20/04/2007
La gauche assassine et Joffrin, Premier secrétaire et avenir
Il fut un temps où « Libération » était dirigé par Serge July. Cet homme possédait à mes yeux une qualité essentielle. Il parvenait à comprendre, plus que les autres, ce qui me conduisait à effectuer des choix périlleux pour le président que j’étais, venu du socialisme, et il avait le don si particulier de transformer par le récit chacun de mes actes en geste historique. Dans les jours difficiles qui suivirent les élections municipales 1983, je m’étais arrangé pour que lui parviennent toutes les informations nécessaires relatives à l’état de mes réflexions. C’était un choix délibéré. July traduisait au mieux les raisons qui m’ont déterminé à choisir, à ce moment très précis de l’histoire, le chemin européen et non à changer de politique, comme je l’ai bien trop lu depuis. « Libération » parlait à la gauche et, à son corps défendant peut être, il a sans doute aidé une bonne partie du peuple de gauche à accepter, sans se résigner, les inflexions politiques qui nous étaient dictées par des circonstances irrépressibles, et qui avaient pour seul but d’éviter l’éclatement social du corps national.
J’ai constaté que July était parti et que M.Joffrin l’a remplacé. Ce vendredi, à deux jours de l’échéance, je dois vous confesser que je suis très étonné de voir que « Libération » place sur un même plan Royal et Bayrou, candidats qui se disputeraient désespérément l’honneur de retrouver au second tour de l’élection présidentielle le candidat de l’UMP. Cette présentation est assez intrigante et j’y ai beaucoup réfléchi. J’en ai donc tiré trois conclusions : 1 : pour le « Libération » de M.Joffrin, Sarkozy est d’ores et déjà certain de figurer au second tour et d'en sortir élu (Ah bon !) 2 : Royal n’a pas distancé Bayrou durant la campagne (Ah bon !) 3 : si Royal et Bayrou ne se sont pas départagés, c’est qu’il doit exister bien des ressemblances entre leurs deux programmes (Ah bon !). Reste la dernière conclusion, implicite et insidieuse, mais naturelle et logique au vu de la présentation des faits par M.Joffrin : à quand l’alliance entre ces deux forces si semblables pour s’opposer au futur Sarkozy président de la république ?
M.Joffrin, parait-il, continue de se réclamer de la gauche. Il combat, me dit-on, ce qu’il appelle la gauche « Bécassine ». J’espère que dans les prochains jours, on se penchera sur les desseins de cette gauche qui appelle à l’alliance avec des forces conservatrices, cette gauche des « Gracques » des « Spartacus », des Rocard et Joffrin, qui appelle à abandonner les classes populaires, cette gauche du renoncement, qui passe son temps à tuer la gauche, cette gauche frileuse enivrée par le mur de l’argent et ses medias dominants qui se sera comportée, durant toute la campagne, en gauche assassine.
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Quand Ségolène Royal sera élue le 6 mai prochain, il faudra bien régler la question du successeur de François Hollande. Dans la dernière partie de cette campagne, celui-ci aura publiquement accompli sa tâche comme il convient. D’autres chemins s’ouvrent désormais à lui. Son talent est grand. Je ne doute pas qu’il saura effectuer le meilleur des choix possibles. Il y aura tant de grandes choses à accomplir ici ou là !
Le choix du prochain premier secrétaire du PS engagera l’avenir du parti, et par conséquent de la gauche, pour les vingt années à venir. Royal élue, la nature des institutions la conduira à solliciter un renouvellement de son mandat en 2012. Quel que soit le résultat, le premier secrétaire d’alors sera en bonne posture pour être le candidat de l’avenir. Il faut y songer maintenant, afin d’éviter, lors des prochains combats, les atermoiements qui ont précédé cette élection de 2007. Ce premier secrétaire devra un jour être le représentant naturel du parti socialiste quand surviendront les échéances électorales de l’au-delà de 2012. Le PS ne manque pas de talents prêts à s’acquitter de ce rôle. Il y a même un grand avantage à examiner la situation des uns et des autres. Je discerne quelques personnalités prometteuses mais pas de trop-plein. Pour ma part, j’ai ma petite idée, et j’invite ceux qui me lisent, en toute équanimité, à y réfléchir, ils constateront que le choix s’impose de lui-même.


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