15/05/2007

Ouverture et réalité, PS et fin de l'Histoire

  Je me souviens bien de ce jour de mai 1988 où Michel Rocard, nouveau Premier ministre dont la nomination m’avait été dictée par les circonstances, est venu me rendre compte de ses discussions avec les centristes de l’époque. Nous étions à la limite du ridicule. Leur candidat, Barre venait de tomber de très haut à l’élection présidentielle, le RPR les étouffait, mon prédécesseur reprenait la présidence de l’UDF et s’apprêtait à les mettre au pas, et ces gens là prétendaient dicter leurs conditions au Premier ministre nommé du fait de ma victoire. Ils exigeaient qu’il n’y eut pas  de dissolution et que le nouveau gouvernement vienne présenter son programme à l’Assemblée issue des élections de 86. A vrai dire, je n’avais pas d’illusions sur les entreprises de Rocard et j’avais déjà pris la décision de dissoudre, je souhaitais juste que notre collaboration ne débutât pas point par un malentendu. De mon point de vue, il n’avait jamais été question « d’ouverture » pour la bonne et simple raison que ce concept est dénué d’existence politique. 

  Je constate que le nouvel élu a décidé de reprendre « l’ouverture » à son compte, il va procéder, comme moi, à quelques petits débauchages ici et là, histoire de désorienter l’électorat socialiste. Tout cela n’est pas bien grave. Pour tout vous dire, cela n’a aucune importance. Kouchner ? Il n’a jamais été vraiment de gauche, c’est bien pour cela que je l’ai utilisé, mais il a du talent pour la comédie. Allègre ? Son passage à droite est une bonne nouvelle, bon débarras. Védrine ? Il s’est senti méprisé par Ségolène Royal, il n’est pas le seul et il ne sera pas ministre. Voilà tout cela ramené à de justes proportions. De petits bruits dont l’écho se perdra dans le vent de l’Histoire.

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  Le PS me lasse. J’ai l’impression de me retrouver en 1990. Figé. Bloqué. Crispé. Gelé. Quand cela va-t-il finir ? 

  En privé, François Hollande s’emporte contre Ségolène Royal. Il lui reproche maintenant de l’avoir contraint à annoncer le dépôt d’une plainte contre le livre de Baqué et Chemin du « Monde » alors que cette plainte n’est toujours pas déposée et qu’il a le sentiment de passer pour un censeur en pure perte. Il jure qu’il ne se laissera pas déposséder d’un parti qu’il a construit de ses mains et qu’il va se battre pour en conserver la direction. Il promet des séances de questions d’actualité d’enfer à Kouchner. Il menace les uns, maudit les autres. On me rapporte toutes ces rodomontades, mais les faits sont têtus. Dans un mois, dans six mois, dans un an, il ne sera plus le premier secrétaire du PS. Strauss-Kahn et Fabius sont prêts à s’allier pour cela, leurs émissaires en discutent. Royal ambitionne la place. Et les déçus du « Hollandisme » sont si nombreux qu’ils font savoir aux uns et autres qu’ils sont prêts à abattre le Premier secrétaire sortant. En vérité je vous le dis, je ne soutiens ni les uns ni les autres. Je ne suis ni l’otage des uns, ni l’instrument des autres, je suis bien au-delà de ces considérations. A chacun ses ambitions et l’idée qu’il se fait de son destin. Passés ou à venir, c’est à l’Histoire désormais de juger chacun de leurs actes.

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