18/04/2007
Religion et sarkozysme, Dîner et théâtre
J’ai grandi en un temps où la question religieuse était résolue et pratiquement apaisée. La religion, sa pratique ne participaient pour moi que d’une évidence familiale. On priait dans ma famille, et les fêtes catholiques rythmaient la courbe du temps. La religion, c’était le son du clocher marquant les heures, la messe du dimanche et les saisons qui passent.
En vérité, la Saintonge était encore hantée par les échos des affrontements entre catholiques et protestants. Cette terre était huguenote, et ma famille catholique. La bourgeoisie protestante semblait souvent continuer de tenir pour responsable de la révocation de l’édit de Nantes ceux qui allaient à l’église le dimanche, et non au temple. Une caste s’était implantée sur cette terre, et elle glorifiait l’argent, ce qui horrifiait ma famille. L’argent primait les valeurs qui servaient de références aux miens : la Patrie, la religion, la dignité, la liberté, et cela leur était insupportable. L’argent, c’était l’ennemi, le corrupteur, on ne devait jamais transiger avec lui.
En famille, et plus tard au collège, j’ai pris l’habitude de prier. Chaque jour matin et soir. Plus tard, je me suis aperçu qu’il s’agissait d’introspection. Chercher en soi le sens de la vie, pour soi, et pour les autres. Paradoxalement, je dirais que c’est ce catholicisme là, tel que mes parents me l’ont enseigné, qui m’a incité finalement à me détacher de lui. A penser la religion, les religions dirais-je, de la façon la plus libre. Cela m’a conduit peu à peu vers l’agnosticisme, je le reconnais, et si on y regarde bien, vers le socialisme.
De mon enfance catholique, j’ai gardé le goût des églises et des pierres. Le silence d’une église romane de campagne, que l’on visite seul, est une invitation à la remise en question de soi. Sur sa place dans l’univers. Quelle trace peut on laisser après son passage ?
Le christianisme a participé, mille ans durant, à la construction de la France, mais il lui est arrivé de diviser les Français. J’ai déjà rappelé ici, que c'est dans ces circonstances de désordres religieux, sources de conflits et de guerres qu’était né l’édit de Nantes. La puissance publique intervenait en tant que représentant de la nation pour mettre fin à ces désordres, et ce faisant, elle s’élevait au-dessus de la religion. La dépassant, elle ne la considérait plus comme le seul élément fédérateur de la nation, mais comme un élément la constituant parmi d’autres, un élément divers et composite. La loi de 1905 et les lois sur la laïcité sont venues confirmer ce que l’édit de Nantes avait fondé, en dépit de trois siècles de résistance politique catholique.
Et voici qu’aujourd’hui, en 2007, le candidat de l’UMP vient nous déclarer que le christianisme a vu naître notre nation. C’est encore une ineptie de sa part. Ce Sarkozy est incorrigible, qui réussit en une formule à assimiler christianisme et nation française, à rebours de ce qu’est la vérité historique. Cela n’est pas sans conséquence, et est loin d’être anodin. Cet homme là, si il était élu, foulerait aux pieds l’héritage d’Henri IV et de la troisième république, la déclaration des droits de l’homme de 1789 et la loi de 1905. Cet homme là réveillerait, (et hélas, il a déjà commencé), des passions religieuses susceptibles de déboucher sur de graves affrontements entre Français. Peut on imaginer un président de la république gouvernant au nom de valeurs religieuses personnelles et justifiant, au nom de ses valeurs, des choix politiques pesant non seulement sur le destin d’une nation, mais aussi sur les vies privées de chacun d’entre vous ? Je ne doute pas que les Français sauront dire non.
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Michel Rocard va dîner avec François Bayrou. Le vaudeville se poursuit. Cela me fait penser à cette pièce de théâtre, jouée il y a quelques années, par Brasseur et Villeret. Si mes souvenirs sont bons, il y était question de dîner également. Pour ce qui est de l’attribution du rôle titre, je vous laisse libre de choisir. Pour ma part, j’ai ma petite idée.


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