11/05/2007
Femme fatale, Royal et moi
Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage récent. Cela s’appelle « La Femme Fatale » et il est beaucoup question dans ce document de la campagne présidentielle menée par la candidate socialiste. J’invite chacun à le lire, il y a là quelque profit à en tirer selon sa convenance. Pour ma part je me limiterai à deux observations.
Au préalable, je mets en garde mes lecteurs contre la tentation de la passion. Je le dis et le redis, en politique, la passion est mauvaise conseillère. Je les incite à considérer ce livre, fort bien documenté (hormis sur quelques détails qui ont trait à mes relations avec Ségolène Royal) comme un objet politique qui aura une influence déterminante dans les semaines qui viennent.
Je connais de loin les journalistes auteurs de cet ouvrage. Ils ne sont pas malhonnêtes. Ariane Chemin a du talent et de l’empathie pour les sujets quelle traite. Raphaelle Bacqué est un peu plus « polar » comme on disait de mon temps à la fac de droit, et ses analyses sont un peu courtes (au-delà de trois jours, elle manque de perspicacité) mais elle est toujours bien informée. Je ne me livrerai donc pas à une critique de ce qui est rapporté dans leurs écrits. Je leur donne acte qu’en conscience, elles restituent ce que certains, ici où là, par volonté politique, leur ont narré.
Considérons plutôt la conséquence politique de la parution de cet ouvrage.
Ségolène Royal est libre d’agir désormais comme elle l’entend. Libre à l’égard de quiconque, quelle que soit la place qu’il occupe ou a occupé dans son existence. Que ses dissensions personnelles et politiques soient ainsi connues du grand public, voilà qui l’affranchit de tout lien. Elle est libre de pouvoir se consacrer à la tache essentielle qui doit être la sienne si elle veut forcer son destin en 2012 : devenir Première secrétaire du parti socialiste.
A titre personnel, je dois corriger légèrement certains passages du livre me concernant. L’un de mes anciens collaborateurs, qui a toujours eu le guillemet facile et qui décidément, continue de parler à tort et à travers dès qu’il s’agit de moi, s’est efforcé de minorer le rôle joué par Ségolène Royal, pourtant recrutée par ses soins, du temps où elle occupait ses fonctions à la présidence de la république et les deux auteurs ont repris cela à leur compte. C’est un peu exagéré. Pour ce qui me concerne, j’appréciais beaucoup Ségolène Royal. Quand elle tenait à un dossier, elle m’abreuvait de notes quotidiennes pour me convaincre du bien-fondé de son combat. Elle se montrait toujours pugnace mais déférente. Il m’est arrivé souvent de la convoquer, afin de lui demander quelles étaient les causes de certains entêtements. Je la revois encore, assise face à moi, regardant par-dessus mon épaule la pendule juchée sur la cheminée, derrière mon bureau. Elle répondait sagement à mes questions. Je voyais bien qu’elle avait appris par cœur son petit texte avant de venir et qu’elle me débitait tout cela comme un compliment rédigé par les petites filles de la Légion d’honneur. Je trouvais cela touchant, bien que parfois un peu ennuyeux passé le premier quart d’heure. Je lui cédais une fois sur deux et elle en était toute ravie. Elle énervait déjà beaucoup pas mal de socialistes (notamment Jospin qui la jugeait trop raide, c’est dire…) et c’était très divertissant. C’est pour cette raison que j’en ai fait un député en 1988, pour que des éléments comme elles remuent un peu cet appareil dont je pouvais déjà constater qu’il donnait tous les signes d’un immobilisme de notables que j’ai toujours refusé. Finalement, elle ne s’est pas mal débrouillée, et je pense que cela va continuer.


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