26/04/2007

Stratégie et Epinay, Chevenement et Royal

    L’intérêt national exige que tout, je dis bien tout, soit mis en œuvre pour battre le candidat de l’UMP. Beaucoup de socialistes n’ont pas encore compris que la victoire de ce candidat là, qui dispose de moyens financiers et médiatiques, comme jamais candidat de droite n’a eu à son service depuis de Gaulle, les renverra dans l’opposition pour vingt ans. Un vieux rêve de la droite française peut se réaliser le 6 mai, s’offrir par les urnes et tout à la fois, un 2 décembre 1851 et un 13 mai 1958. 

  Compte tenu de ce qui précède, Ségolène Royal ne doit rien négliger qui puisse lui permettre de créer les conditions de sa victoire d’ici au 6 mai prochain. Hier, Bayrou a porté un coup terrible à Nicolas Sarkozy, et pour tout vous dire, il en a même fait plus que ce que j’attendais. En mettant en garde contre la concentration des pouvoirs entre les mains de Sarkozy, au cas où ce dernier serait élu, il a probablement détourné de ce vote de nombreux électeurs lui ayant accordé leur suffrage dimanche dernier.

  Les socialistes doivent laisser Ségolène Royal gérer cette affaire là. J’entends que certains protestent, ici où là, et hurlent à la trahison. J’entends qu’ils dénoncent le renversement d’alliance. J’entends, enfin, qu’ils en appellent à l’héritage du congrès d’Epinay.

  Le parti socialiste actuel n’est pas le fruit du congrès d’Epinay, il est le produit du congrès de Rennes. Il demeure le parti de Lionel Jospin et de ses pratiques, un héritage avec lequel Hollande, par commodité, n’a pas pu, n’a pas voulu, n’a pas su rompre. Depuis 2002, les atermoiements, les hésitations, les inconnues, les désarrois, les ambiguïtés ont pesé et continuent de peser sur le destin d’un parti qui me parait encore conduit par le fantôme politique de l’ancien Premier ministre. Il faut sortir de cette situation aujourd’hui. L’union de la gauche est morte avec le PCF et Marchais, la gauche plurielle est morte avec les Verts et Voynet, et s’il faut invoquer Epinay et Metz, ce sera pour rappeler que seule la constitution d’un front de classes, c’est à dire la construction d’une majorité politique s’identifiant à la majorité sociale du pays, permet aux socialistes d’accéder durablement au pouvoir.

  Aujourd’hui, la constitution de ce front impose de rallier les électeurs de François Bayrou. Tout doit être mis en œuvre pour y parvenir. L’Elysée vaut bien un débat. Mais qu’on ne s’y trompe pas, en acceptant de débattre avec Bayrou, Royal ne se livre pas aux centristes. Bayrou a décidé de jouer (sans se l’avouer d’ailleurs) les Georges Marchais du centrisme, grand bien lui fasse, le même sort l’attend. Le comportement du leader de l’UDF au cours de cet entre deux tours d'élection présidentielle peut donner à ses électeurs le goût, puis l’habitude de voter socialiste. C’est de cette façon que le PS a reconquis l’électorat communiste tout au long des années 70. Relisez mon discours prononcé devant l’Internationale socialiste en 1971, et remplacez les mots « communiste » par « centriste » ; vous comprendrez alors le sens de la stratégie déployée depuis trois jours par Ségolène Royal. Lors des élections législatives à venir, et quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, le mode de scrutin majoritaire et l’impitoyable bipolarisation qu’il entraîne, produiront leurs effets habituels. L’UDF sera broyée, mais, et c’est cela qui importe, entre temps, Ségolène Royal se sera octroyée les moyens de remporter l’élection présidentielle. C’est bel et bien cette ligne là qui est conforme à l’héritage du congrès d’Epinay, et Royal est bien inspirée de la suivre.

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 Beaucoup se demandent encore comment Royal s’y est prise pour rallier à sa cause Chevènement. C’est très simple. Il a suffi d’un thé pris en milieu d’après-midi, en décembre dernier, au domicile de mon ancien ministre de la Défense. Royal avait exigé une entrevue sans témoins. La compagne de Chevènement a donc dû quitter les lieux, non sans récriminations. Pour l’Histoire, c’est Chevènement qui a servi lui-même le thé et les gâteaux, ce que Royal a apprécié.

  Ca n’est pas très compliqué la politique et c’est ce que Jospin n’a jamais compris. La candidate socialiste n’avait qu’une seule chose à déclarer à son hôte ce jour là. Elle a reconnu humblement qu’elle n’était pas sans défaut et n’a revendiqué qu’une qualité, essentielle dans la vie publique: savoir distinguer les talents, des médiocres.

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