27/04/2007
Chabot et Lang, Sarkozy et IIe république
Suivant les conseils prodigués ici il y a trois jours (oui, on me lit beaucoup ces temps-ci, au 2-8-2 et rue de Solferino), Jack Lang, qui est chargé de mener les négociations relatives à l’organisation du débat du 2 mai, a récusé Arlette Chabot. Hélas, Patrice Duhamel, le vrai président d’Antenne 2 et de FR3, a soutenu mordicus, auprès du CSA, la candidature de la « journaliste » favorite du candidat de l’UMP, et Lang n’a pas osé maintenir la récusation. C’est bien dommage.
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J’ai attentivement écouté François Bayrou ce matin sur Radio Luxembourg. Il va devoir bientôt tirer, pour lui-même, la conclusion qu’impose sa dénonciation du danger représenté par le candidat de l’UMP. D’ici quelques jours, il devrait indiquer qu’il ne peut que voter Ségolène Royal si, comme il le dit si bien, les libertés publiques sont à ce point menacées par le nouveau Napoléon le petit.
Il est vrai que tout bien comparé, les vieilles figures de la droite française profanatrice de libertés que furent les Frey, Marcellin, Peyrefitte, Poniatowski et autres, apparaissent désormais comme de bien pâles ancêtres de ce qu’est devenu le candidat de l’UMP, cette hydre médiatique engendrée par les puissances d’argent, brutale et arrogante, et qui s’apprête, sans trop se dissimuler, à faire main basse sur une nation.
Cette affaire de débat Royal Bayrou est révélatrice. La France est devenue le seul Etat démocratique du monde où une confrontation courtoise, souhaitée, décidée par deux candidats à une élection présidentielle, ne peut se tenir parce qu’un individu s’y oppose. Ce même individu peut ainsi imposer sa volonté à l’ensemble de la presse quotidienne régionale, à toutes les chaînes de télévisions, à toutes les stations de radios et à tout le CSA. Tout cela pour éviter une image qui serait pour lui assassine: Royal et Bayrou se serrant la main, tout sourire, puis débattant sereinement, et constatant, qu’au bout du compte, ce qui importe, c’est la défense des libertés publiques et leur volonté commune de faire obstacle à un candidat qui s’apprête à les bafouer.
Je souhaite que chacun réfléchisse, en conscience, à ce que cette situation signifie au regard de l’Histoire. Cette affaire ne doit pas être jugée comme une anecdote de campagne ordinaire, une péripétie commune d’entre deux tours d’élection présidentielle. Cette affaire est révélatrice de la nature profonde du changement de régime qui se prépare dans les antichambres médiatiques et financières du sarkozysme: une France confisquée puis enchaînée. Si le candidat de l’UMP est élu, la Ve république sera morte et nous assisterons de fait, et pour un temps, à la résurrection de la IIe. Cette résurrection sera éphémère, car l’Histoire nous enseigne que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.


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