14/05/2007
Journalistes et nouvel élu, Kouchner et Louis XIV
Le nouvel élu a été ministre du budget et de la communication dans le gouvernement d’Edouard Balladur. Je n’ai eu à l’époque que très peu de contacts avec lui et je n’ai pas cherché à approfondir cette relation au-delà du conseil des ministres. Ce jeune homme nerveux me semblait toujours préoccupé de ce qu’il devait accomplir dans la minute suivante. De fait, lorsque vous vous adressiez à lui, il n’était pas là. Je le pressentais ennuyeux. Pasqua, qui ne l’aimait pas beaucoup, prenait plaisir à me dire du mal de lui lors de nos entretiens, se gaussant de son appétit pour les « tralalas », les « pimpons » et les « valets de chambre », un goût qu’il tenait se son mentor Balladur.
A cette époque déjà, le nouvel élu adorait se mêler des affaires de presse. Il avait décidé lui-même de la composition de l’état-major de la présidence commune de la télévision publique quand Elkabbach en était devenu le président fin 1993. Charasse avait réussi à glisser Jean-luc Mano dans l’affaire, le consacrant directeur de l’information d’Antenne 2, mais Sarkozy qui se méfiait un peu et craignait que cela n’apparaisse comme une manœuvre de L’Elysée aux yeux des ultras de la droite, avait insisté pour que Chabot soit son adjointe. Charasse m’avait dit qu’on n’obtiendrait rien de plus, et je dois dire que cela ne me passionnait pas plus que cela.
Quelques mois plus tard, un journaliste vedette d’Antenne 2 me fit savoir qu’il avait été débarqué de ses fonctions pour des raisons politiques car il déplaisait au ministre du budget et de la communication. Il ajoutait que le ministre lui-même, l’avait reçu dans son bureau de Bercy pour lui faire la leçon tout en tirant d’épaisses bouffées d’un énorme cigare. « Un bon journaliste est celui qui m’obéit, comme Arlette » avait conclu le futur nouvel élu à son hôte médusé. Quand je songe à tous les reproches que la presse de droite me lançait à la figure pour des peccadilles, j’en suis encore coi. Tout ce que je puis dire, c’est qu’avec de tels antécédents, je plains la corporation des journalistes français qui va se coltiner ce personnage pendant cinq ans. Vous verrez, dans six mois ils jugeront que mon prédécesseur et moi-même étions de très grands défenseurs de la liberté de la presse…
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Kouchner ministre des Affaires Etrangères ? Voilà qui nous promet de bien belles envolées. Ma foi, je n’y aurais jamais pensé. Il est étonnant le nouvel élu. Veut-il nous fâcher avec la Russie pour le simple plaisir de défendre des Tchétchènes pour lesquels il ne fera rien parce qu’il ne peut rien ? Veut-il que les Français paient encore plus cher leur note de gaz dont la Russie est l’un de nos plus grands fournisseurs ?
J’ose à peine vous entretenir des dégâts qu’engendre ce genre de nominations de gens venus du camp d’en face. Ils sont considérables. Imaginez la tête des Douste, Copé, Robien, les futurs déçus du sarkozysme, quand ils verront Kouchner, Morin, Leroy vibrionner sous les lambris de la république. Cela promet d’être cocasse et m’évoque ce mot de Louis XIV que je ne résiste pas au plaisir de vous livrer : « Quand je donne une place, je fais cent mécontents et un ingrat ».


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