualifier Sarkozy de « candidat sortant », je la félicite, car il était temps pour elle de décocher quelques flèches envers cet adversaire déloyal par nature. Bayrou faisant long feu, elle doit se concentrer sur le seul qui vaille qu’on l’abatte, Sarkozy. Cela étant posé, je m’inquiète sur ce que les propos du candidat de l’UMP révèlent de la nature profonde de la droite. J’éprouve le sentiment étrange d’avoir déjà entendu ces propos par le passé. Je croyais pourtant révolu le temps des Marcellin, des Debré, des Poniatowski, des Peyrefitte, des Lecanuet… Je constate, pour le déplorer, qu’avec Sarkozy, ils aient trouvé un héritier digne de leur patrimoine. Je m’interroge donc, et je suis à deux doigts de conclure, sur le fait qu’avec son côté pittoresque, ses bières et ses poignées de main, ses : «c’est beau, mais c’est loin » et ses : «on va s’occuper de vous tout de suite », mon successeur a caché pendant de longues années la nature profonde de la droite, ce qu’elle a toujours été, ce qu’elle sera toujours. Une droite de coups de menton et de coups tordus, peuplée de petits Bonaparte et de Napoléon le petit, qui rêvent de commettre à leur tour un petit coup d’Etat permanent et dont Nicolas Sarkozy constitue le dernier avatar. On va encore me dire : « vous exagérez ! Vous n’avez plus de recul ! soyez plus modéré ! ». Je m’y refuse. Sarkozy est-il modéré ? Non. Contre ce genre d’adversaire, je l’ai toujours professé, l’opposition doit être inconditionnelle. 

 Dans le fond, aujourd’hui, qu’est ce qui distingue le candidat UMP de certains éléments de la droite la plus dure ? Son ministère de l’immigration et de l’identité nationale, ce clin d’œil plus qu’appuyé aux thèses du Front national ne mérite-t-il pas que chacun s’interroge en conscience ? S’il s’agit de la manifestation de l’idéologie profonde qui habite Sarkozy, cette proposition est effrayante, parce que stupide. S’il s’agit d’une simple opération électoraliste, cette proposition est criminelle, parce que cynique.

 Je livre cette réflexion ce jour, car je m’interroge sur les choix effectués par les socialistes au soir du 21 avril 2002. Je pose les mêmes questions que Lionel Jospin. Fallait-il se rallier aussi vite, et sans conditions, au vote en faveur de mon successeur ? Y avait-il un vrai danger fasciste ? Ces questions là n’ont pas été débattues et Jospin a raison de dire que c’est regrettable. (A ce sujet, je conseille à Ségolène Royal de s’assurer du contenu des déclarations de Strauss-Kahn au soir du 22 avril, il ne faudrait pas qu’il engage encore tout le monde sans avoir demandé l’avis de personne). Là d’où je suis, je sais ce qu’à fait voter Lionel Jospin en son nom lors du second tour de cette présidentielle. Cela pourrait surprendre, si un jour, Jospin se décidait à le dire.

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 J’ai noté que le jeune M.Barbier, directeur de l’Express, et grand pourfendeur libéral de Ségolène Royal, arborait en toutes circonstances une écharpe rouge. Si c’est un hommage à ma personne, je m’en étonne.

 Et puisque j’en suis aux détails vestimentaires, il serait judicieux de suggérer à Moscovici de remettre une cravate lors de ses prestations télévisées. Chez les anciens ministres, le débraillé mondain pour se donner un genre m’est insupportable.

03/04/2007

Bayrou, tracas et aventures

 François Bayrou ne participera pas au second tour de l’élection présidentielle. Comme je l’avais prévu, le candidat centriste est un peu court. Du caractère oui, mais ça ne suffit pas pour y arriver. Depuis que je l’ai vu reprendre son couplet sur les medias, j’ai compris. Quand un candidat ressort les thèmes éculés de son début de campagne en espérant qu’ils produisent les mêmes effets déjà observés auparavant, c’en est fini. Bayrou a déjà engrangé les voix de ceux qui n’aiment pas Mme Chazal et TF1. Que veut il de plus en ressassant la même rengaine ? Pas assez d’imagination pour entraîner un peuple. 

 En réalité, je crois que le candidat de l’UDF mène une campagne un peu de bric et de broc. Replié sur son siège parisien en compagnie de Marielle de Sarnez, qui exerce sur lui une influence qui, à mon sens, n’est pas toujours des meilleures, Bayrou est en train de s’enliser. Dans une bataille présidentielle, il ne faut pas hésiter à solliciter les avis, les conseils, il y a toujours à un peu à prendre, même s’il y a parfois beaucoup à laisser. Bayrou ne l'a pas compris et sa campagne va tourner court.

 Lors de son déplacement récent aux Antilles, François Bayrou a ainsi subi quelques avanies, qui je le pense, méritent d’être narrées, tant elles illustrent l’amateurisme désuet qui caractérise l’épopée présidentielle du candidat béarnais. On m’a raconté qu’à l’aéroport, à l’aller comme au retour, Bayrou, qui se refuse à se déplacer en tant que candidat à la présidence de la république,  a provoqué l’hilarité des passagers qui ont emprunté les mêmes vols que lui, parce qu’il a fait sonner les portiques de sécurité. Il parait même que les policiers chargés de la sécurité aérienne ont pratiqué sur sa personne une fouille en règle. Une « palpation totale » comme ils disent dans leur jargon. Bayrou s’y serait prêté de bonne grâce, les bras en croix, tout juste si il n’a pas dit : « Pardonnez leur, il ne savent pas ce qu’ils font ». Il s’est contenté d’un plus modeste : «Vous avez vu, moi je suis comme tout le monde ». Un message de portée moins universelle, vous en conviendrez. Sur place, les gags ont continué. Je vous livre mon préféré. Il s’agit d’un rendez-vous raté dans une ville où des milliers de sympathisants devaient acclamer le candidat de l’UDF. En fait, arrivés sur place, Bayrou et son état-major ont dénombré… trois personnes. Trois citoyens un peu endormis par le rhum local, dit on, qui achevaient leur sieste au milieu de la place du bourg et qui, finalement, se trouvaient là un peu par hasard. Qu’à cela ne tienne, Bayrou et ses troupes se sont réfugiés dans un bar local, où le candidat a été enfin assailli par de nombreuses admiratrices. Au début, il en a été flatté, puis on est venu lui expliquer que l’intérêt de ces dames pour sa personne pouvait revêtir à l’occasion un aspect fiduciaire, et que la compagnie de ces mêmes dames risquait de poser problème à un postulant à la présidence de la république. Et tout le monde de se replier en quatrième vitesse dans le car climatisé. Ca, c’est le genre d’histoires qui n’arrivent qu’aux Démocrates-chrétiens. Bayrou finira comme Lecanuet, ce candidat centriste qui en 1965, se voulait le Kennedy français et qui a fini, on ne refait pas, en Lecanuet français. Marx disait que l’histoire se répète toujours, "la première fois, c’est une tragédie, la deuxième, c’est une farce". Avec les centristes aussi, l’histoire se répète toujours. La première fois, c’est une farce, et la deuxième, c’est aussi une farce.

02/04/2007

Cohabitation et quinquennat, de l'utilité des dîners en ville

 Chaque jour qui passe dans cette campagne, je déplore la grave erreur commise par Lionel Jospin il y a six ans, je veux parler de l’instauration du quinquennat et l’inversion du calendrier électoral. Si mon prédécesseur avait été réélu en 2002 pour un septennat, la gauche gagnerait les élections législatives 2007 sans souci. Et François Hollande serait premier ministre sans discussion possible. Lionel Jospin n’était pas enclin à juger que les Français pussent en faire un président de la république pour sept ans. C’était déjà là le signe d’un manque de confiance et d’estime de soi qui ne pouvait que mener au triste résultat final. Pourtant, les « cohabitations », comme on disait à l’époque, ont été une chance pour la gauche. 

 J’ai toujours déploré le fait que la France vive trop souvent en état de guerre civile. Les « Gaullistes » et leurs descendants en portent la seule responsabilité. Ils ne connaissaient que la violence et le mépris vis-à-vis de leurs adversaires, et à ce titre, Sarkozy est bien leur héritier.  Moi, par exemple, Premier secrétaire du PS, je n’ai jamais pu échanger plus de deux mots avec le Georges Pompidou. C’était une situation regrettable. Par la suite, nous avons eu droit à la « décrispation giscardienne », mais cela fleurait bon les édits de l’ancien régime octroyés aux parlements pour calmer leurs ardeurs. C’était inutile et vaniteux.

 En 1986, force des choses oblige, la droite a du entamer le dialogue avec la personne qu’elle haïssait le plus au monde : moi.

 Cela étant, ça n’a pas été inutile. Je dois dire que certains des ministres du gouvernement de celui qui allait devenir mon successeur se sont même plutôt bien conduits. Et, cela risque de surprendre, surtout Charles Pasqua. Je peux d’ailleurs, pour ceux qui le souhaitent, vous livrer une petite anecdote qui ne figure pas dans mes biographies. Après tout, j’ai bien le doit d’avoir fait des cachotteries à mes auteurs divers et variés.

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 Au printemps 1986, dans les jours suivant les élections législatives et l’installation de l’incroyable gouvernement que mon successeur avait constitué, j’ai fait savoir au nouveau ministre de l’Intérieur que je souhaitais le rencontrer de manière secrète. Il l’a accepté et j’ai fait organiser un dîner discret dans une belle villa de ma connaissance, à Louveciennes. Charles Pasqua est arrivé à l’heure, et il s’est montré respectueux de ma fonction. On était bien loin du matamore exigeant, sur les estrades du RPR, mon départ de l’Elysée, et ce quelques jours avant les élections. Moi-même, j’ai pris un soin particulier à le traiter selon son rang; après tout, il venait protocolairement derrière le seul ministre d’Etat de gouvernement, Edouard Balladur, et j’ai compris assez vite que cette disposition hiérarchique n’était pas de son goût.

 Nous avons commencé par évoquer le temps de l’Occupation et la Résistance, combien cette période trouble, entre ombre et lumière, entre fidélité et trahison, entre reniement et dévouement avait façonné nombre d’entre nous, combien nous savions nous reconnaître, les uns et les autres, et combien finalement, à bien des égards, nous étions semblables. Charles Pasqua a approuvé, et nous en sommes venus au cœur de l’entretien.

 D’abord, je lui ai demandé à ce que la sécurité de toutes les personnes ayant un lien de famille avec moi continue d’être assurée. Il s’y est engagé sur l’honneur avec détermination. Ensuite, je l’ai informé d’un certain nombre d’opérations qui étaient menées à des fins de sécurité nationale et qui concernaient, ici où là, quelques personnes qui se targuaient d’agir sur le cours de la politique étrangère de la France. Il m’a assuré que cela ne le dérangeait pas.    Ces deux dossiers traités, j’ai observé qu’il était visiblement ravi de me rendre ses petits services républicains. Et nous avons parlé un peu politique. A vrai dire, je voulais vérifier qu’il était bien au courant des préventions du Premier ministre à son égard. On m’avait rapporté que peu de temps avant les élections, Pasqua avait été très agacé de découvrir un écho dans la presse selon lequel il ne serait pas nécessairement le ministre de l’Intérieur de mon futur successeur. On racontait même qu’il s’était précipité sur son téléphone de voiture pour appeler l’intéressé et le rappeler à sa promesse de le nommer place Beauvau. « Jacques, si tu ne me nommes pas à l’Intérieur, tu t’en repentiras toute ta vie », lui avait-il dit avant de lui raccrocher au nez. Apparemment, la menace devait être sérieuse, puisque la promesse avait été tenue.

 Au dessert, nous avons évoqué le Premier ministre. Ses qualités, ses défauts, et je me suis étonné auprès de Pasqua de la modestie du rôle qui lui était assigné par ce dernier. A mots couverts, je me suis interrogé sur son destin. J’ai reconnu ses qualités. Je lui ai dit que sans lui, il n’y aurait pas eu de RPR, de conquête de la mairie de Paris, que Giscard aurait avalé les gaullistes, que la droite ne serait jamais revenue aux affaires si vite, bref, que le chef du gouvernement lui devait tout. J’ai loué sa modestie en la circonstance. S’effacer ainsi derrière Balladur, c’était une preuve de grand dévouement à son leader. Je l’ai assuré qu’il fallait vraiment croire au destin de ce dernier pour accepter ce qu’il acceptait. C’est là, à ce moment précis, tandis qu’on nous servait le café au salon, que je me suis interrogé à voix haute sur les qualités du premier ministre. Pas grand-chose en vérité, je n’avais pas besoin d’en rajouter. J’ai juste murmuré qu’être Premier ministre, c’était une chose, et qu’être Président en était une autre.

 Charles Pasqua s’est enfoncé dans son fauteuil. J’ai vu son regard se voiler quelques furtives secondes. Le doute était instillé. La conversation s'est achevée sur des banalités, et nous nous sommes séparés presque complices. Nous partagions désormais quelques petits secrets. Il en a un peu rajouté par la suite à ce sujet, et j’ai laissé dire, c’était mon ministre. Et puis, les années suivantes, quand je l’ai vu partir à l’assaut du RPR avec Seguin, se rallier à Balladur, quitter le mouvement gaulliste, causer bien des tourments à mon successeur, tel un frelon introduit par une main malveillante dans un caleçon, j’ai souvent pensé à ce dîner. La vie publique tient parfois à peu de choses.

01/04/2007

Hollande et le PS, Chabot et Drucker

 La scène se déroule dans le bureau de François Rebsamen, au siège du PS, à Paris. Nous sommes à quelques jours du 16 novembre 2006, date à laquelle les militants socialistes vont désigner leur candidate. Autour de Rebsamen, sont réunies les têtes pensantes de la campagne interne de Ségolène Royal. Ils font et refont les comptes. C’est même leur principale occupation depuis trois semaines. La porte, jusque là close, s’ouvre, c’est François Hollande. Il fait mine de s’étonner de cette réunion. Officiellement, il ne soutient pas de candidat. « Je ne dois pas être là, dit-il avec un grand sourire, je m’en vais, je referme la porte. » Il referme effectivement la porte, mais il demeure dans la pièce. Il se retourne vers ses interlocuteurs médusés. « Maintenant que je suis parti, où en sommes nous ? » et il s’assoit pour participer au décompte. Je ne devrais pas vous raconter cette histoire, elle va peut être décevoir certains militants du PS qui me lisent et qui pensent sincèrement que François Hollande s’en est tenu à une stricte neutralité durant la campagne interne. Si je le fais, et je prie ceux qui s’en offusqueraient de m’en pardonner, c’est que cette petite anecdote, sans conséquence, illustre la façon dont François Hollande, qui fût mon conseiller à la Présidence de la république et dont j’ai souvent apprécié les bagatelles, a dirigé le PS depuis cinq ans. A la fois dehors et dedans, premier secrétaire sans l’être dans sa plénitude. 

 Je vais le dire tout net : François Hollande aurait du être le candidat naturel du parti Socialiste à l’élection présidentielle. C’est le rôle et la fonction de tout Premier secrétaire, lorsque le PS est dans l’opposition. Au congrès de Dijon, au congrès du Mans, il aurait du sortir de cette ambiguïté mortifère qui le maintenait, petit dénominateur commun, à la tête des socialistes. Cela exigeait tout juste un peu de courage et je n’ignore pas, qu’à l’occasion, Hollande n’en manque pas. Il ne l’a pas fait, préférant les petites combinaisons aux grands enjeux, il a eu grand tort.

 Il ne faut pas s’y tromper. François Hollande n’est pas qu’un homme rond respirant une contagieuse jovialité. Demandez à ceux qu’il est parvenu à éliminer des investitures socialistes et qui se voyaient déjà entrer en juin prochain à l’Assemblée Nationale. Certains de ceux qui lui ont demandé des comptes, des proches de Fabius ou d’autres, des socialistes qui ne goûtent pas le style hollandais ; ceux-là donc, se sont vus répondre : « Voilà ce qui arrive quand on pense mal». Mais cette gestion du parti, si elle peut être efficace, est un peu courte. Et puis, je le dis, la parité, cette belle idée, a souvent eu bon dos dans cette histoire d’investitures. Elle a souvent servi à éliminer des gens de valeur qui déplaisaient à la direction. C’est bien dommage. Lorsque j’étais Premier secrétaire, je n’ai jamais procédé ainsi. J’ai toujours respecté ceux qui garantissaient au PS des sièges et des élus, même les plus ingrats. Moi, par exemple, et pour ne citer que ce zozo là, j’ai supporté très longtemps les injures de ce mégalomane de Frêche, (une fois président, lors de chaque remaniement ministériel, je me suis arrangé pour lancer la rumeur de son entrée au gouvernement. Hélas pour lui, il n'a jamais été ministre...).

 J’en termine, (provisoirement…) sur le cas Hollande. Au soir du 6 mai, quel que soit le résultat, son rôle pourrait varier. Mais quel que soit le résultat, sa fonction, ses devoirs, et ses droits devront être revus dans tous les cas.

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 J’apprends que sur Antenne 2, Arlette Chabot a interdit à M.Roland Sicard d’inviter à sa sympathique émission du matin, « les 4 Vérités », les candidats à l’élection présidentielle, il devra se contenter de recevoir leurs représentants. Elle se réserve le privilège d’interviewer seule les candidats. Je remercie la providence de ne pas être candidat cette année. Etre obligé de se coltiner Mme Chabot pour avoir le droit de se faire entendre sur Antenne 2, c’est un peu raide. Moi, je serais allé me faire interroger par Mme Laborde au journal de midi. Je l’ai un peu connue autrefois, elle a accompli quelques voyages officiels durant ma présidence. Voilà une femme qui sait vivre. 

 Voilà, c’est dimanche, je vais regarder Michel Drucker. Celui-là, il vous enterrera tous.

31/03/2007

Stratégie, des origines à aujourd'hui

 Je ne veux point revenir ici sur les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy. C’est une course désespérée pour tenter de hisser une fois encore le Front National au second tour de l’élection présidentielle, comme mon successeur y est si habilement parvenu en 2002, en dupant tout son monde. Ce garçon change de stratégie tous les deux sondages, au gré du vent. C’est ainsi qu’il espère gagner, c’est ainsi qu’il forge l’instrument de sa perdition électorale, et que peu à peu, il se dessine pour lui-même le destin de son ancien maître, Balladur. Non, pas plus de commentaires ce matin sur Sarkozy. Il me plaît juste de penser, à le contempler aux prises avec une adversité qui le dépasse, que je suis l’artisan lointain de ses tracas comme je suis l’artisan des tracas de la droite d’aujourd’hui en général, et que je continue encore, inlassablement de faire payer à ces gens le coup de mai 58. 

 En politique, les stratégies n’ont de sens que dans la durée. Les commentateurs ont souvent glosé sur le fait que j’avais dit un jour qu’il fallait donner du temps au temps. Ils sont, hélas, bien peu à l’avoir analysé comme il convient. Je n’évoquais pas seulement mon rôle durant la période 1986-88. En fait, en dépit des apparences, ce fût un combat vite et facilement remporté. Il ne s’agissait pas, avec cette formule, d’évoquer ces quelques mois pénibles, même si à dire vrai, j’avais déjà connu bien pire dans mon existence. La stricte vérité, c'est que les événements de l’époque, comme les événements d’aujourd’hui prennent racine en 1958. C’est à cet instant très particulier de notre Histoire que j’ai décidé du chemin à emprunter. Un chemin dont je n’ai jamais dévié  Et j’ai bien envie ce jour d’éclairer votre lanterne, de vous livrer un secret. Je vais vous dire comment s’est joué l'Histoire de ces cinquante dernières années, vous dire comment cette Histoire se joue encore, tout cela dans la nuit du dimanche au lundi 27 juin 1958.

 Cette nuit là, je revenais de la Nièvre , où j’avais passé le week-end, en compagnie de mon ami et sous-préfet Jean Pinel. Le coup du 13 mai avait réussi, force était de le constater. De Gaulle revenait, et je les voyais tous, les uns après les autres, aller à la soupe, sans vergogne, sans honte. Il était deux heures du matin, la nuit était belle et nous traversions une forêt nivernaise dont j’aimais les arbres. J’ai demandé à Jean Pinel de stopper la voiture. Je me souviens lui avoir dit : « belle nuit, hein ? ».Il m’a répondu « Oui, monsieur le Ministre ». Je l’ai emmené se promener. Je voulais marcher, pour mieux réfléchir à ce que pouvait être mon avenir. Que faire face au déferlement gaulliste ? Comment combattre ? Au mépris de tous les principes de la République , de Gaulle venait de tout flanquer par terre, et moi avec. Nous avons déambulé ainsi une heure, au milieu des chênes et des hêtres, éclairés par la lune qui guidait nos pas. Pinel ne disait rien. Il avait compris. J’ai ruminé tout cela. Il me fallait contrôler ma hargne, la domestiquer pour m’en affranchir, tirer lucidement les conclusions de cette situation qui s’imposait à moi. De Gaulle volait la République comme il avait déjà volé la Résistance. Tout était à bas, tout était à refaire. A la fin, j’ai dit à Pinel, je m’en souviens clairement : « Pinel, je vais voter contre de Gaulle. On en a pour vingt ans. Le seul capable de s’opposer à lui, c’est moi. Je ferai trois choses. Je ramènerai les communistes à 10%, j’accrocherai une casserole à la droite, et ensuite, je gouvernerai au centre. »

 Voilà ce que j’avais à vous dire aujourd’hui. Je vous laisse juge. Certes, je reconnais volontiers que les gaullistes et la droite française m'ont bien aidé à mettre en oeuvre ce dessein. Et si certains socialistes l’ignorent, ou feignent hypocritement de l’ignorer, je sais pour ma part que lorsque Ségolène Royal sera élue dans quelques semaines, cette victoire devra beaucoup à la décision que j’ai prise dans une forêt nivernaise, par une nuit de printemps 1958. Et pour vous dire toute la vérité, je le savoure.

30/03/2007

Sarkozy, ses humeurs; Giscard, sa déprime

 De bien étranges témoignages me parviennent ces derniers jours sur le candidat de l’UMP, Nicolas Sarkozy. Il y aurait de quoi s’en réjouir, s’il n’y avait pas, hélas, matière à inquiétude au cas où, par malheur, il serait élu. Jugez-en. Un journaliste étranger suivant le déplacement du candidat dans le nord a indiqué à des proches de François Bayrou qu’il nourrissait de sérieux doutes sur l’équilibre psychologique du favori des sondages. Les techniciens de FR3, qui ont assisté au célèbre incident survenu lors de son passage chez Mme Ockrent, décrivent un personnage survolté, grossier, impatient, et répétant sans cesse qu’il avait mieux à faire que de perdre son temps à participer à des « émissions de m… ». Le leader de la CFDT , a qui Sarkozy a accordé audience récemment témoigne, à qui veut l’entendre, que durant la conversation, le postulant à ma succession lui a paru nerveux, agité, visiblement  ailleurs, pressé d’en finir et interrompant le fil de la discussion à de nombreuses reprises pour répondre au téléphone. 

 L’ambiance qui règne à son siège de campagne ne présage rien de bon. Il s’agace des fréquents séjours à Biarritz de son épouse. Une épouse d'ailleurs, qui ne contribue pas à égayer l'ambiance. Ces jugements valent mise à l'écart, donc, mise à mort. Ceux qui ont beaucoup dit du mal d’elle, à une certaine époque se terrent, et n’osent trop se montrer. Que voulez-vous ? La politique, ce sont les femmes. Et à ce sujet, me dit on également, la jeune porte-parole Rachida Dati, désignée par Sarkozy, qui lui trouve beaucoup de qualités, ne fait pas l’unanimité. Je l’ai vue une fois, à la télévision, chez Mme Ferrari (charmante et pugnace cette journaliste, que de regrets de ne plus être vraiment là, parfois… ). J'ai écouté avec attention cette Mlle Dati. Eh bien! Croyez-moi, elle est nulle.

 Tout ce qui précède explique le comportement actuel de Sarkozy. Et un tel comportement ne peut avoir qu’une seule explication. La peur de la défaite, cette peur qui mène invariablement à la perte du contrôle de soi. Sarkozy sent que, profondément, le pays ne veut pas lui. Je sais qu’il pressent que les choses lui échappent, qu’il n’en a plus la maîtrise. A trois semaines du premier tour, il ne faut pas être grand clerc pour deviner qu’il va commettre dans les quinze prochains jours une boulette publique majeure. En dépit des apparences, derrière les moulinets, les provocations, les défis, lancés à la terre entière et à la banlieue, derrière ce décor d’opérette, se cache un individu fragile et tourmenté, une conscience fragile, livrée aux sournois atermoiements du doute; un être sans illusions sur sa nature, qui s’agite frénétiquement pour oublier qu’il se connaît trop bien et qui tente de se fabriquer un destin à côté de lui-même, espérant ainsi duper son monde. En vérité, je vous le dis, ce Sarkozy est un faible.

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 Il m’est rapporté que mon prédécesseur, Valery Giscard d’Estaing, déprime. Il est fort marri de ce qu’on ne lui demande pas beaucoup son avis sur le cours des choses dans cette campagne. Il conviendrait en effet de réparer cette injustice. Moi, je le verrais bien interrogé par ce bon Mazerolle sur BFM TV (depuis que j’ai découvert cette chaîne, je ne m’en lasse pas, et puis, que voulez-vous, j’ai toujours un faible pour Ruth Elkrief…). Giscard-Mazerolle, ça aurait de l’allure non ? Et on pourrait appeler cette émission, à l’affiche résolument ORTF : « La caméra explore le temps ».

29/03/2007

Droite et information; Nation, Sarkozy et mariage

  Les maîtres de la droite, les maîtres de l’argent ne changent guère leurs méthodes, d’une élection à l’autre. Affoler, inquiéter un peuple français, qu’ils supposent frileux, replié sur lui-même, presque veule, et pour lequel ils n’ont finalement que peu de considération, reste leur objectif privilégié dès qu’ils sentent que la victoire, qu’ils considèrent par principe acquise dans toute élection, leur échappe. Vous allez voir, les incidents comme celui de la gare du Nord vont se multiplier. Sous couvert de devoir, il va être demandé à certaines forces de police d’en rajouter, en souhaitant sans doute qu’il se passe quelque chose. Et comme toujours, la droite comptera sur ses amis au sein des medias pour amplifier la peur, la vivifier… J’ai déjà assisté de loin à ce petit jeu, en 2002, et je pressens que la même pièce s’apprête à se jouer. M.Namias est toujours là, à TF1, prêt à rendre service, en échange d’une fonction honorifique pour son épouse, ou d’une décoration… Qu’il en profite bien, car il se murmure que Sarkozy pense qu’il a fait son temps, et il aurait demandé à son ami, Martin Bouygues, un rajeunissement à la tête de l’information de la chaîne privée. Quant à M.Mazerolle, sa capacité de nuisance est aujourd’hui limitée, et il faut s’en réjouir. Je suis chaque fois stupéfait quand je pense que Michelle Cotta, patronne d’antenne 2 à l’époque, et pour laquelle j’ai une certaine estime, serait allée défendre en 2001, à Matignon, dans le bureau du directeur de cabinet de Jospin, Olivier Shrameck, la nomination de ce Mazerolle à la tête de la rédaction d’Antenne 2. Belle idée, en effet, que de laisser s’installer à la tête de l’information de la plus grande chaîne publique, un homme de droite qui, dit-on, tirait les larmes des femmes journalistes sous ses ordres à Radio Luxembourg, en leur parlant comme un sous-officier de la Légion étrangère. Je sais qu’Hollande et Dray (entre autres), ont été lucidement sidérés par cette opération, mais il était trop tard. Et on a vu les conséquences électorales, le 21 avril 2002, du virage éditorial imposé par Mazerolle sur la deuxième chaîne... Enfin passons, il n’est plus là, et je ne voudrais pas qu’on dise qu'à force de taper dessus, j'ai transformé Mazerolle en papi Voise de BFM TV…

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  Nicolas Sarkozy, et, pour être exact, M.Henri Guaino, l’homme qui lui écrit ses discours, ont décidé de s’approprier ces temps derniers la Nation. Ils vont même, chacun le sait, jusqu’à citer Jaurès. Pourquoi pas ? Il n’est jamais trop tard pour apprendre, encore faut-il comprendre.

   La Nation , c’est une assemblée d’individus égaux en droit qui décide souverainement de son sort en s’en remettant au respect aux Droits de l’Homme et du Citoyen. La Nation offre les même droits à tous, libre à chacun d’en faire ce qu’il veut dans le respect des droits de l’autre. La Nation n’est donc pas un assemblage de communautés, de corporatismes, de clientèles à qui l’Etat octroie des droits à raison de leur particularisme tout en déniant ces mêmes droits à autrui. La Nation ne divise pas, elle rassemble. Sans exception. C’est dans ce sens qu’il faut entendre Jaurès lorsqu’il disait que la Nation , « c’est le dernier bien des pauvres ». La Nation offre, même au plus démuni de ses membres, les mêmes droits qu’au plus fortuné, mais elle ne lui accordera pas de droits particuliers à raison de sa pauvreté, ou de ses croyances, ou de ses opinions politiques, ou de ses mœurs, ou de sa religion… Et si la puissance publique intervient en ces domaines, ce sera pour rétablir l’égalité des droits qui serait,  pour une raison ou pour une autre, menacée de disparaître entre membres de la Nation , situation qui mettrait en péril  la Nation elle-même. Rétablir un ordre juste, en somme. Relisez ce que j’ai dit sur ces questions lors du tricentenaire de la révocation de l’édit de Nantes en 1985.

  Dans l’une des premières manifestations de l’esprit national, en 1598, Henri IV avait finalement accordé la liberté de religion. Il avait compris que faute d’égalité religieuse entre tous, les désordres et les guerres continueraient. Il appartenait à l’Etat de faire triompher ce qui n’était pas de l’ordre de la religion, de la foi, de la conscience individuelle, où l’Etat n’a que faire. Mais de l’ordre de la politique, dès lors que ce qui était en danger, c’était la Nation.

 Je le déplore pour lui, mais c’est le contraire de ce que professe M.Guaino par la bouche de M.Sarkozy. Ce qu’ils appellent Nation, c’est l’opposition des uns aux autres, c’est la division des uns et des autres, qui mène inévitablement à l’oppression des uns par les autres.

 Au risque de surprendre, j’estime qu’il en est aujourd’hui de même pour la question du mariage, et de la famille. Contrairement à ce que dit M.Sarkozy-Guaino, l’Etat n’a pas à se mêler de la vie privée et à définir ce que doit être une famille. Pas plus qu’il n’a à estimer, comme le candidat de l’UMP l’a fait récemment, que les homosexuels ne peuvent assurer « la sécurité » d’un enfant dont ils auraient la charge. Au nom de quoi peut-il en juger ? Au contraire, l’Etat, la Nation doivent aujourd’hui accorder à tous le même droit au mariage et à la famille. Sans distinction. Ségolène Royal l’a bien compris. A sa place, j’aurais adopté une position identique. Nos conceptions personnelles relatives aux moeurs n'ont rien à faire dans le débat public. Elles n'y ont pas place. Cela n'est pas le rôle d'un élu de la Nation. Son rôle, c'est de mettre en accord notre droit civil avec son époque. Souvenez-vous, en 1981, c’est le gouvernement de Pierre Mauroy qui a dépénalisé les relations entre personnes de même sexe de plus de seize ans. La Droite a hurlé. Et alors ? Elle hurlera si le droit au mariage et à la famille est ouvert aux personnes de même sexe. Et alors ? Il faudra supporter les jérémiades de Mme Boutin et les plaisanteries grasses de M.Dutreil ? Et alors ?

 C’est ainsi que pour ma part, j’entends affirmer la puissance unificatrice de la Nation au service de tous ceux qui en sont membres. Oui, la Nation unit et ne divise pas, la Nation rassemble et n’oppose pas, la Nation réconcilie et n’oppresse pas. Et oui, j’irai partout le répétant sans cesse, oui, la Nation , c’est l’ordre juste !