17/04/2007
Saison et force tranquille; peuple de gauche et deuxième gauche
C’est une sensation indéfinissable, comme si l’on tentait de saisir l’humeur de ce printemps si prometteur. Comment vous dire ? Comment vous faire respirer ce parfum si particulier, cet indicible sentiment venu de ce que soudain, le monde qui vous entoure, et dont vous désespériez ; soudain, ce monde change ? Le chant des oiseaux le matin, les bruits de la ville, les cris des enfants qui jouent dans la rue, le plaisir de marcher le soir, et de se sentir caressé par cette petite brise qui précède l’entrée dans la nuit, cette petite brise porteuse d’espoir, qui s’immisce en vous délicatement, vous soulève et vous transporte tranquillement vers le rivage de vos songes et qui murmure, rien que pour vous : « oui, quelque chose change ».
Comme je vous l’avais dit ici, il y a quelques jours, le cours des choses s’inverse. Les Français se sont éveillés. Ils choisissent. Ce qui est écrit d’avance ne l’est plus. Pas besoin de sondages pour le sentir, le vivre. Il y a des détails qui ne trompent pas. Regardez tous les panneaux électoraux de France. N’est il pas étonnant de noter que les affiches de deux candidats sont systématiquement lacérées (ce qui n’est pas souhaitable, je le dis, et ne m’en réjouis pas), et il ne m’est pas nécessaire de vous donner les noms de ces deux candidats. Vous savez de qui je parle, et vous savez d’instinct pourquoi ils sont les victimes de ce regrettable phénomène.
Ecoutez autour de vous l’écho des conversations. Entendez ces Français qui disent, chaque jour plus nombreux, qu’ils ne veulent pas de Sarkozy, que cet homme leur fait peur. Entendez même, ces électeurs de droite désemparés, ces républicains sincères, affolés d’assister à la dérive personnelle, psychologique et idéologique, de celui qui porte leurs couleurs, et qui hésitent à lui accorder encore leur suffrage, quand ils n’ont pas décidé, déjà, de le lui refuser.
Ségolène Royal se met au diapason de cette France, qui irrésistiblement s’offre à elle. Je n’ai nul contentement personnel à la voir évoquer cette force tranquille qui est désormais sienne. Mais il faudrait être aveugle, aujourd’hui, pour ne pas voir qu’il flotte sur ce pays un parfum de 1981. Qu’au discours d’affolement, de peur, de division, de haine, martelé chaque jour par la Droite et sa presse aux ordres du mur de l’argent, s’oppose désormais la tranquille résolution d’un peuple qui ne veut pas se faire rouler. « L’amour est une accélération de la vie » disait Chardonne. Eh bien moi ! J’aime ce peuple. J’aime ce peuple qui n’est jamais aussi fier que lorsqu’on le dit veule. J’aime ce peuple qui se redresse toujours quand on le dit avili. J’aime ce peuple à la force d’âme constamment renouvelée. La force tranquille, c’est le peuple de France.
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Après Rocard, Kouchner, Allègre, nous avons eu Cohn-Bendit… Le vent de l’Histoire va emporter ces fétus et leurs marottes centristes avec. Mais tout de même, que ces gens auront fait mal à la gauche ces deux derniers jours… Ils n’ont jamais compris ce que signifiait le peuple de gauche. Ils n’ont jamais admis que les socialistes sont les derniers défenseurs des classes populaires, loin des chimères de l’extrême gauche qui ne leur promet rien et ne leur donnera jamais rien, hormis le fulgurant exutoire d’un vote de protestation aussi vain qu’inutile. On le voit bien dans cette campagne, à quoi servent les Besancenot et autres ? A quoi servirait le parti socialiste si il abandonnait définitivement les électeurs de cette gauche là ? A quelle perspective les condamnerait-il ? Au rien. Au vide. Au néant.
Quand je pense au peuple de gauche, il me revient le souvenir d’une brève rencontre ; il y a quelques années sur le pont Alexandre III à Paris. Je me promenais là, en compagnie d’Anne Lauvergeon, un soir de printemps comme celui que nous vivons ces jours ci. Là-dessus, un livreur en scooter s’arrête à côté de nous. Il descend de son engin, farfouille dans son coffre et vient à nous en me tendant un exemplaire fatigué de mon livre « l’abeille et l’architecte ». « Je savais que je vous croiserais un jour dans Paris, me dit-il, et j’ai toujours ce livre avec moi pour vous le faire signer ».
Je mes suis exécuté de bonne grâce et, j’ose le dire, j’ai été touché de cette attention. Ce fut pour moi l’un de ces petits moments de vie où l’on se dit que l’on a pas été inutile à la vie des autres.


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