22/05/2007
PS et Royal, Brégançon et souvenirs
La tâche qui attend Ségolène Royal, pour peu qu’elle y consente, (le parti socialiste ne s’offre pas, il faut le prendre), ne sera pas des plus aisées. J’en connais beaucoup qui sont décidés à se débarrasser d’elle définitivement et qui comptent aller très vite en besogne pour y parvenir.
Cela m’ennuie beaucoup d’y revenir, mais quand je songe que dans l’entourage de Strauss-Kahn, ou bien encore au sein du cabinet d’Huchon au Conseil régional d’Ile de France, consigne était donnée d’encourager le vote Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle, je suis inquiet dès que l’on évoque lyriquement le rassemblement futur des socialistes. Je n’ai rien dit de ces choses à l’époque, car je ne voulais pas que l’on m’accusât d’être sorti de ma retraite pour jouer les diviseurs, mais je considère que ces incidents et d’autres encore, peuvent constituer dans les mois qui viennent un objet de réflexion pour tous les adhérents du parti socialiste.
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Je n’au jamais beaucoup aimé Brégançon, et je ne doute pas que l’endroit plaira beaucoup au nouvel élu. Sans doute l’ignore-t-il, mais c’est pourtant en ce lieu que j’ai quasiment décidé de présenter ma candidature à l’élection présidentielle de 1988. Au mois de décembre précédant ce scrutin, j’avais réuni là les principaux dirigeants du PS qui me soutenaient depuis toujours. j'avais convié Jospin, Emmanuelli, Mermaz, Mexandeau, Mauroy… Je désirai les tester sur l’idée d’une éventuelle candidature de ma part, et ce afin de débusquer les tièdes ou d’éventuels ralliés à Rocard en cas de réaction mitigée plus ou moins affichée par les uns ou les autres. Le débat se tint dans le salon du fort, et je dois à l’honnêteté de reconnaître que personne ne douta de l’opportunité de ma candidature. Tous estimèrent que Chirac était d’ores et déjà battu, à la condition que le candidat soutenu par le PS se nommât François Mitterrand. Tous prirent la parole pour détailler l’analyse qu’ils faisaient de la situation politique, exercice qui se révéla vite ennuyeux car les mêmes arguments étaient répétés à chaque intervention, symptôme de cette maladie bien socialiste qui consiste à penser que des propos n’ont de poids que dans la mesure où ils sont assénés par soi et qu’ils n’ont aucune portée si défendus par d’autres. Seul Pierre Mauroy demeura silencieux dans son coin, comme à l’écart de la discussion. Je décidai alors de mettre un terme au débat général, devenu franchement barbant avec Jospin, et de le convoquer seul dans la bibliothèque voisine, car pour tout vous dire, je devinai ce qui lui était passé par le tête et qu’il n’avait osé dire en présence de témoins. Je pris place sur un petit canapé à deux places, et il cala son énorme carcasse dans un fauteuil confortable qui avait été dessiné pour de Gaulle.
« Eh bien ! Pierre, lui dis-je, je ne vous ai pas entendu durant la discussion, alors, à votre avis, dois-je y aller ou pas ? »
Mauroy s’empourpra, ma question l’embarrassait plus encore que je ne l’avais attendu. Il bredouilla quelques bribes de phrases, genre : « Y’a que vous », « Rocard n’est pas prêt… » Mais je voyais bien que tout cela était fait pour éviter d’aborder en premier le principal sujet de notre entrevue. Après quelques minutes de gêne, je pris sur moi d’aborder le fond du problème. La conversation prenait un tour amusant.
« Enfin Pierre, lui dis-je, il n’y a pas que la politique dans cette affaire… » Et je retins le reste de ma phrase afin d’observer sa réaction. Il s’en tint encore une fois à une prudence obstinée d’homme du Nord, il ne voulait vraiment pas évoquer avant moi ce sujet dont nous n’avions plus parlé depuis près de quatre ans. Je me lançai donc :
« Mais si Pierre, vous savez bien, pour mon rhume… »
Là, il ouvrit des yeux encore plus ronds qu’à l’ordinaire derrière ses épaisses lunettes. Je poursuivis :
« Mais oui Pierre, vous, vous avez un rhume, un cachet d’aspirine et vous êtes sur pieds. C’est sans conséquence, mais moi… »
Je fis alors mine de m’effondrer sur mon canapé, comme frappé par une main invisible. Mauroy était de plus en plus interloqué, perdu, hébété. C’est à ce moment précis, au paroxysme de sa confusion, que je me relevai pour lui souffler ma petite formule libératrice: « Rassurez-vous, tout va bien ! »
Mauroy expira alors bruyamment, comme soulagé d’un poids bien trop considérable pour lui, vu qu’il devait retenir sa respiration depuis une bonne minute. Moi, j’étais satisfait de mon petit effet, j’avais accompli mon devoir, l’essentiel venait d’être dit.


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