06/05/2007
Dernier jour
A l’aube de ce jour si particulier, je tiens à remercier celles et ceux qui m’ont lu tout au long de ces dernières semaines. J’ai eu tant de bonheur à retrouver l’espace d’un instant les choses de la vie.
Sachez cependant que le combat ne s’arrêtera pas ce soir. Vous avez vu comme moi, comment les forces de l’argent et les medias, télévisions, radios, presse, sondeurs ont confisqué cette élection. Il restera tant et tant de luttes à mener. Gardez confiance.
Ce dimanche, après le vote, partez, si vous le pouvez, jouir du spectacle de la nature. Profitez de la vue d’un étang, du calme d’un sentier. Contemplez les fleurs de pommiers, de poiriers. Admirez les vignes, les champs. Ecoutez le chant des oiseaux, le souffle léger du vent dans les branchages. Songez à ceux que vous aimez et qui vous aiment, ceux qui sont le pain et le sel de votre vie. Partagez avec eux le meilleur de vous-même, que cela les incite à vous imiter, à propager ainsi le meilleur de l’homme jusqu’à l’infini des consciences. Demain, vous verrez se tisser jour après jour les liens qui mèneront le peuple de France à se retrouver tel qu’en lui-même, à se libérer, à se redresser et reprendre sa marche.
Croyez aux forces de l’esprit, elles vous aideront au-delà de toute imagination.
05/05/2007
Sarkozy et Solutré, Quai d'Orsay et Juppé
Le candidat de l’UMP, certain d’être élu demain président de la république s’est choisi son « Solutré ». Il a déclaré, parait-il, qu’il effectuerait désormais une visite annuelle au plateau des Glières, haut lieu de la Résistance intérieure française durant la seconde guerre mondiale où furent fusillés par les forces nazies 140 combattants français. « C’est très beau » a dit le candidat de l’UMP en évoquant l’endroit, ajoutant : « Pour moi, être ici, c’est un message d’avenir, c’est l’identité nationale française »
Jusqu’à ce jour, les plagiats, imitations et emprunts de M.Sarkozy me divertissaient. Le labrador, les tricots de laine, les pantalons de velours côtelés, les feux de cheminée, l’affiche de campagne, tous ces efforts pour se donner un air de qui vous savez, tous ces artifices pour changer le creux en profondeur, tous ces masques destinés à travestir en héritier de François Ier, de Louis XIV, de Bonaparte, un individu qui n’est que le descendant d’un aide de camp de Boulanger, tout cela m’amusait, je l’avoue bien volontiers.
La dernière sortie du candidat de l’UMP souligne une fois de plus, le ridicule qui lui est si particulier mais qui semble ne plus émouvoir personne dans ce pays, hormis quelques consciences encore lucides, ici où là.
Soit. Admettons. La terreur qu'inspire le personnage dissuade jusqu'aux plus audacieux. Cela en dit long sur ce que serait le régime qui vous attend au cas où le pire se produirait demain.
En revanche, la confiscation d’un lieu de recueillement à des fins électorales m’irrite. Cela n’est pas digne d’un homme qui aspire à devenir président de la république. Cette confusion des genres, l’appropriation d’un lieu de mémoire pour satisfaire la soif de reconnaissance d’un aventurier doté du bagout et de la grosse montre d’un mauvais vendeur d’automobiles allemandes de luxe, suscite peut être plus de gêne que de déplaisir ; mais elle n’en demeure pas moins préoccupante, tant elle relève d’une pratique politique foncièrement immorale.
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Le candidat de l’UMP constitue son gouvernement. Ces derniers jours, il fait le siège d’Alain Juppé afin que celui-ci accepte le portefeuille des Affaires étrangères. Juppé refuse, car il juge en privé que Sarkozy n’est pas au niveau et qu’il va multiplier les bourdes diplomatiques. Rien que ce vendredi d’ailleurs, les dernières déclarations de Sarkozy ont fâché les Russes, les Allemands et les Turcs. Cela promet.
Ce refus désespère Sarkozy. Le président des Hauts-de-Seine est persuadé que personne ne peut occuper le quai d’Orsay, à l’exception de Juppé. C’est dire la richesse des talents au sein de l’UMP. Et pourtant, Copé, Devadjian, Balkany, Estrosi, Murano, Pécresse, Dati, Bachelot… et Douste-Blazy, Méhaignerie, Hortefeux, Boutin, Barnier… Que de talents, que d’intelligences… Je ne saisis pas l’obstination de Nicolas Sarkozy à convaincre Juppé.
De ce dernier développement, une conclusion s’impose. Votez Ségolène Royal.
04/05/2007
Reflexion et exécution, débat et négation, espérance et avenir
De ma vie, je ne me suis jamais laissé dicter ma conduite par quiconque. Je fais ce que je veux, comme je le veux, quand je le veux. On ne gagne rien à tenter d’expliquer le cours des événements dans la précipitation des medias, le brouhaha des donneurs de leçons, le désordre des empressés, l’emballement des esprits. En politique, seul compte le rapport de force, l’analyse qu’impose ce rapport, et la volonté des individus. La juste appréhension d’une situation politique et de ses conséquences prévisibles exige de la froideur. Les passions sont mauvaises conseillères. « Il faut être lent dans les délibérations et vif dans l’exécution » disait Napoléon, qui a tout perdu lorsqu’il ne s’est plus appliqué à lui-même ce sage précepte.
Quoi qu’il arrive au soir du 6 mai, le combat ne s’arrêtera pas. Quel que soit le résultat, il sera prétexte à recommencement, renaissance. Victoire ou défaite, il ne faudra rien lâcher, rien céder, rien abandonner dans les jours, semaines, mois, années qui s’ouvrent à vous. Victoire ou défaite, les forces puissantes qui ont inlassablement soutenu le candidat de l’UMP continueront de le soutenir et la lutte sera rude. Victoire ou défaite, plus rien ne sera possible sans Ségolène Royal.
Le désir de victoire, la peur de perdre nourrissent des émotions incontrôlées, des affolements coupables, souvent générateurs d’actions néfastes. Depuis le 22 avril, Ségolène Royal a démontré qu’elle était dotée de cette capacité à maîtriser le cours des choses tandis que son adversaire s’en est montré incapable. Elle a été mouvement et non inertie. Grâce à sa parfaite analyse de la situation née des résultats du premier tour, elle a d’ores et déjà ramené vers le vote socialiste l’ensemble des voix de gauche égarées sur le vote Bayrou. C’est sur ce socle que peuvent se bâtir les victoires de demain et d’après-demain.
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J’en viens maintenant à l’enseignement politique essentiel du débat de mercredi.
A de nombreuses reprises, le candidat de l’UMP a cru très fin de rappeler à Ségolène Royal quelques citations de François Hollande, émises ici et là au cours de la campagne et il faut bien le dire, parfois « malencontreuses », la dernière en date étant proférée le jour même du débat avec l’annonce de la nomination d’un Premier ministre estampillé « socialiste d’appellation contrôlée » en cas de victoire (était-il vraiment très opportun de se livrer à cette sortie ce jour là ? je vous en laisse juge). Vous avez pu constater comme moi, qu’agacé par la liberté affichée de la candidate socialiste confrontée à ce petit rappel qui se voulait embarrassant, Nicolas Sarkozy a fini par lui demander si elle ne sentait pas liée par ce que pouvait dire le premier secrétaire du parti socialiste. La réponse a été des plus éloquentes : « non »
Ce « non » si clairement énoncé, si volontaire, si pur même, me ravit depuis trente-six heures. C’est un « non » de liberté. Un « non » d’indépendance. Un « non » de chef d’Etat. C’est le « non » que prononcent ceux qui se savent maître de leur destin et n’auront plus de comptes à rendre à quiconque.
Lénine avait coutume de dire qu’en politique, « la pratique est le critère de la vérité ». Certes, il n’a jamais figuré au premier rang de mes inspirateurs, mais cette maxime mérite d’être méditée comme il se doit, et rapportée au cas d’espèce évoqué ici, elle prend tout son sens.
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J’aime à croire, vous qui me lisez tous les jours par dizaines de milliers, et depuis deux mois par centaines de milliers, que vous ne désespérez pas de la victoire. Sans espérance, rien n’est possible, et quoi qu’il arrive désormais, Ségolène Royal porte cette espérance. Encore une fois, le 6 mai n’est pas un terme, c’est une étape. Gardez votre foi, votre enthousiasme, conservez votre volonté, nourrissez votre haine même, si vous le voulez, à l’encontre de cette droite, la plus réactionnaire depuis bien longtemps, mais, je vous en conjure, n’oubliez jamais que les doctrinaires dorment entre cour et jardin, ils ne voient jamais dans la rue.
03/05/2007
Nuit et conseil.
Je ne livrerai pas ce soir mon jugement sur le débat entre les deux candidats. Je vais laisser la nuit porter conseil et j'invite chacun, en conscience, à réexaminer les propos des deux candidats et à méditer dans le même élan ce mot de Talleyrand: "A une nation comme la France, il faut du prestige"
Un regret pour le passé, un souhait pour l'avenir
Jacques Attali me le reproche encore, mais pour une fois, il n’a peut être pas complètement tort. Durant mon second mandat de président de ma république, j’ai été trop respectueux des prérogatives de mes premiers ministres. A l’heure où s’achève cette campagne présidentielle, je confesse regretter de ne pas avoir imposé à Michel Rocard la re-nationalisation d’une entreprise publique privatisée par la droite. Dans les premières semaines de son installation, nous avions pourtant évoqué le sujet avec le chef du gouvernement, car je voulais éprouver sa volonté de gouverner en socialiste. J’avais vite compris que ce sujet comme sur d’autres, il avait décidé d’être le plus inerte possible afin de ne pas hypothéquer les chances qu’il pensait avoir de me succéder un jour à la tête de l’Etat.
Je me souviens très bien de cette conversation en tête-à-tête. Elle s’est déroulée dans mon bureau, à l'elysée, un soir de l’été 1988. J’ai testé mon idée auprès de Michel Rocard. Il a pris un air embarrassé et il s’est lancé dans une grande explication en s'abritant derrière ce jargon qui lui est si familier, explication à laquelle je n’ai pas compris grand-chose, si ce n’est que ce que je souhaitais était « techniquement impossible ». J’ai par la suite souvent entendu cette justification prétexte à ne rien faire sur rien ; sur les infirmières, les retraites, la justice, l’école… A chaque fois, c’était « techniquement impossible »
Aujourd’hui, je le répète, je regrette de ne pas avoir exigé cette re-nationalisation. A voir cette entreprise, objet de patrimoine national, soutenir jour après jour, heure après heure, le candidat de l’UMP, je le regrette doublement. La complicité avec Nicolas Sarkozy est avérée. C’est une complicité familiale, d’argent et de pouvoir. C’est une complicité qui vise à confisquer cette élection aux Français. C’est une complicité qui a été exposée aux yeux de tous lors du meeting de Bercy tenu par le candidat de l’UMP, avec la mise en avant indécente de salariés et employés de cette entreprise, ralliés, de gré ou de force, à la cause.
J’apprends maintenant que le vice-président de cette entreprise, mis à la retraite, va très probablement occuper prochainement de hautes responsabilités auprès de Nicolas Sarkozy, si ce dernier est élu. L’attribution d’un ministère est même dans l’ordre des choses probables. Oui, décidément, tout est possible.
J’oublie cependant de vous préciser deux petites choses. Le vice-président en question se dénomme Etienne Mougeotte et il exerce encore ses talents au sein de la société TF1. Une entreprise qui aurait dû revenir dans le service public depuis longtemps si mon Premier ministre de l’époque n’avait pas abdiqué en échange d’invitations de complaisance dans le journal de M.Poivre d’Arvor.
La droite française ne changera jamais, et sa devise demeure : « Tout prendre, ne rien rendre ».
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On reproche beaucoup à Arlette Chabot d’avoir fait la bise à Nicolas Sarkozy après le débat d’hier soir. On lui rendra grâce toutefois de ne pas avoir haché la conversation par des interventions intempestives.
Pour ma part, si j’avais été à la place des deux candidats, j’aurais souhaité que l’échange fût arbitré par Laurence Ferrari. Très franchement, lorsqu’elle apparaît sur un écran, elle ne nous donne pas le sentiment de se retrouver, après avoir fait la queue une heure, face à une postière revêche tapie derrière son guichet. Elle est aimable et pose gentiment ses questions. Il faudra y songer en 2012, quand il s’agira de faire à nouveau campagne pour Ségolène Royal.
02/05/2007
Débat et techniques
Les vrais réalisateurs du débat de ce soir se nomment Etienne Mougeotte et Patrice Duhamel. Ils seront présents dans le car mobile de régie installé à Boulogne, aux côtés du réalisateur de paille de l’émission. Les socialistes sont décidément bien naïfs puisqu’ils ont autorisé les plans de coupe généraux durant la retransmission du débat. C’est une erreur majeure. Je suis prêt à parier que ces plans élargis surviendront le plus souvent lorsque Ségolène Royal s’exprimera et qu’on y verra Nicolas Sarkozy lever les yeux aux ciels, soupirer, sourire ironiquement… Toutes ces mimiques et attitudes qui permettent de faire comprendre à un auditoire que son contradicteur est un incompétent et un benêt.
En 1974, lors du débat qui m’opposait à mon adversaire de l’époque, j’avais eu à souffrir de cette réalisation malhonnête. Dès que j’ouvrais la bouche, la caméra passait sur mon opposant qui passait son temps à manifester sa désapprobation de mes propos par des grimaces éloquentes. Je n’ai jamais oublié qu’à un moment, alors que je citais quelques chiffres à l’appui d’une démonstration, il poussa la supercherie jusqu’à extraire une feuille d’un dossier, la regarda d’un air attentif et hocha la tête comme pour dire : « vos chiffres sont faux ». Puis, il reposa son papier sur le bord de la table, et c’est à cet instant que je découvris que cette feuille était vierge de toute inscription. Le téléspectateur n’en vit rien, le cadre avait changé, mais le mal était fait.
J’invite donc les socialistes à se montrer plus vigilants qu’ils ne l’ont été jusque là dans la préparation du débat. Chabot, Duhamel, Mougeotte, c’est un combat à un contre trois qui va se dérouler ce soir sous nos yeux. Heureusement encore que la neutralité bienveillante de Poivre d’Arvor est acquise, sinon le pire serait à craindre. Je suis las de constater parfois l’amateurisme télévisuel de certains des membres de l’équipe Royal, las de déplorer que cet amateurisme pourrait coûter si cher ce soir, au terme du débat.
A tout à l’heure.
01/05/2007
Debat et socialistes, Sarkozy et ses soutiens
Hier soir, je me suis laissé aller à contempler sur Antenne 2, le spectacle de la confontation organisée par un certain Yves Calvi. Trois petits débats se succédaient mettant aux prises des représentants des deux candidats.
Je ne connais pas ce M.Calvi, mais j’ai regretté, c’est un comble, Alain Duhamel. Je me souviens d’un cafetier de la Nièvre, homme charmant au demeurant, qui tenait un petit établissement non loin de Château-Chinon. Il portait les cheveux en brosse, comme ce M.Calvi, à cette différence près que les siens ne repoussaient pas miraculeusement (c’est ce qu’on m’a dit) à mesure qu’ils tombaient, et il se tenait comme lui derrière son comptoir, les bras croisés arborant l’air assuré de celui qui n’ignore plus quels sont les vrais secrets de la vie. Le prix du canon de rouge, les américains tournant l’épopée d’Apollo 11 en studio pour berner la planète, le tiercé qui va passer de 3 à 5 francs et provoquer la ruine du PMU, la vérité sur le sexe de Sheila, la maladie de Pompidou, les accords secrets de Brejnev et Kissinger pour rouler les Chinois et ainsi de suite. J’aimais beaucoup le visiter. Lui et ses clients me fournissaient de précieuses indications sur les préoccupations populaires. Je ne pouvais deviner, à l’époque, que de telles qualités d’analyse et de réflexion amèneraient les héritiers de mon tenancier de bistrot favori à devenir les journalistes emblématiques du service public de la télévision. C’est peut être pour cette raison qu’Arlette Chabot a tout tenté pour bloquer, l’an passé, l’arrivée de M.Calvi au sein d’Antenne 2.
Par ailleurs, j’ai trouvé les trois représentants du PS lors de cette émission peu à leur aise. J’attendais plus de pugnacité. Le jeune Montebourg par exemple, n’a pas su renvoyer le porte-parole de Sarkozy, cette Rachida Dati qui aboie plus qu'elle ne parle, à la niche dont elle n'aurait jamais dû sortir. Moscovici a endormi tout le monde, comme d’habitude, et Sapin m’a autant ennuyé qu’au temps où il siégeait en Conseil des ministres. Tout cela m'a rendu maussade. Les socialistes se rendent-ils compte que cette campagne s'achève dans trois jours et que le temps des amabilités concédées à l'adversaire est révolu?
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Seguela se décide aussi à aller à la soupe. Bien. Que voulez-vous que je dise ? Je ne peux que vous rapporter ce qu’un chanteur populaire, présent dimanche au meeting parisien de Sarkozy, a déclaré à ses proches qui lui en faisaient reproche. Pour justifier son honteux ralliement sarkozien, cette vedette de la chanson a mis en avant le chantage qui aurait été exercé à son encontre. Une question d’arrangement avec le fisc, pour ce que j’ai saisi de l’affaire… Voilà donc où nous en sommes rendus aujourd’hui, dans ce pays qui fût une république. Un candidat s’époumone à la tribune de ses meetings et veut imposer à ce pays un retour à la « morale » tandis que ses affidés, dans les coulisses, achètent les ralliements des uns et des autres à coup d’arrangements fiscaux, de promesses de contrats publics, de places à se répartir. Hallyday, Tapie, Seguela, Benamou, Gallo, Glucksmann… Qu’ont-ils promis aux uns et autres ?
30/04/2007
Sarkozy et Guaino, Chabot et débats
Ma position actuelle m’a permis d’assister hier en toute discrétion au meeting de Nicolas Sarkozy à Paris. Je ne vais pas revenir ici à nouveau sur la liste des soutiens nombreux qui rejoignent, jour après jour, le candidat de l’UMP, tout a déjà été dit à ce sujet. Tout cela a un furieux air de mai 58 et je plains les plus jeunes d’entre vous qui allez découvrir ce monde là, si par malheur ce candidat est élu.
Hier, M.Sarkozy a délivré un de ces discours ciselés pour lui par sa nouvelle plume, Henri Guaino. Il est assez divertissant d’observer que ce monsieur a officié auparavant pour le compte de Philippe Seguin et de Charles Pasqua. Il était déjà préposé à la rédaction de diatribes où il plagiait sans vergogne, et sans que Pasqua ne s’en aperçoive, Barrès, Déroulède et Maurras. En 1999, lors de la campagne des européennes, époque où le peuple français avait estimé Sarkozy à sa juste valeur, Guaino avait exigé de son mentor une place de député européen, une sollicitation que le terrible monsieur Pasqua avait refusé tout net. Pour se venger, Guaino passait tout son temps à occuper les lignes téléphoniques du conseil général des Hauts-de-Seine, où il était employé, afin d’expliquer à tous ses interlocuteurs que Pasqua était gâteux.
On m’a rapporté également que ce Guaino a une très haute idée de lui-même, aussi haute que ses idées sont courtes. Il est à ce point empli de lui que tous ses proches finissent tôt ou tard par l’éloigner. Cette marque de caractère lui a valu de dormir quelques mois sur le canapé d’un ami qui a bien voulu l’héberger le temps de sa rédemption.
Pour tout vous dire, ce Guaino est un zozo de grande envergure, et comme tous les zozos, il ne fait que des zozoteries. Cela serait sans conséquences s’il n’était le grand inspirateur de la pensée Sarkozienne, une pensée dont nous avons tous pu mesurer ce dimanche l’abyssale profondeur à travers le discours lu par le candidat de l’UMP, ce discours de rupture avec mai 68 qui laissa Thierry Roland et Philippe Bouvard muets d’admiration, tout comme leurs compagnons de route, Alain Finkielkraut et André Glucksmann.
Paul-Marie Couteaux, un député européen souverainiste qui a bien pratiqué Guaino affirme que ce dernier n’a pas lu les livres qu’il prétend connaitre, mais des fiches de lecture, comme les affectionnent les étudiants de Sciences-po. Il trouve cependant à Guaino une qualité essentielle, et je ne résiste pas au plaisir de la citation : « Attention, dit Couteaux, ce Guaino n’a pas que des défauts. A table, c’est un bon convive »
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A quarante huit heures du débat, Arlette Chabot s’inquiète. Elle sait que Ségolène Royal est informée de ses agissements et sympathies diverses, et elle craint de la part de la candidate une allusion à ce sujet. Il est vrai que ce samedi, Arlette Chabot s’est surpassée. C’est elle qui a imposé que le débat Royal Bayrou soit traité dans le corps du journal de 20 heures d’Antenne 2, comme s’il s’agissait d’une nouvelle sans plus d’importance que cela, déclarant au passage devant ses fidèles que : « de toutes façons, on en fait bien assez pour ces deux nazes »
29/04/2007
Sarkozy, télévision et avenir
Nicolas Sarkozy est un homme très occupé. Comme il se voit déjà élu, il songe à la composition du gouvernement Fillon et il se préoccupe de l’avenir médiatique de ce premier cabinet. Il faudra bien, en effet que l’action future de ce gouvernement soit exposée aux Français comme il se doit. Depuis trois jours, le candidat de l’UMP passe son temps à évoquer, et son entourage le fait savoir, ces importants dossiers que sont la succession de MM.Namias, Dassier et Poivre d’Arvor (à qui personne n’ose l’annoncer encore) à TF1, l’éviction de MM.Nahon, Leclerc (Gérard), Moati, Schneidermann, Taddéi des chaînes publiques, la promotion de Mme Chabot à la tête d’Antenne 2 et son remplacement à l’information par M.Bilalian, l’intronisation de M.Benamou à la tête d’une grande chaîne nationale, la destruction des marionnettes de Canal plus, et pour finir, la béatification de M.Elkabbach…
Si tout cela ne peut être évité, nous en reviendrons aux très riches heures de la télé gaullienne. Délicieuse époque que les plus jeunes de mes lecteurs n’ont pas connue. En ces temps reculés, Jacqueline Baudrier, la directrice de l’information de l’ORTF (c’était un peu la Arlette Chabot de l’époque, mais avec un faux air de Danielle Darrieux), demandait à tout journaliste dont elle envisageait le recrutement quelles étaient ses préférences politiques. Tous les candidats, avertis, confessaient invariablement leur foi en l’idéal gaulliste. Tous, sauf un, qui un jour préféra honnêtement s’afficher démocrate-chrétien. Mine interloquée de Jacqueline Baudrier. Elle n’avait jamais vu de journaliste non gaulliste. Inquiète, elle se risqua alors à poser cette question au postulant : « mais cher monsieur, si vous n’êtes pas gaulliste, comment ferez-vous pour être objectif ? »
28/04/2007
Dialogue et enjeu, téléphone et UMP
Le dialogue entre Ségolène Royal et François Bayrou permet de préciser une dernière fois l’enjeu historique de cette élection présidentielle. Le 6 mai, les Français auront le choix de rompre ou non avec l’héritage de 1789.
Voilà bien l’enseignement qu’il faut retirer de ce dialogue : Bayrou n’appartient pas au bloc réactionnaire constitué autour des candidats UMP et FN au soir du premier tour de scrutin. Voilà ce que Ségolène Royal et lui-même entendaient démontrer ce jour. En dépit de leurs divergences, ils ont affiché leur volonté politique d’agir en héritiers directs des constituants de 1789.
L’enjeu de ce second tour est clairement établi.
Les 60% de Français qui ne veulent pas de Nicolas Sarkozy, de sa police à la Fouché, de sa presse à la Bonaparte et de son christianisme à la Pie XII, ces 60% de Français doivent pouvoir être rassemblés, à la seule condition que l’enjeu réel de cette élection leur soit perceptible. Si cette dimension leur échappe, si la pédagogie indispensable n’est pas employée, le pire est à redouter, le 6 mai et après. François Bayrou a accompli une partie du chemin pour amener, sans heurt, ses électeurs à déduire qu’il n’y a plus d’autre choix logique, cohérent, utile, nécessaire, que de glisser un bulletin de vote Royal dans l’urne le 6 mai prochain. Aux socialistes de les aider à parcourir le reste du chemin.
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J’espère qu’il sera porté à la connaissance du public le montant de la note de téléphone de Sarkozy et de ses proches pour ces trois derniers jours. Pour empêcher la tenue du dialogue Royal Bayrou, et à eux seuls, ils ont saturé l’espace téléphonique français de coups de fils vengeurs et menaçants adressés à tout ce que l’audiovisuel national peut compter de responsables. Le seul qui n’a pas eu doit à son coup de fil dissuasif, c’est Jean-Pierre Elkabbach. Avant même qu’on lui téléphone, le directeur d’Europe no 1 avait déjà appelé Sarkozy pour l’assurer qu’il n’organiserait pas le débat sur ses antennes et qu’il ne céderait pas à la pression. Ce sont des anecdotes comme celles-ci qui me rajeunissent. J’ai l’impression de me retrouver en 1981. En pire.
Quant à Pierre Charon, le grand ordonnateur des rassemblements de l’élite culturelle Sarkozyste, il bat le rappel téléphonique des troupes convoquées demain à Paris pour le grand meeting du candidat de l’UMP. Aux côtés de Sarkozy, on découvrira les visages réjouissants de ceux qui incarneront demain, s’il est élu, la France des arts et des spectacles: Christian Clavier, Jean Reno, Doc Gynéco, Stéphane Courbit, Alexia Laroche-Joubert, Enrico Macias, Alain Afflelou, Steevy, Martin Bouygues… Un bien beau spectacle vivant, qui nous laissera beaucoup de temps de cerveau disponible.

