18/05/2007

Ministres et conseils au PS

  L’opposition ne peut être qu’inconditionnelle. Les socialistes n’ont d’autre choix que celui-là s’ils veulent préserver l’essentiel lors des prochaines élections législatives et entamer la reconquête. Je les conjure d’en finir avec ces déclarations de tiédeur répétées inlassablement depuis 2002 sur les vertus d’une opposition « responsable », « lucide mais déterminée » et autres mièvreries destinées à complaire aux puissances d’argent. Avec le nouvel élu, il ne saurait être question d’adopter la posture frileuse de l’opposition « réaliste », ce pauvre masque dont la fonction est de dissimuler les plus lâches renoncements. 

  De ce point de vue, le gouvernement Fillon est une bénédiction. J’y discerne de grandes faiblesses. Les postes clés y sont occupés par des amateurs qui plaisent à TF1 mais qui seront sources de bien des difficultés pour le nouveau Premier ministre.

  Commençons par Kouchner. C’est un homme qui a beaucoup de qualités, (personnellement j’ai toujours été bluffé par sa capacité à se tirer les larmes sur des plateaux de télévision, quasiment sur commande), mais il ne possède aucune de celles qui font les grands ministres des Affaires étrangères. Les socialistes devront impérativement lui mener une vie d’enfer, notamment lors des séances de questions d’actualité. Il faut qu’à chacune de ces interpellations soient prononcés les mots de « trahison », « traîtrise », « félonie », « parjure », « désertion », « déloyauté »… Il doit devenir la cible permanente du PS. Cette entreprise doit être menée systématiquement, constamment et inlassablement, à l’Assemblée comme ailleurs. Que les jeunes parlementaires socialistes, si ils sont élus ou réélus plantent chaque jour leurs crocs dans ses jarrets. Vous verrez le résultat, Kouchner y perdra ses nerfs, et comme il comprendra vite qu’il s’est fait rouler par le nouvel élu, qu’il est juste bon à passer à la télévision et que pour le reste, il n’est qu’un paillasson, il quittera le gouvernement sur un esclandre qui causera grand tort à ceux qui l’ont débauché. Cette affaire là peut être menée en six mois maximum. Ce sera le premier fiasco du tandem au pouvoir.

 Autre cible de choix, Rachida Dati. Je l’ai bien observée durant la campagne, elle n’a pas de nerfs. C’est une impulsive emportée, fébrile ; elle est comme son maître, elle se veut omnipotente et se croit habitée par un destin hors norme alors que c‘est une pauvre excitée qui souffre d’un grand manque d’estime de soi. Elle n’est dotée d’aucune des qualités qui font les grands Gardes des sceaux. A elle aussi, même traitement que Kouchner, à l’Assemblée comme ailleurs. Il est évident qu’elle interviendra maladroitement et brutalement dans les affaires sensibles et il suffira d’en tirer profit. Il conviendra que les campagnes de déstabilisation menées contre elles soient des plus acharnées, si le PS y consent, bien entendu.

  Boorlo présente aussi nombre de faiblesses à exploiter . Il faut sans plus attendre entamer une campagne sur le maintien de son épouse au journal de 20 heures d’Antenne 2. Elle doit y officier de nouveau durant la campagne des législatives, il faut dénoncer sans attendre cette "collusion". Si on l’a retirée pour l’élection présidentielle, élection qui ne concernait pas son époux, pourquoi revient-elle dans une période où celui-ci entre au gouvernement et est candidat à des élections législatives? D’une pierre deux coups, puisque cette affaire aurait aussi le mérite de rappeler aux Français l’inféodation des puissances médiatiques au nouvel élu.

  Ce gouvernement comporte encore bien des faiblesses : Hortefeux, un faible ; Pécresse, une bourgeoise désincarnée ; Bachelot, une fausse gentille incompétente ; Boutin, une illuminée ; Alliot-Marie, une psychorigide sans âme … Je pourrais ainsi définir une stratégie de combat à l’encontre de chacun de ces zozos, mais la place manque aujourd’hui.

   Quant au Premier ministre, il conviendra de l’ignorer complètement pour mieux souligner en toute occasion son inexistence politique et se consacrer à la seule cible qui compte, l’invraisemblable président que les Français ont élu par accident.

   Je m’en veux presque d’avoir à donner ces conseils de simple bon sens politique aux socialistes, c’est vous dire mon inquiétude, mais les choses étant ce qu’elles sont à ce jour, il faut bien apprendre à réapprendre ce que doit être une opposition digne de ce nom (et de ses électeurs) qui entend devenir majorité avant 2017.

17/05/2007

IIIe Empire et gens de plume

  On s’offusque beaucoup dans certains milieux de la presse parisienne de la promotion de Mme Pégard du « Point » au poste de conseiller auprès du président de la république. Des gens de bonne volonté et de bonne conscience s’interrogent sur les relations qu’a pu entretenir Mme Pégard avec le candidat de l’UMP tout au long de cette campagne présidentielle, témoignant ainsi d’une naïveté que je n’hésiterais pas à qualifier de confondante. 

  Lorsque j’étais en activité, cette dame m’avait déjà été signalée comme étant de droite et traçant sa carrière dans le sillage des élus de droite. Je ne vois donc pas pourquoi tous les journalistes français feignent la surprise. On m’a même rapporté que mon successeur la connaissait très bien et lui portait une sorte d’affection (j’espère que le mot est approprié) amusée, tenant à son sujet des propos que son chauffeur, M.Laumond, répétait à qui voulait bien les entendre, ce qui, parait-il provoquait beaucoup d’hilarité dans les rangs du RPR, et beaucoup moins du côté d’un conseiller général du centre de la France. 

  Mme Pégard est très amie avec Pierre Charon, un proche du nouvel élu. Pour l’anecdote, c’est lui-même qui avait suggéré à la journaliste de changer la photographie ornant sa page du « Point » consacrée à la communication de l’UMP. « Tu fais trop vieille et trop ringarde, re-looke toi ma cocotte ! » lui avait-il dit avec une certaine franchise. On voit bien que tout cela ne date pas d’hier et il faut être un sacré gogo pour croire à une subite conversion de Mme Pégard aux vertus du IIIe Empire instauré officiellement hier.

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  A quoi va bien servir Georges-Marc Benamou à l’Elysée ? A gonfler les frais de bouche de cette maison, sans nul doute, sinon, je ne vois pas. A moins qu’il ne soit là pour écrire la geste du IIIe Empire ? Voilà qui serait plaisant, surtout si le nouvel élu lui fait l’honneur de le convier à sa table. Benamou adore être invité et aussitôt après, il raconte n’importe quoi à n'importe qui pour se rendre intéressant. Pierre Bergé lui avait donné de mauvaises habitudes. Moi qui ai eu la faiblesse de partager dans mes restaurants familiers quelques déjeuners et dîners avec lui, je ne l’ai jamais vu proposer de régler la moindre addition ou s’enquérir, ne serait-ce que par bon ton, de la manière dont serait payée la note. Au contraire, il baissait les yeux lors du règlement de ces petites affaires, faisant mine d’être très absorbé par des réflexions profondes relatives aux sujets que nous venions d’évoquer au fil de la conversation : Danielle Darrieux, Martine Carol, Romy Schneider…

16/05/2007

Balladur, épouse et tenue de soirée, PS

  Une angoissante question me taraude depuis quelques jours. Où est donc passé Edouard Balladur ?  Serait-ce vrai ce que l’on me raconte. Qu’il a jugé cavalière l’attitude du candidat de l'UMP à son égard tout au long de sa campagne ? Qu’il estime les premières manifestations nautiques maltaises du nouvel élu particulièrement vulgaires ? Connaissant mon ancien Premier ministre et son attachement désuet à certaines bonnes manières, je peux comprendre cette réserve de bon ton, mais je m’étonne encore que pas un journaliste Français ne soit enquis de ce que pouvait bien penser et dire Edouard Balladur au sujet de celui qui a réussi là où lui échoua en son temps. 

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   J’ai contemplé avec intérêt l’installation du nouvel élu en son nouveau palais. Tout un symbole la robe portée par son « épouse ». Arborer une tenue de soirée en début de matinée, voilà qui en dit long sur les gens qui s’installent à la tête de l’Etat ce jour. Je n’ai rien à dire de plus à ce sujet, si ce n’est que la démarche du nouvel élu ne me parait pas convenir à un chef de l’Etat en exercice. Elle est empruntée et n’est révélatrice d’aucune marque de grandeur.

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  Les militants socialistes seraient bien inspirés de lire les statuts de leur parti. Ils y trouveraient à l’article 6-11 une disposition qui pourraient leur donner des idées sur les mille façons de sortir leur formation de la crise et de trancher enfin en congrès la question si importante du Premier secrétariat, préalable indispensable à tous les combats futurs.

15/05/2007

Ouverture et réalité, PS et fin de l'Histoire

  Je me souviens bien de ce jour de mai 1988 où Michel Rocard, nouveau Premier ministre dont la nomination m’avait été dictée par les circonstances, est venu me rendre compte de ses discussions avec les centristes de l’époque. Nous étions à la limite du ridicule. Leur candidat, Barre venait de tomber de très haut à l’élection présidentielle, le RPR les étouffait, mon prédécesseur reprenait la présidence de l’UDF et s’apprêtait à les mettre au pas, et ces gens là prétendaient dicter leurs conditions au Premier ministre nommé du fait de ma victoire. Ils exigeaient qu’il n’y eut pas  de dissolution et que le nouveau gouvernement vienne présenter son programme à l’Assemblée issue des élections de 86. A vrai dire, je n’avais pas d’illusions sur les entreprises de Rocard et j’avais déjà pris la décision de dissoudre, je souhaitais juste que notre collaboration ne débutât pas point par un malentendu. De mon point de vue, il n’avait jamais été question « d’ouverture » pour la bonne et simple raison que ce concept est dénué d’existence politique. 

  Je constate que le nouvel élu a décidé de reprendre « l’ouverture » à son compte, il va procéder, comme moi, à quelques petits débauchages ici et là, histoire de désorienter l’électorat socialiste. Tout cela n’est pas bien grave. Pour tout vous dire, cela n’a aucune importance. Kouchner ? Il n’a jamais été vraiment de gauche, c’est bien pour cela que je l’ai utilisé, mais il a du talent pour la comédie. Allègre ? Son passage à droite est une bonne nouvelle, bon débarras. Védrine ? Il s’est senti méprisé par Ségolène Royal, il n’est pas le seul et il ne sera pas ministre. Voilà tout cela ramené à de justes proportions. De petits bruits dont l’écho se perdra dans le vent de l’Histoire.

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  Le PS me lasse. J’ai l’impression de me retrouver en 1990. Figé. Bloqué. Crispé. Gelé. Quand cela va-t-il finir ? 

  En privé, François Hollande s’emporte contre Ségolène Royal. Il lui reproche maintenant de l’avoir contraint à annoncer le dépôt d’une plainte contre le livre de Baqué et Chemin du « Monde » alors que cette plainte n’est toujours pas déposée et qu’il a le sentiment de passer pour un censeur en pure perte. Il jure qu’il ne se laissera pas déposséder d’un parti qu’il a construit de ses mains et qu’il va se battre pour en conserver la direction. Il promet des séances de questions d’actualité d’enfer à Kouchner. Il menace les uns, maudit les autres. On me rapporte toutes ces rodomontades, mais les faits sont têtus. Dans un mois, dans six mois, dans un an, il ne sera plus le premier secrétaire du PS. Strauss-Kahn et Fabius sont prêts à s’allier pour cela, leurs émissaires en discutent. Royal ambitionne la place. Et les déçus du « Hollandisme » sont si nombreux qu’ils font savoir aux uns et autres qu’ils sont prêts à abattre le Premier secrétaire sortant. En vérité je vous le dis, je ne soutiens ni les uns ni les autres. Je ne suis ni l’otage des uns, ni l’instrument des autres, je suis bien au-delà de ces considérations. A chacun ses ambitions et l’idée qu’il se fait de son destin. Passés ou à venir, c’est à l’Histoire désormais de juger chacun de leurs actes.

14/05/2007

Journalistes et nouvel élu, Kouchner et Louis XIV

  Le nouvel élu a été ministre du budget et de la communication dans le gouvernement d’Edouard Balladur. Je n’ai eu à l’époque que très peu de contacts avec lui et je n’ai pas cherché à approfondir cette relation au-delà du conseil des ministres. Ce jeune homme nerveux me semblait toujours préoccupé de ce qu’il devait accomplir dans la minute suivante. De fait, lorsque vous vous adressiez à lui, il n’était pas là. Je le pressentais ennuyeux. Pasqua, qui ne l’aimait pas beaucoup, prenait plaisir à me dire du mal de lui lors de nos entretiens, se gaussant de son appétit pour les « tralalas », les « pimpons » et les « valets de chambre », un goût qu’il tenait se son mentor Balladur.
  A cette époque déjà, le nouvel élu adorait se mêler des affaires de presse. Il avait décidé lui-même de la composition de l’état-major de la présidence commune de la télévision publique quand Elkabbach en était devenu le président fin 1993. Charasse avait réussi à glisser Jean-luc Mano dans l’affaire, le consacrant directeur de l’information d’Antenne 2, mais Sarkozy qui se méfiait un peu et craignait que cela n’apparaisse comme une manœuvre de L’Elysée aux yeux des ultras de la droite, avait insisté pour que Chabot soit son adjointe. Charasse m’avait dit qu’on n’obtiendrait rien de plus, et je dois dire que cela ne me passionnait pas plus que cela.
  Quelques mois plus tard, un journaliste vedette d’Antenne 2 me fit savoir qu’il avait été débarqué de ses fonctions pour des raisons politiques car il déplaisait au ministre du budget et de la communication. Il ajoutait que le ministre lui-même, l’avait reçu dans son bureau de Bercy pour lui faire la leçon tout en tirant d’épaisses bouffées d’un énorme cigare. « Un bon journaliste est celui qui m’obéit, comme Arlette » avait conclu le futur nouvel élu à son hôte médusé. Quand je songe à tous les reproches que la presse de droite me lançait à la figure pour des peccadilles, j’en suis encore coi. Tout ce que je puis dire, c’est qu’avec de tels antécédents, je plains la corporation des journalistes français qui va se coltiner ce personnage pendant cinq ans. Vous verrez, dans six mois ils jugeront que mon prédécesseur et moi-même étions de très grands défenseurs de la liberté de la presse…
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  Kouchner ministre des Affaires Etrangères ? Voilà qui nous promet de bien belles envolées. Ma foi, je n’y aurais jamais pensé. Il est étonnant le nouvel élu. Veut-il nous fâcher avec la Russie pour le simple plaisir de défendre des Tchétchènes pour lesquels il ne fera rien parce qu’il ne peut rien ? Veut-il que les Français paient encore plus cher leur note de gaz dont la Russie est l’un de nos plus grands fournisseurs ?
  J’ose à peine vous entretenir des dégâts qu’engendre ce genre de nominations de gens venus du camp d’en face. Ils sont considérables. Imaginez la tête des Douste, Copé, Robien, les futurs déçus du sarkozysme, quand ils verront Kouchner, Morin, Leroy vibrionner sous les lambris de la république. Cela promet d’être cocasse et m’évoque ce mot de Louis XIV que je ne résiste pas au plaisir de vous livrer : « Quand je donne une place, je fais cent mécontents et un ingrat ».

13/05/2007

Conseil national, Allègre, Cambadélis

  J’ai laissé mon esprit s’aventurer hier, dans les coulisses du conseil national du Parti socialiste. Je l’ai bien regretté, cela m’a mis de méchante humeur. Il règne dans ce parti une ambiance délétère, quasi mortifère, à laquelle il convient de mettre un terme le plus rapidement possible. 

  Le parti socialiste est dans le même état de décomposition politique et morale qui était le sien à la veille du congrès d’Epinay.

  Je vous ai dit il y a deux jours ce que j’en pensais. Un premier secrétaire doit être par nature le prétendant du PS aux plus hautes fonctions de l’Etat. Le Premier secrétaire, c’est la ligne, le projet, le candidat. Il est tout cela à la fois.

  Il importe désormais qu’un congrès socialiste tranche cette question au plus vite. Hier, j’ai bien compris que François Hollande avait décidé de se maintenir coûte que coûte, conformément à la stratégie qui est la sienne depuis 2002. Gagner du temps, encore du temps, toujours du temps… en attendant quoi ? Je l’ignore, ou ne le sais que trop. Cela m’ennuie de le dire, mais il se comporte comme Guy Mollet à son crépuscule, le marxisme en moins. On ne conduit pas le Parti socialiste de cette façon, sauf à l’entraîner dans une chute irrémédiable. Si les adhérents du PS n’y prennent garde, cette élection du 6 mai dernier prendra très vite les allures de 13 mai. Je me permets de les inviter à y réfléchir. Ne vaut-il pas mieux quelques tumultueuses semaines de congrès ouvrant sur des perspectives nouvelles plutôt que des années d’immobilisme consensuel ne menant qu’à des défaites électorales programmées à l’avance ? Vingt ans dans l’opposition, c’est long… et croyez-moi, j’en ai mesuré les charmes en son temps.

  Le PS est devenu l’otage d’un conglomérat de notables qui estiment plus important de conserver un poste de conseiller général, régional, municipal que de conquérir le pouvoir national, et qui par flagornerie, font allégeance à une direction qui ne sélectionne plus les meilleurs, mais les médiocres, par peur de l’inconnu. Je n’ai pas conçu le parti socialiste pour qu’il finisse, trente-cinq ans plus tard, par présenter tous les stigmates de la SFIO mourante.

 « Et Royal dans tout cela ? » me direz-vous. La réponse coule de source, aussi limpide que l’eau de la montagne. Elle doit déposer une motion lors du prochain congrès et construire une majorité de rassemblement et de renouveau autour d’elle. J’ai cru comprendre qu’elle n’était pas habitée par un puissant désir d’avenir de devenir la première des socialistes. Elle finira bien par comprendre qu’elle n’a pas d’autre choix envisageable. Après tout, le 10 juin 1971, je n’étais pas membre du PS et trois jours plus tard, j’en étais le Premier secrétaire. Pierre Mauroy lui-même m’y avait encouragé, alors que je lui faisais part de certaines de mes réticences à occuper cette fonction,  m’expliquant qu’à cette place, je serais le prétendant naturel des socialistes dès qu’il s’agirait de les conduire aux batailles électorales à venir.

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  Claude Allègre a fait savoir qu’il acceptait de se mettre au service du nouvel élu afin de l’aider à s’occuper des problèmes de l’université française. C’est une très bonne nouvelle et il faut souhaiter que les conseils d’Allègre soient suivis à la lettre. 

   Claude Allègre trouve le nouvel élu « très sympathique ». Si j’étais Lionel Jospin, je me poserais bien des questions.

  Cambadélis, qui n’en rate pas une, lance un appel au rajeunissement des cadres dirigeants du PS. Il nourrit visiblement quelques ambitions, comme son maître Strauss-Kahn. Je ne lui en fais pas grief, mais je note qu’appeler au rajeunissement lorsque l’on a soi-même près de soixante ans, c’est faire preuve d’un désintéressement qui ne peut que mériter l’hommage de tous les hommes de bonne volonté.

11/05/2007

Femme fatale, Royal et moi

    Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage récent. Cela s’appelle « La Femme Fatale » et il est beaucoup question dans ce document de la campagne présidentielle menée par la candidate socialiste. J’invite chacun à le lire, il y a là quelque profit à en tirer selon sa convenance. Pour ma part je me limiterai à deux observations. 

  Au préalable, je mets en garde mes lecteurs contre la tentation de la passion. Je le dis et le redis, en politique, la passion est mauvaise conseillère. Je les incite à considérer ce livre, fort bien documenté (hormis sur quelques détails qui ont trait à mes relations avec Ségolène Royal) comme un objet politique qui aura une influence déterminante dans les semaines qui viennent.

  Je connais de loin les journalistes auteurs de cet ouvrage. Ils ne sont pas malhonnêtes. Ariane Chemin a du talent et de l’empathie pour les sujets quelle traite. Raphaelle Bacqué est un peu plus « polar » comme on disait de mon temps à la fac de droit, et ses analyses sont un peu courtes (au-delà de trois jours, elle manque de perspicacité) mais elle est toujours bien informée. Je ne me livrerai donc pas à une critique de ce qui est rapporté dans leurs écrits. Je leur donne acte qu’en conscience, elles restituent ce que certains, ici où là, par volonté politique, leur ont narré.

  Considérons plutôt la conséquence politique de la parution de cet ouvrage.

  Ségolène Royal est libre d’agir désormais comme elle l’entend. Libre à l’égard de quiconque, quelle que soit la place qu’il occupe ou a occupé dans son existence. Que ses dissensions personnelles et politiques soient ainsi connues du grand public, voilà qui l’affranchit de tout lien. Elle est libre de pouvoir se consacrer à la tache essentielle qui doit être la sienne si elle veut forcer son destin en 2012 : devenir Première secrétaire du parti socialiste.

  A titre personnel, je dois corriger légèrement certains passages du livre me concernant. L’un de mes anciens collaborateurs, qui a toujours eu le guillemet facile et qui décidément, continue de parler à tort et à travers dès qu’il s’agit de moi, s’est efforcé de minorer le rôle joué par Ségolène Royal, pourtant recrutée par ses soins, du temps où elle occupait ses fonctions à la présidence de la république et les deux auteurs ont repris cela à leur compte. C’est un peu exagéré. Pour ce qui me concerne, j’appréciais beaucoup Ségolène Royal. Quand elle tenait à un dossier, elle m’abreuvait de notes quotidiennes pour me convaincre du bien-fondé de son combat. Elle se montrait toujours pugnace mais déférente. Il m’est arrivé souvent de la convoquer, afin de lui demander quelles étaient les causes de certains entêtements. Je la revois encore, assise face à moi, regardant par-dessus mon épaule la pendule juchée sur la cheminée, derrière mon bureau. Elle répondait sagement à mes questions. Je voyais bien qu’elle avait appris par cœur son petit texte avant de venir et qu’elle me débitait tout cela comme un compliment rédigé par les petites filles de la Légion d’honneur. Je trouvais cela touchant, bien que parfois un peu ennuyeux passé le premier quart d’heure. Je lui cédais une fois sur deux et elle en était toute ravie. Elle énervait déjà beaucoup pas mal de socialistes (notamment Jospin qui la jugeait trop raide, c’est dire…) et c’était très divertissant. C’est pour cette raison que j’en ai fait un député en 1988, pour que des éléments comme elles remuent un peu cet appareil dont je pouvais déjà constater qu’il donnait tous les signes d’un immobilisme de notables que j’ai toujours refusé. Finalement, elle ne s’est pas mal débrouillée, et je pense que cela va continuer.

09/05/2007

Moeurs et nouveau régime, Fillon et ses futurs amis

  Mon prédécesseur aimait les diamants, mais il ne les portait pas. Les mœurs évoluent. Au vu des manières affichées depuis dimanche par le nouvel élu, il ne faudra pas s’étonner de voir un petit diamant orner le lobe gauche de l’oreille présidentielle dans les semaines qui viennent. Une fantaisie de ce type serait bien dans le ton de ce nouveau régime qui naît sous nos yeux. Je me demandais pourquoi, ces derniers temps, le représentant de l’UMP s’en prenait avec autant de véhémence au président Poutine (au passage et grâce à lui, la France est en mauvaise posture auprès de cet important fournisseur d’énergie), je suis désormais fixé. Il doit compter parmi ses relations des amis oligarques russes qui, comme lui, affectionnent les jets privés, les yachts de luxe, le champagne qui coule à flots, les limousines…
La première préoccupation du nouvel élu a été emblématique de ce que sera ce nouveau régime. Lors de la sauterie du Fouquet’s, le vainqueur du jour s’est consacré à une tache essentielle : convaincre son épouse Cécilia (invisible tout le dimanche) de le rejoindre afin de se montrer aux caméras. Je peux même vous dire que c’est Johnny Hallyday lui-même qui a été mandaté auprès de la dame pour accomplir cette mission des plus délicates. « Il faut aller la chercher maintenant, ça suffit » puis : « Johnny, toi elle t’écoutera, vas-y ! » ou bien encore : « Johnny, rends moi ce service s’il te plait ! » resteront les premiers mots historiques prononcés par un homme le jour où il a été élu président de la république française.
  Et c’est encore pour convaincre la dame de participer à la cérémonie de passation des pouvoirs du 16 mai prochain que le nouvel élu est parti en grand équipage à Malte. Il parait que certains ont recours à ce stratagème pour reconquérir les cœurs perdus. Le jet, le yacht, le jacuzzi, le champagne… Quelle étrange de conception de la beauté des choses… Cela en dit long sur les mœurs de ce nouveau régime. Je pense au personnel du palais de l’Elysée, qui redoutait autrefois les manières de Roger Hanin, il va devoir se faire à un genre jusque là inusité.
  N’allez surtout pas croire que tout cela n’est qu’anecdotique. J’avais dit en mon temps que derrière moi, les présidents ne seraient plus que des gestionnaires. Je ne m’étais pas trompé sur le fond des choses. Mais j’avoue avoir sous-estimé la rapidité de l’évolution avec laquelle la dignité de la république serait abîmée et souillée dès lors qu’elle tomberait en de bien mauvaises mains. Gestionnaire est en effet un bien grand mot pour désigner le nouvel élu, il en est un autre qui me semble plus approprié, mais je me garderai bien de l’employer pour le moment tant il évoque une organisation familiale et sociale particulière, vorace et cupide, qui sévit chez l’un de nos voisins européens. Que pouvait-on attendre d’autre, hélas, de la part d’un homme qui se flatte de se faire photographier en compagnie d’une vedette d’Hollywood par ailleurs liée à la secte des scientologues ?
  Talleyrand avait bien raison de le souligner : « L’élégance et la simplicité réunies sont pour toute chose et toute personne, le caractère distinctif de la noblesse ».
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  J’ai appris hier que le prochain Premier ministre, François Fillon, avait fait savoir à son entourage proche (un peu bavard du reste) que ni Copé, ni Douste-Blazy ne figureraient dans son gouvernement. Que voilà une nouvelle qui va désoler les amis des bêtes à caroncules rouges.

08/05/2007

Vie privée et présidence, PS et classes populaires

   Il est écrit qu’un jour un président de la république divorcera en cours de mandat. Je ne sais qui, ni quand, mais cela se produira sans doute. Peut être annoncera-t-on cette nouvelle au peuple quelques jours ou quelques semaines après une escapade d’un chef de l’Etat ici où là, mais je ne doute plus que ce genre d’événements, jusque là privilèges des familles princières d’Europe et d’ailleurs ne finisse par atteindre un président français en exercice. 

  Pour ma part, j’ai toujours pensé que la vie privée devait être murée. Il en va de sa tranquillité et de sa liberté. Ne point s’exposer au regard d’autrui permet de se préserver de la curiosité légitime qui naît nécessairement de l’exposition publique d’éléments privés.

  A ce propos, je m’interroge sur le comportement de l’actuel président élu non encore investi. D’une retraite envisagée dans un monastère pour se préparer à « habiter la fonction » (je ne me fais toujours pas à cette expression) nous voici en jet privé et yacht de luxe au large de Malte. Je présume que la couche doit être plus confortable, mais ce M.Sarkozy a une drôle de conception de l’ascèse qui sied selon lui, à un président de la république. Je présume que la presse française nous fournira prochainement les détails matériels de cette promenade. Qui a payé l’avion ? A qui appartient le yacht ? Et tant d’autres réponses aux questions que soulève la nécessité de la transparence démocratique chère à nos contemporains.

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  47% des voix, c’est bien le minimum que se doit de recueillir tout candidat socialiste au second tour de l’élection présidentielle, quel que soit le contexte, par nature hostile en France à tout candidat de la gauche, de la campagne. Il n’y a donc pas lieu de s’émerveiller d’une telle défaite, d’autant plus que l’examen des résultats par circonscriptions me fait redouter le pire pour le PS. Dans le nord, en Bourgogne, dans le midi, des sièges socialistes par tradition risquent de revenir à l’UMP et de grandes voix de parlementaires peuvent s’y perdre. Il ne faut pas se voiler la face. Dans un mois, il se pourrait bien que la gauche ne compte qu’une petite centaine d’élus sur les 577 qu’abrite le Palais-Bourbon. 

  Au-delà de ces élections législatives,d’ores et déjà perdues, il importe de poser les bases stratégiques qui offriront aux électeurs des classes populaires qui ont cédé au vote Sarkozy l’envie et le besoin de revenir vers les socialistes. J’ai déjà évoqué ce sujet ici, lorsque Rocard et autres « Gracques » ont agité une énième fois leur vieux joujou UDF. C’est aussi ce que souhaite Strauss-kahn et ses amis. Quand comprendront-ils que l’UDF est morte au soir du premier tour de cette élection présidentielle ? Quand reconnaîtront-ils que les électeurs de gauche égarés un instant sur le vote Bayrou sont tous revenus le 6 mai ? Ces questions appartiennent au passé. Les victoires de demain ne se dessineront pas à coup d’alliance inutile avec un corps mort à qui serait offert une chance de survivre ainsi artificiellement par la grâce de socialistes timorés.  Une telle alliance reviendrait pour le PS à abdiquer toute ambition populaire, toute volonté de rassembler. Il serait condamné à n’être qu’un parti de petits bourgeois, voués à l’opposition pour l’éternité.

 L’élection présidentielle a été perdue parce qu’une partie des classes populaires a choisi de voter Sarkozy. Des électeurs qui socialement devraient voter socialiste (ouvriers, employés, retraités, jeunes…) ont choisi de voter politiquement à droite. Dois-je à nouveau évoquer le front de classes ? J’admets que ce vocabulaire ne n’est pas des plus modernes, et moi-même je ne le manie pas avec facilité, mais cette expression a le mérite de rappeler qu’il n’y a pas de victoire possible à gauche si on ne rassemble pas une majorité politique conforme à la majorité sociale du pays.

07/05/2007

Sarkozy, DSK, Fabius, Hollande

  Dans les jours qui viennent, je vais parler sans détour, au risque de heurter ici et là les consciences des uns ou des autres. L’élection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français m’oblige à ne plus rien dissimuler de ce que je sais des uns et des autres. Plus que jamais, c’est le moment de tenir le langage de la vérité et je compte bien à me tenir à cette ligne de conduite. 

  Il faut désormais espérer que Sarkozy respectera ses engagements. Plus il mettra en œuvre les inepties, parfois délirantes, qu’il a promis à tort et à travers au cours de cette campagne, plus il échouera. Je ne donne pas six mois avant que les Français n’ouvrent les yeux sur la réalité de ce pouvoir. Cette retraite en Corse pour se préparer à « habiter » la fonction, quelle farce… Et cette soirée au Fouquet’s, chez les nouveaux riches, alors que Paris compte tant de restaurants prestigieux et plus modestes, quelle comédie… Et ces « vedettes » venues saluer le nouveau maître de la France, ces Clavier, Steevy, Virenque, Hallyday, quel ballet… Avec mon successeur, nous étions dans le pittoresque, avec son successeur, nous serons dans le grotesque.

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  Depuis samedi, Arlette Chabot se vantait d’avoir monté un coup avec Strauss-Kahn. Cette hâblerie m’étant venue aux oreilles, je guettais hier soir sur Antenne 2 la prestation de l’intéressé avec grande impatience. Mon attente a duré trois minutes. Je ne veux point juger l’ambition de l’homme. C’est son droit le plus strict que de prétendre aux plus hautes destinées. Mais dieu qu’il s’y est mal pris ! Cassius sortant du sénat romain et couvert du sang de Jules César devait voir l’air moins félon que lui. 

  Quant à Laurent Fabius, il continue de s’accrocher à ces formules de communicant des années 80. Je ne l’accable pas. Dans cinq ans, il aura l’âge que j’avais lorsque j’ai été élu en 1981. Le temps lui est désormais compté et l’ambition qui l’étreint depuis toujours l’oblige, lui aussi, à forcer le destin. S’il n’y parvient pas, ce sera l’échec d’une vie. Le drame de Fabius, qui s’est tant efforcé de me copier, c’est de ne pas avoir compris que je me suis imposé le jour où je me suis dit que ne pas être président ne serait pas l’échec de ma vie.

  Reste François Hollande. Je reviendrai plus précisément sur son cas demain, tant il y a à dire sur lui. Mais hier, il m’a semblé regarder Ségolène Royal d’un autre œil durant le discours de cette dernière. Là où je suis, je sais ce que signifiait cet étrange rictus affiché par celui qui, s’il est encore premier secrétaire des socialistes, n’est plus le premier d’entre eux.