19/04/2007
Royal et Poivre, Royal et Barbier
J’ai regardé avec angoisse Ségolène Royal, hier soir, face à Poivre d’Arvor, sur TF1. Ce que j’ai vu m’a beaucoup étonné, surpris et inquiété. Qu’est il arrivé à Poivre ? C’est bien la première fois depuis longtemps, que, face à une personnalité socialiste, l’homme lige de Bouygues se montre aimable. J’ai même surpris dans son regard adressé à la candidate du PS, cette petite lueur qui brille parfois dans les yeux des hommes, cet éclat que j’ai débusqué tant et tant de fois naguère chez Roland Dumas, au hasard de promenades parisiennes et qui surgissait chaque fois que résonnait à nos côtés le bruit de talons aiguilles sur le trottoir. Je n'ignore pas, privilège de ma position, que Poivre s’est vanté, dans certains dîners pris en compagnie de certains de ses confrères trop bavards, de pouvoir conquérir à sa guise une personne susceptible de faire son entrée dans l’Histoire. C’est une vantardise plaisante de la part d’un homme qui s’est montré jusque là dans sa vie plus Don Juan que Casanova. Hélas pour lui, comme beaucoup d’hommes de la droite médiatique, il lui manque l’esprit français, le bon ton, le bon maintien et les belles manières. Il ne possède pas l’art de la conversation, et il écrit trop vite. Les billets qu’il fait parvenir ici et là, toujours les mêmes au demeurant, peu lui importe le destinataire, semblent rédigés par un adolescent insatiable en proie à une mélancolie lamartinienne naissante et désordonnée.
Tout bien réfléchi, je n’ai jamais eu beaucoup d’inclination pour ce Poivre. Il est à la télévision ce que Stéphane Denis est à la presse écrite. Ils ont d'ailleurs le même penchant pour l’invention. Je suis toujours surpris de les voir disserter à longueur de pages sur « les liens particuliers » qu’ils avaient noués avec moi, comme si cela valait aux yeux du monde reconnaissance de leurs qualités littéraires et séductrices. Je les ai pourtant systématiquement tenus éloignés de ma personne, et j’ai pris grand soin de n’entretenir de relations qu’avec d’Ormesson, leur idole commune. Je me suis bien souvent réjouis lorsqu’on me rapportait que Stéphane Denis ou Poivre jalousaient ceux de leurs confrères (de nature plus élégante qu’eux, il est vrai) qui avaient eu accès à moi. Ils se vengeaient alors en multipliant les piques contre moi. C’est ainsi en France, quand les journalistes vous attaquent, c’est qu’ils aspirent à devenir courtisans.
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De ce point de vue, l’élection de Ségolène Royal déclenchera un ballet médiatique qui sera des plus divertissants à contempler, et des plus instructifs à commenter. Pour se racheter une conduite, le jeune M.Barbier de l’Express, finira-t-il par livrer à Ségolène Royal, le nom de ceux de ces proches, à qui elle aurait confié, selon lui, ces derniers jours, qu’elle n’imaginait plus gagner l’élection ? Sachez-le, Royal a été la première surprise par son propre aveu. Personne ne l’avait prévenue de ce qu’elle avait déclaré à des « proches ». Cela ne devrait pas trop déranger M.Barbier, sans doute nous expliquera-t-il que Royal est devenue tellement incompétente qu’elle ne sait même plus ce qu’elle dit.
Il existera encore, jusqu'au dernier moment, l'ultime seconde, de ces petites manœuvres, de ces petites magouilles destinées à faire obstacle à la candidate du Parti socialiste, candidate contre laquelle le journal de M.Barbier aura fait campagne jusqu’à la dernière extrémité avec une obstination qui force le respect.
Je veux cependant faire preuve d’équanimité. M.Barbier est un garçon plus cultivé que la moyenne des journalistes politiques d’aujourd’hui, et ses analyses sont parfois distrayantes. Et puis, un ambitieux qui se fixe pour objectif de détrôner Alain Duhamel ne peut être nécessairement antipathique.
M.Barbier, me dit on, se pique d’aimer Talleyrand jusqu’à reprendre, en amateur, le rôle tenu par Claude Rich dans la jolie pièce « Le Souper », au sein d’une petite troupe de théâtre. Je m’en vais donc rappeler au directeur de « l’Express » ce bon mot du prince de Bénévent, afin qu’il le médite d’ici au 6 mai : « En politique, il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité »


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