05/06/2007
Eternel retour, mémoire et anecdote
Le siècle actuel a un caractère octogénaire : il me présente l’image de la vieillesse ; l’impuissance et l’amour de soi-même. Il est d’un mauvais politique de ne point savoir perdre. Sans boussole ni pilote, cela ne peut que mener à la catastrophe car il y a pour chaque âge une mesure d’ambition que la nature nous invite à ne pas dépasser.
Il est toujours utile de relire les classiques, il y a là matière à profit. Les socialistes seraient bien inspirés de s’y consacrer, eux que je vois errer dans cette campagne législative tels des canards sans tête. Il ne suffit pas de s’abriter derrière les 17 millions de voix du 6 mai dernier pour dissimuler le score minimal de la gauche, à peine 47%, pas plus qu’il ne sert de clamer que « le PS restera toujours le PS », ce qui est somme toute plus inquiétant que rassurant. Il est vrai cependant que le retour de Jospin dans cette campagne apporte du crédit à cette maxime d’essence tautologique. Ceteris paribus, ce retour soudain m’évoque mon propre retour aux affaires du monde, à cette différence près que moi, on m’écoute, et que je continue de susciter bien des haines et des rancoeurs. C’est le prix qu’il faut payer dans la France d’aujourd’hui, la France des puissances d’argent et de medias, lorsque l’on a le courage de vouloir faire entendre d’autres voix, d’autres vérités ; les gardiens du temple vous assaillent, bourreaux qui se posent en victimes et s’assurent eux-mêmes de leur propre commisération.
Pour en revenir à Jospin, que je connais mieux qu’il ne l’imagine, je sais ce que son activité de ces jours-ci dissimule : un froid désir de vengeance contre Royal, Hollande et Strauss-Kahn. Il ne manquait plus que ça, vous en conviendrez. Depuis que cette pièce a commencée en 1990 au congrès de Rennes, combien d’actes représentés ? Quelqu’un a-t-il fait le compte scrupuleux de ces scènes indéfiniment jouées et rejouées ? J’estime Jospin, et je n’ai guère apprécié les sifflets qui ont accueilli son message lors du dernier meeting du Zénith, mais il est grand temps pour lui de cesser de confondre ses traumatismes personnels avec le destin du PS.
Cette ritournelle me lasse chaque jour davantage. Elle finit presque par me détourner, comme tant d’autres, de la lutte nécessaire à mener contre la droite la plus réactionnaire de ces cinquante dernières années. Un exemple parmi tant d’autres ? J’ai découvert ces derniers jours qu’un organisme créé par Raffarin et livré au lobby de la droite catholique la plus ringarde sélectionnait les dossiers de candidats à l’adoption internationale par tirage au sort, dans le secret le plus absolu, et sans contrôle. Les bras m’en sont tombés. Et il n’y a personne à gauche pour s’emparer de ce dossier ? Ecouter tous ces citoyens ainsi traités ? S’indigner un tant soit peu face à de telles pratiques ?
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Il me revient que je ne vous ai pas encore tout dit de la désormais célèbre anecdote touchant Laurent Fabius au soir de sa conquête avortée du Conseil régional de Haute-Normandie en 1992. On me dit que le témoin privilégié de cette affaire ne se souvient plus de rien. Ma foi, c’est bien dommage pour un journaliste que d’avoir si peu de mémoire lorsque l’on est témoin d’un événement marquant et de ce qu'il peut révéler de la psychologie d’un responsable politique de premier plan. Moi, je me souviens de bien des choses et ma mémoire ne me fait que rarement défaut. Etre doté d’une mémoire solide évite les problèmes de conscience et les tempêtes sous les crânes lorsque sont évoquées de vieilles affaires. Tout cela n’est pas si grave. On y arrive et tous les dessous de cette histoire vous seront bientôt livrés. Mais pas aujourd’hui…
Je vais le répéter une fois encore : je fais ce que je veux, comme je le veux, quand je le veux.


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