27/04/2007

Chabot et Lang, Sarkozy et IIe république

 Suivant les conseils prodigués ici il y a trois jours (oui, on me lit beaucoup ces temps-ci, au 2-8-2 et rue de Solferino), Jack Lang, qui est chargé de mener les négociations relatives à l’organisation du débat du 2 mai, a récusé Arlette Chabot. Hélas, Patrice Duhamel, le vrai président d’Antenne 2 et de FR3, a soutenu mordicus, auprès du CSA, la candidature de la « journaliste » favorite du candidat de l’UMP, et Lang n’a pas osé maintenir la récusation. C’est bien dommage.

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  J’ai attentivement écouté François Bayrou ce matin sur Radio Luxembourg. Il va devoir bientôt tirer, pour lui-même, la conclusion qu’impose sa dénonciation du danger représenté  par le candidat de l’UMP. D’ici quelques jours, il devrait indiquer qu’il ne peut que voter Ségolène Royal si, comme il le dit si bien, les libertés publiques sont  à ce point menacées par le nouveau Napoléon le petit.

  Il est vrai que tout bien comparé, les vieilles figures de la droite française profanatrice de libertés que furent les Frey, Marcellin, Peyrefitte, Poniatowski et autres, apparaissent désormais comme de bien pâles ancêtres de ce qu’est devenu le candidat de l’UMP, cette hydre médiatique engendrée par les puissances d’argent, brutale et arrogante, et qui s’apprête, sans trop se dissimuler, à faire main basse sur une nation.

 Cette affaire de débat Royal Bayrou est révélatrice. La France est devenue le seul Etat démocratique du monde où une confrontation courtoise, souhaitée, décidée  par deux candidats à une élection présidentielle, ne peut se tenir parce qu’un individu s’y oppose. Ce même individu peut ainsi imposer sa volonté à l’ensemble de la presse quotidienne régionale, à toutes les chaînes de télévisions, à toutes les stations de radios et à tout le CSA. Tout cela pour éviter une image qui serait pour lui assassine: Royal et Bayrou se serrant la main, tout sourire, puis débattant sereinement, et constatant, qu’au bout du compte, ce qui importe, c’est la défense des libertés publiques et leur volonté commune de faire obstacle à un candidat qui s’apprête à les bafouer.

   Je souhaite que chacun réfléchisse, en conscience, à ce que cette situation signifie au regard de l’Histoire. Cette affaire ne doit pas être jugée comme une anecdote de campagne ordinaire, une péripétie commune d’entre deux tours d’élection présidentielle. Cette affaire est révélatrice de la nature profonde du changement de régime qui se prépare dans les antichambres médiatiques et financières du sarkozysme: une France confisquée puis enchaînée. Si le candidat de l’UMP est élu, la Ve république sera morte et nous assisterons de fait, et pour un temps, à la résurrection de la IIe. Cette résurrection sera éphémère, car l’Histoire nous enseigne que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

26/04/2007

Stratégie et Epinay, Chevenement et Royal

    L’intérêt national exige que tout, je dis bien tout, soit mis en œuvre pour battre le candidat de l’UMP. Beaucoup de socialistes n’ont pas encore compris que la victoire de ce candidat là, qui dispose de moyens financiers et médiatiques, comme jamais candidat de droite n’a eu à son service depuis de Gaulle, les renverra dans l’opposition pour vingt ans. Un vieux rêve de la droite française peut se réaliser le 6 mai, s’offrir par les urnes et tout à la fois, un 2 décembre 1851 et un 13 mai 1958. 

  Compte tenu de ce qui précède, Ségolène Royal ne doit rien négliger qui puisse lui permettre de créer les conditions de sa victoire d’ici au 6 mai prochain. Hier, Bayrou a porté un coup terrible à Nicolas Sarkozy, et pour tout vous dire, il en a même fait plus que ce que j’attendais. En mettant en garde contre la concentration des pouvoirs entre les mains de Sarkozy, au cas où ce dernier serait élu, il a probablement détourné de ce vote de nombreux électeurs lui ayant accordé leur suffrage dimanche dernier.

  Les socialistes doivent laisser Ségolène Royal gérer cette affaire là. J’entends que certains protestent, ici où là, et hurlent à la trahison. J’entends qu’ils dénoncent le renversement d’alliance. J’entends, enfin, qu’ils en appellent à l’héritage du congrès d’Epinay.

  Le parti socialiste actuel n’est pas le fruit du congrès d’Epinay, il est le produit du congrès de Rennes. Il demeure le parti de Lionel Jospin et de ses pratiques, un héritage avec lequel Hollande, par commodité, n’a pas pu, n’a pas voulu, n’a pas su rompre. Depuis 2002, les atermoiements, les hésitations, les inconnues, les désarrois, les ambiguïtés ont pesé et continuent de peser sur le destin d’un parti qui me parait encore conduit par le fantôme politique de l’ancien Premier ministre. Il faut sortir de cette situation aujourd’hui. L’union de la gauche est morte avec le PCF et Marchais, la gauche plurielle est morte avec les Verts et Voynet, et s’il faut invoquer Epinay et Metz, ce sera pour rappeler que seule la constitution d’un front de classes, c’est à dire la construction d’une majorité politique s’identifiant à la majorité sociale du pays, permet aux socialistes d’accéder durablement au pouvoir.

  Aujourd’hui, la constitution de ce front impose de rallier les électeurs de François Bayrou. Tout doit être mis en œuvre pour y parvenir. L’Elysée vaut bien un débat. Mais qu’on ne s’y trompe pas, en acceptant de débattre avec Bayrou, Royal ne se livre pas aux centristes. Bayrou a décidé de jouer (sans se l’avouer d’ailleurs) les Georges Marchais du centrisme, grand bien lui fasse, le même sort l’attend. Le comportement du leader de l’UDF au cours de cet entre deux tours d'élection présidentielle peut donner à ses électeurs le goût, puis l’habitude de voter socialiste. C’est de cette façon que le PS a reconquis l’électorat communiste tout au long des années 70. Relisez mon discours prononcé devant l’Internationale socialiste en 1971, et remplacez les mots « communiste » par « centriste » ; vous comprendrez alors le sens de la stratégie déployée depuis trois jours par Ségolène Royal. Lors des élections législatives à venir, et quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, le mode de scrutin majoritaire et l’impitoyable bipolarisation qu’il entraîne, produiront leurs effets habituels. L’UDF sera broyée, mais, et c’est cela qui importe, entre temps, Ségolène Royal se sera octroyée les moyens de remporter l’élection présidentielle. C’est bel et bien cette ligne là qui est conforme à l’héritage du congrès d’Epinay, et Royal est bien inspirée de la suivre.

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 Beaucoup se demandent encore comment Royal s’y est prise pour rallier à sa cause Chevènement. C’est très simple. Il a suffi d’un thé pris en milieu d’après-midi, en décembre dernier, au domicile de mon ancien ministre de la Défense. Royal avait exigé une entrevue sans témoins. La compagne de Chevènement a donc dû quitter les lieux, non sans récriminations. Pour l’Histoire, c’est Chevènement qui a servi lui-même le thé et les gâteaux, ce que Royal a apprécié.

  Ca n’est pas très compliqué la politique et c’est ce que Jospin n’a jamais compris. La candidate socialiste n’avait qu’une seule chose à déclarer à son hôte ce jour là. Elle a reconnu humblement qu’elle n’était pas sans défaut et n’a revendiqué qu’une qualité, essentielle dans la vie publique: savoir distinguer les talents, des médiocres.

25/04/2007

Centrisme et espoir, Chabot et Sarkozy

  Les heures s’écoulent et je constate que mon analyse demeure la plus juste. Si l’on examine attentivement les éléments à notre disposition, le bloc Sarkozy-Le Pen peine à rassembler à mesure que les jours passent et que la réflexion de nos concitoyens chemine sur la voie qui mène à la raison. Pour le moment, et pour plagier une formule célèbre, Ségolène Royal est politiquement majoritaire mais elle est électoralement minoritaire. Mais l’espoir demeure. Pour la première fois dans l’histoire électorale, l’arithmétique des résultats découlant d’un scrutin de premier tour d’une élection présidentielle peut s’inverser. Il y a un gouffre entre le bloc Sarkozy-Lepen et le premier des électeurs de François Bayrou qui serait le plus proche de ce bloc réactionnaire, un gouffre moral et par conséquent politique. 

  Dans ces conditions, ne sous estimez pas la portée du geste que va accomplir François Bayrou ce jour. L’électorat « centriste » était déjà très ébranlé, il n’en sortira que davantage désemparé. Pour un centriste, choisir de ne pas choisir, c’est déjà choisir, et ne pas appeler à voter à droite, cela résonne comme un appel à voter à gauche.

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  A quelques jours du débat je me dois de révéler une petite anecdote savoureuse. Lors de son dernier passage à Antenne 2, Nicolas Sarkozy a snobé tout l’état major de la chaîne venu l’accueillir à grands renforts de compliments. Président, directeur de ceci, directeur de cela, directeur du reste, directeurs adjoints et autres directeurs délégués. Même Patrice Duhamel, l’homme à la poignée de mains giscardienne, a été ignoré, tel Lauzun au coucher de Louis XIV précédant le jour de sa disgrâce. Le candidat UMP n’a adressé la parole qu’à une seule personne, le tout avec beaucoup de chaleur et d’amitié. Une démonstration d’affection qui valait adoubement au sein de la famille Sarkozyste. La promesse de la direction générale de la chaîne me dit-on. Le candidat de l’UMP a félicité cette personne pour l’ensemble de son œuvre durant la campagne, la remerciant en termes éloquents : « Je n’oublierai pas que c’est grâce à vous, chez vous, que cette belle aventure a commencé » Il faisait référence à cette émission du mois de novembre dernier, d’une durée de trois heures, où il avait pu, sans contradiction aucune, débiter ses sornettes. Sous l’effet de ces simples mots prononcés du fond du cœur, Arlette Chabot s’est, parait-il, empourprée, comme happée par les vagues tumultueuses d’un plaisir jusque là inconnu pour elle, renversée, emportée, submergée, enivrée…Et  il est juste de reconnaître que le compliment est mérité. 

A part cela, Arlette Chabot est pressentie par Antenne 2 pour arbitrer le débat du 2 mai. Moi, je la récuserais.

24/04/2007

Débat et tactique, gloire et Besson

  L’élection présidentielle sera définitivement jouée au soir du 2 mai prochain, lorsque s’achèvera le débat entre les deux candidats. Il ne faut pas surestimer la portée de ce type de confrontations. On y gagne peu, mais on peut y perdre beaucoup. Contrairement à ce qui a été propagé jusqu’à la caricature, le débat de 1974 n’a eu aucun impact sur le résultat final, tout était acquis au soir du premier tour de cette élection présidentielle.

  Cette fois-ci, il peut en aller différemment. Ségolène Royal l’a dit hier à ses proches, elle juge être capable de déstabiliser Nicolas Sarkozy tout au long de ce rendez-vous si crucial. Elle est certaine que la vérité des êtres apparaîtra enfin, que le masque du candidat UMP finira par tomber. 

  C’est une tâche difficile qui l’attend. Pilhan me répétait sans arrêt qu’à la télévision, le premier agresseur est toujours le perdant. C’est pour cette raison qu’il avait inventé ces émissions regroupant plusieurs journalistes et où l’un d’entre eux, sans le savoir le plus souvent, jouait le rôle du méchant. Je me souviens de ces délicieux entretiens du 14 juillet où Poivre d’Arvor ne pouvait résister à la tentation de m’attaquer, ignorant qu’il me rendait service.

  Face à Nicolas Sarkozy, la tactique à déployer s’impose d’elle-même ; il conviendra d’éveiller les démons qui sommeillent en lui et qu'il tente d'anesthésier depuis quelques jours : l’arrogance, la brutalité, le cynisme. Je n’en dis pas plus, mais je fais confiance à Ségolène Royal pour y parvenir.

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  Ce matin sur Europe no1, M.Besson a été convié par Elkabbach à venir nous expliquer les conditions de son ralliement à Nicolas Sarkozy. Inutile de commenter davantage. Le choix de cette station pour relayer les propos de M.Besson est éclairant, et il ne me parait pas étonnant de voir dorénavant réunis M.Besson et le candidat de l’UMP qui souffrent tous deux d’hypertrophie du moi comme le diagnostiqueraient des psychiatres confirmés. 

  Je m’interroge cependant : comment un homme comme Besson a-t-il pu prospérer au sein du PS durant de si longues années ? J’espère qu’il ne s’agit que d’un cas isolé, et que d’autres Besson ne sont pas tapis, ici et là, attendant de trahir, pour connaître à leur tour l’ivresse de la gloire, qui désormais dans ce pays, constitue la récompense des félons

23/04/2007

Rassembler et unir, Sarkozy et Antenne 2

  Il existe désormais dans ce pays un bloc réactionnaire regroupant 40% des Français. Ce bloc est minoritaire. Ce bloc, et son candidat, Nicolas Sarkozy peuvent être battus au second tour de cette élection présidentielle. 

  François Bayrou n’est pas au centre. Il a mené campagne au centre gauche, et, ne nous voilons pas la face, il a su séduire une bonne partie d’électeurs venus du parti socialiste ou qui auraient dû voter pour le candidat socialiste. On peut le déplorer, mais c’est un fait. Cela dit, Bayrou n’a plus d’autre choix possible que de provoquer la défaite du candidat de l’UMP. Il se retrouve dans la même situation que le candidat du RPR en 1981. Si Sarkozy est élu, je l’ai déjà dit, l’UDF sera morte dans un mois. Une dizaine de députés UDF a déjà passé des accords secrets avec les émissaires de Nicolas Sarkozy. La nature humaine est ainsi faite.

  D’ici une semaine, François Bayrou aura trouvé une bonne raison de ne pas appeler à voter Sarkozy. Il va entretenir un faux suspense qui n’a qu’un seul but : montrer qu’il pèse dorénavant d’un poids incomparable sur la vie publique. Ce leurre va duper quelques gogos, mais il a un grand avantage. Il va nourrir le doute, empoisonner l’esprit des électeurs de Bayrou les plus proches de l’UMP et les amener à voter Royal ou à s’abstenir.

  Il n’y a pas d’accord à passer avec quiconque. Il faut tenir le discours de la vérité et appeler à la constitution d’un rassemblement des républicains, seule initiative à ce jour susceptible de déclencher les conditions de la victoire.

  J’entends parler depuis hier soir de « valeurs », de « projets » et autres fadaises dénuées de sens. Ces mots servent le candidat UMP, qui les agite en permanence sans leur accorder d’autre sens que celui de les employer afin de tromper tout son monde sur la réalité de son programme. Si l’on y prend garde, nous sommes à la veille d’un nouveau 13 mai. Les libertés publiques sont au cœur de la campagne. Ce sont les libertés publiques les « valeurs » et le « projet » de la candidate socialiste. Il faut maintenant convaincre sans relâche que le candidat de l’UMP s’apprête à briser l’héritage de 1789, de 1905, de 1936, de 1945, de 1981… Qu’il s’apprête à enterrer le code du travail, ressusciter les antagonismes religieux, flatter les communautarismes, caresser les corporatismes, lâcher sa police, dompter la justice, coloniser les medias… Il faut répéter inlassablement que cet homme délire sur la génétique, méprise la rédemption du peuple allemand et se moque de la détresse des chômeurs et rmistes…Si tout cela n’est pas fait, et bien fait, le pire est à redouter, et pour longtemps.

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  J’ai regardé avec intérêt les soirées télévisées consacrées aux résultats de ce premier tour. La France a décidément bien changé. Il faut donc regarder TF1 pour être informé de l’appel des petits candidats (Laguiller, Voynet et autres) à voter Royal au second tour de l’élection. Sur Antenne 2, dans le même laps de temps, on pouvait contempler Montebourg, harcelé par trois représentants de l’UMP, eux-mêmes appuyés par Kouchner et Cohn-Bendit, le tout agrémenté des images de Sarkozy se promenant en auto dans Paris, accompagné de créatures blondes venues d’on ne sait où, mais sans son épouse. Où allait-il pour qu’on nous le montrât ainsi? J’ai attendu en vain la réponse à cette question. A vrai dire, j’attends toujours.

22/04/2007

Choisir

  Si j’étais aujourd’hui plus au contact de ce monde que je ne le suis par la force des choses, j’occuperais mon après-midi à relire, à l’ombre de mon arbre favori, profitant du soleil de ce printemps si délicat, quelques pages d’un livre lu autrefois et auquel j’aimerais abandonner un peu du temps qui va. 

 Mon choix de l'instant, se porterait certainement sur le roman de Guimard, « Les Choses de la vie ». Pourquoi ce livre aujourd’hui ? Je l’ignore. Peut être que les émotions qu’il me procura autrefois me paraissent aller à l’humeur du jour. Eviter de perdre le cours de son existence. La maîtriser. Choisir son destin parmi les choses de la vie...

21/04/2007

La nature des choses

 A partir du moment où l’on éprouve l’envie d’écrire, il ne faut plus se soucier de la bienséance ou d’intérêts très généraux. Je n’écris plus en pensant que dans mon dos sévit un censeur impitoyable pointant le doigt sur la mauvaise tournure ou la quasi-erreur de français. Ce sentiment d’être examiné m’a quitté depuis longtemps. J’écris ce que je ressens et laisse le lecteur user de sa liberté première, le droit de lire ou de ne pas lire.  

 Ecrire participe d’un double mouvement, solliciter le jugement d’autrui tout en le réfutant pour mieux affirmer sa liberté d’auteur.  Ecrire, c’est aller au-delà du mur du temps.

 J’en reviens à ces réflexions ce jour où, précisément, le temps est comme arrêté. Ce matin, je me suis interrogé longuement sur ce que je voulais écrire. Que dire encore pour convaincre ? Rien.

 Demain, nous saurons si les Français sont de France, cette nation à laquelle il faut du prestige. Demain, nous saurons si les Français sont encore les plus ardents défenseurs de ce qu’ils ont inventé pour l’universelle humanité en 1789. Demain, c’est l’Esprit de la France qui est en jeu.

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 Aujourd’hui, j’invite à la promenade. A la campagne. La vue des arbres est apaisante et elle suscite l’introspection. L’arbre est sérénité. J’ai parfois envié le maintien de chênes, hêtres, bouleaux, pins, pommiers, soumis aux rigueurs des saisons qui passent, et me suis souvent questionné sur l’incapacité humaine à copier leur placidité. 

 A Latché, j’aimais à me promener seul, les fins après-midi d’été, dans la forêt environnante. J’avais rendez-vous avec des arbres devenus des familiers. Insensiblement, au fil du temps passant, ils devenaient comme des confidents, dont la contemplation alanguie m’évoquaient des êtres chers auxquels je finissais par les identifier. Les savoir là, imperturbables, immuables, me confortait dans l’idée que j’avais de mes affections et de leur pérennité. Aujourd’hui, je m’en vais visiter un arbre rencontré récemment, lors de mon dernier été. Un jeune chêne d’apparence fragile encore, et qui a déjà survécu à bien des tempêtes. Je l’ai remarqué presque par hasard, au détour d’un sentier forestier que je n’empruntais plus depuis si longtemps, pensant que la pente trop escarpée ne m’autorisait plus ce genre d’escapades. J’avais pris le risque de m’y aventurer, en dépit de mon état physique. Sans doute ai-je été guidé ce jour là par une sorte de providence divine. Depuis que nous sommes liés, j’aime à retrouver cet arbre, cet intime, planté là, sans raison discernable, au milieu d’une clairière encaissée, environnée de conifères géants. Ce voisinage aurait dû avoir raison de lui, l’empêcher de vivre, l’étouffer. Il s’est pourtant frayé un chemin jusqu’à la lumière vitale en poussant ses branchages du mieux qu’il a pu. C’est un caractère. J’aime cet arbre. Il est si vivant.

20/04/2007

La gauche assassine et Joffrin, Premier secrétaire et avenir

  Il fut un temps où « Libération » était dirigé par Serge July.  Cet homme possédait à mes yeux une qualité essentielle. Il parvenait à comprendre, plus que les autres, ce qui me conduisait à effectuer des choix périlleux pour le président que j’étais, venu du socialisme, et il avait le don si particulier de transformer par le récit chacun de mes actes en geste historique. Dans les jours difficiles qui suivirent les élections municipales 1983, je m’étais arrangé pour que lui parviennent toutes les informations nécessaires relatives à l’état de mes réflexions. C’était un choix délibéré. July traduisait au mieux les raisons qui m’ont déterminé à choisir,  à ce moment très précis de l’histoire, le chemin européen et non à changer de politique, comme je l’ai bien trop lu depuis. « Libération » parlait à la gauche et, à son corps défendant peut être, il a sans doute aidé une bonne partie du peuple de gauche à accepter, sans se résigner, les inflexions politiques qui nous étaient dictées par des circonstances irrépressibles, et qui avaient pour seul but d’éviter l’éclatement social du corps national. 

 J’ai constaté que July était parti et que M.Joffrin l’a remplacé. Ce vendredi, à deux jours de l’échéance, je dois vous confesser que je suis très étonné de voir que « Libération » place sur un même plan Royal et Bayrou, candidats qui se disputeraient désespérément l’honneur de retrouver au second tour de l’élection présidentielle le candidat de l’UMP. Cette présentation est assez intrigante  et j’y ai beaucoup réfléchi. J’en ai donc tiré trois conclusions : 1 : pour le « Libération » de M.Joffrin, Sarkozy est d’ores et déjà certain de figurer au second tour et d'en sortir élu (Ah bon !) 2 : Royal n’a pas distancé Bayrou durant la campagne (Ah bon !) 3 : si Royal et Bayrou ne se sont pas départagés, c’est qu’il doit exister bien des ressemblances entre leurs deux programmes (Ah bon !). Reste la dernière conclusion, implicite et insidieuse, mais naturelle et logique au vu de la présentation des faits par M.Joffrin : à quand l’alliance entre ces deux forces si semblables pour s’opposer au futur Sarkozy président de la république ?

 M.Joffrin, parait-il, continue de se réclamer de la gauche. Il combat, me dit-on, ce qu’il appelle la gauche « Bécassine ». J’espère que dans les prochains jours, on se penchera sur les desseins de cette gauche qui appelle à l’alliance avec des forces conservatrices, cette gauche des « Gracques » des « Spartacus », des Rocard et Joffrin, qui appelle à abandonner les classes populaires, cette gauche du renoncement, qui passe son temps à tuer la gauche, cette gauche frileuse enivrée par le mur de l’argent et ses medias dominants qui se sera comportée, durant toute la campagne, en gauche assassine.

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  Quand Ségolène Royal sera élue le 6 mai prochain, il faudra bien régler la question du successeur de François Hollande. Dans la dernière partie de cette campagne, celui-ci aura publiquement accompli sa tâche comme il convient. D’autres chemins s’ouvrent désormais à lui. Son talent est grand. Je ne doute pas qu’il saura effectuer le meilleur des choix possibles. Il y aura tant de grandes choses à accomplir ici ou là !

  Le choix du prochain premier secrétaire du PS engagera l’avenir du parti, et par conséquent de la gauche, pour les vingt années à venir. Royal élue, la nature des institutions la conduira à solliciter un renouvellement de son mandat en 2012. Quel que soit le résultat, le premier secrétaire d’alors sera en bonne posture pour être le candidat de l’avenir. Il faut y songer maintenant, afin d’éviter, lors des prochains combats, les atermoiements qui ont précédé cette élection de 2007. Ce premier secrétaire devra un jour être le représentant naturel du parti socialiste quand surviendront les échéances électorales de l’au-delà de 2012. Le PS ne manque pas de talents prêts à s’acquitter de ce rôle. Il y a même un grand avantage à examiner la situation des uns et des autres. Je discerne quelques personnalités prometteuses mais pas de trop-plein. Pour ma part, j’ai ma petite idée, et j’invite ceux qui me lisent, en toute équanimité, à y réfléchir, ils constateront que le choix s’impose de lui-même.

19/04/2007

Royal et Poivre, Royal et Barbier

  J’ai regardé avec angoisse Ségolène Royal, hier soir, face à Poivre d’Arvor, sur TF1. Ce que j’ai vu m’a beaucoup étonné, surpris et inquiété. Qu’est il arrivé à Poivre ? C’est bien la première fois depuis longtemps, que, face à une personnalité socialiste, l’homme lige de Bouygues se montre aimable. J’ai même surpris dans son regard adressé à la candidate du PS, cette petite lueur qui brille parfois dans les yeux des hommes, cet éclat que j’ai débusqué tant et tant de fois naguère chez Roland Dumas, au hasard de promenades parisiennes et qui surgissait chaque fois que résonnait à nos côtés le bruit de talons aiguilles sur le trottoir. Je n'ignore pas, privilège de ma position, que Poivre s’est vanté, dans certains dîners pris en compagnie de certains de ses confrères trop bavards, de pouvoir conquérir à sa guise une personne susceptible de faire son entrée dans l’Histoire. C’est une vantardise plaisante de la part d’un homme qui s’est montré jusque là dans sa vie plus Don Juan que Casanova. Hélas pour lui, comme beaucoup d’hommes de la droite médiatique, il lui manque l’esprit français, le bon ton, le bon maintien et les belles manières. Il ne possède pas l’art de la conversation, et il écrit trop vite. Les billets qu’il fait parvenir ici et là, toujours les mêmes au demeurant, peu lui importe le destinataire, semblent rédigés par un adolescent insatiable en proie à une mélancolie lamartinienne naissante et désordonnée. 

 Tout bien réfléchi, je n’ai jamais eu beaucoup d’inclination pour ce Poivre. Il est à la télévision ce que Stéphane Denis est à la presse écrite. Ils ont d'ailleurs le même penchant pour l’invention. Je suis toujours surpris de les voir disserter à longueur de pages sur « les liens particuliers » qu’ils avaient noués avec moi, comme si cela valait aux yeux du monde reconnaissance de leurs qualités littéraires et séductrices. Je les ai pourtant systématiquement tenus éloignés de ma personne, et j’ai pris grand soin de n’entretenir de relations qu’avec d’Ormesson, leur idole commune. Je me suis bien souvent réjouis lorsqu’on me rapportait que Stéphane Denis ou Poivre jalousaient ceux de leurs confrères (de nature plus élégante qu’eux, il est vrai) qui avaient eu accès à moi. Ils se vengeaient alors en multipliant les piques contre moi. C’est ainsi en France, quand les journalistes vous attaquent, c’est qu’ils aspirent à devenir courtisans.

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  De ce point de vue, l’élection de Ségolène Royal déclenchera un ballet médiatique qui sera des plus divertissants à contempler, et des plus instructifs à commenter. Pour se racheter une conduite, le jeune M.Barbier de l’Express, finira-t-il par livrer à Ségolène Royal, le nom de ceux de ces proches, à qui elle aurait confié, selon lui, ces derniers jours, qu’elle n’imaginait plus gagner l’élection ? Sachez-le, Royal a été la première surprise par son propre aveu. Personne ne l’avait prévenue de ce qu’elle avait déclaré à des « proches ». Cela ne devrait pas trop déranger M.Barbier, sans doute nous expliquera-t-il que Royal est devenue tellement incompétente qu’elle ne sait même plus ce qu’elle dit. 

 Il existera encore, jusqu'au dernier moment, l'ultime seconde, de ces petites manœuvres, de ces petites magouilles destinées à faire obstacle à la candidate du Parti socialiste, candidate contre laquelle le journal de M.Barbier aura fait campagne jusqu’à la dernière extrémité avec une obstination qui force le respect.

 Je veux cependant faire preuve d’équanimité. M.Barbier est un garçon plus cultivé que la moyenne des journalistes politiques d’aujourd’hui, et ses analyses sont parfois distrayantes. Et puis, un ambitieux qui se fixe pour objectif de détrôner Alain Duhamel ne peut être nécessairement antipathique.

 M.Barbier, me dit on, se pique d’aimer Talleyrand jusqu’à reprendre, en amateur, le rôle tenu par Claude Rich dans la jolie pièce « Le Souper », au sein d’une petite troupe de théâtre. Je m’en vais donc rappeler au directeur de « l’Express » ce bon mot du prince de Bénévent, afin qu’il le médite d’ici au 6 mai : « En politique, il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité »

18/04/2007

Religion et sarkozysme, Dîner et théâtre

  J’ai grandi en un temps où la question religieuse était résolue et pratiquement apaisée. La religion, sa pratique ne participaient pour moi que d’une évidence familiale. On priait dans ma famille, et les fêtes catholiques rythmaient la courbe du temps. La religion, c’était le son du clocher marquant les heures, la messe du dimanche et les saisons qui passent. 

 En vérité, la Saintonge était encore hantée par les échos des affrontements entre catholiques et protestants. Cette terre était huguenote, et ma famille catholique. La bourgeoisie protestante semblait souvent continuer de tenir pour responsable de la révocation de l’édit de Nantes ceux qui allaient à l’église le dimanche, et non au temple. Une caste s’était implantée sur cette terre, et elle glorifiait l’argent, ce qui horrifiait ma famille. L’argent primait les valeurs qui servaient de références aux miens : la Patrie, la religion, la dignité, la liberté, et cela leur était insupportable. L’argent, c’était l’ennemi, le corrupteur, on ne devait jamais transiger avec lui.

 En famille, et plus tard au collège, j’ai pris l’habitude de prier. Chaque jour matin et soir. Plus tard, je me suis aperçu qu’il s’agissait d’introspection. Chercher en soi le sens de la vie, pour soi, et pour les autres. Paradoxalement, je dirais que c’est ce catholicisme là, tel que mes parents me l’ont enseigné, qui m’a incité finalement à me détacher de lui. A penser la religion, les religions dirais-je, de la façon la plus libre. Cela m’a conduit peu à peu vers l’agnosticisme, je le reconnais, et si on y regarde bien, vers le socialisme.

 De mon enfance catholique, j’ai gardé le goût des églises et des pierres. Le silence d’une église romane de campagne, que l’on visite seul, est une invitation à la remise en question de soi. Sur sa place dans l’univers. Quelle trace peut on laisser après son passage ?

 Le christianisme a participé, mille ans durant, à la construction de la France, mais il lui est arrivé de diviser les Français. J’ai déjà rappelé ici, que c'est dans ces circonstances de désordres religieux, sources de conflits et de guerres qu’était né l’édit de Nantes. La puissance publique intervenait en tant que représentant de la nation pour mettre fin à ces désordres, et ce faisant, elle s’élevait au-dessus de la religion. La dépassant, elle ne la considérait plus comme le seul élément fédérateur de la nation, mais comme un élément la constituant parmi d’autres, un élément divers et composite. La loi de 1905 et les lois sur la laïcité sont venues confirmer ce que l’édit de Nantes avait fondé, en dépit de trois siècles de résistance politique catholique.

  Et voici qu’aujourd’hui, en 2007, le candidat de l’UMP vient nous déclarer que le christianisme a vu naître notre nation. C’est encore une ineptie de sa part. Ce Sarkozy est incorrigible, qui réussit en une formule à assimiler christianisme et nation française, à rebours de ce qu’est la vérité historique. Cela n’est pas sans conséquence, et est loin d’être anodin. Cet homme là, si il était élu, foulerait aux pieds l’héritage d’Henri IV et de la troisième république, la déclaration des droits de l’homme de 1789 et la loi de 1905. Cet homme là réveillerait, (et hélas, il a déjà commencé), des passions religieuses susceptibles de déboucher sur de graves affrontements entre Français. Peut on imaginer un président de la république gouvernant au nom de valeurs religieuses personnelles et justifiant, au nom de ses valeurs, des choix politiques pesant non seulement sur le destin d’une nation, mais aussi sur les vies privées de chacun d’entre vous ? Je ne doute pas que les Français sauront dire non.

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 Michel Rocard va dîner avec François Bayrou. Le vaudeville se poursuit. Cela me fait penser à cette pièce de théâtre, jouée il y a quelques années, par Brasseur et Villeret. Si mes souvenirs sont bons, il y était question de dîner également. Pour ce qui est de l’attribution du rôle titre, je vous laisse libre de choisir. Pour ma part, j’ai ma petite idée.