14/04/2007
Rocard et peuple de gauche, Sarkozy et bel esprit
Je viens de terminer la lecture du rapport de Michel Rocard consacré à Internet et que Ségolène Royal lui avait commandé pour l’occuper dans cette campagne. A vrai dire, je n’ai pas tout lu, le style et le vocabulaire m’ont très vite rebuté. Le problème de Rocard, c’est qu’il écrit comme il parle, et dans les deux cas, cela provoque inévitablement l’ennui. J’en reste cependant à mon dernier jugement sur sa personne. Il aurait fait un très bon secrétaire d’Etat au PTT, et Ségolène Royal, en lui confiant ce rapport important, à la mesure de ses compétences, lui avait fourni généreusement l’occasion de participer à sa campagne de façon éclatante. Hélas, ce travail terminé, et l’esprit de Rocard libre de réfléchir à ce que bon lui semble, il ne pouvait que retourner à son éternelle marotte, l’alliance avec les centristes.
Je note que Rocard a choisi son moment pour lancer son appel. Le jour où Royal est en déplacement à Belfort avec Chevènement, le jour où, enfin, elle concentre ses flèches sur Sarkozy, le jour où le courant s’inverse, le jour où la gauche réalise que la victoire est à portée de mains.
Disons le nettement. Rocard se venge de son petit congrès de Metz de 1979, de son « ouverture » ratée de 1988, et de sa désastreuse campagne des européennes 1994. Comment peut-il ignorer, qu’en lançant un appel pareil, il encourage définitivement certains électeurs socialistes, un instant tentés par le vote Bayrou, et en passe de revenir à Royal, à rester in fine chez Bayrou ?
Au-delà même de cette simple remarque de circonstance, et de bon sens, Rocard n’a jamais compris que la construction d’une majorité de gauche réelle signifiait que l’on rassemblât une majorité politique identique à la majorité sociale du pays. Sa stratégie socialo centriste écarterait de toute majorité, de tout accès à la représentation aux affaires, les électeurs de la gauche laborieuse et populaire, les ouvriers, employés, petits salariés, les déclassés, abandonnés, exclus, tous gens qui n’auraient plus comme seul exutoire que de se manifester par des votes de désespoir, extrémistes et jusqu’auboutistes, une situation, qui, a long terme, engendrerait une crise majeure et violente dans ce pays. Est-ce vraiment cette perspective que les Socialistes veulent offrir à la France ? Non. Les héritiers de Jaurès et de Blum ne doivent pas se détourner de ceux pour lesquels ils ont inventé l’idée socialiste, et ce, dans le seul but de s’offrir le plaisir masochiste de se voir accorder des images et bons points par Alain Minc, Jacques Barrot, Alain Duhamel, Jacques Julliard, Olivier Duhamel et les « Gracques », ces gens dont l’avis compte, certes, dans le 7eme arrondissement de Paris, mais beaucoup moins en banlieue, dans le Nord, la Lorraine et partout où la détresse sociale se répand.
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Paris bruisse de rumeurs, ces temps-ci, relatives au caractère parfois rugueux du candidat de l’UMP. Je n’ai, pour ma part, qu’une seule anecdote à vous conter ce jour, mais tout bien réfléchi, je la juge utile à verser au débat.
En novembre 2002, lors de la préparation du congrès constitutif de l’UMP, ce congrès qui intronisait Alain Juppé successeur potentiel de mon successeur, Nicolas Sarkozy cherchait désespérément un moyen de voler la vedette à son ancien patron. Il avait donc imaginé de faire une entrée triomphale dans la salle du congrès, remontant les travées sous un tonnerre d’applaudissements, salué par des vagues d’acclamations censées évoquer les triomphes romains d’antan. L’un des collaborateurs d’Alain Juppé, averti, fit capoter le défilé sarkozien, puiqu'il était hors de question que la vedette fut volée à Juppé. Informé de cette contrariété, celui qui était à l’époque ministre de l’Intérieur exigea de rencontrer le coupable, qui lui confirma qu’il ferait son entrée au congrès par la porte de derrière, comme tout le monde et Raffarin. Son ton était mesuré et ferme, mais dénué d’agressivité. D’un seul coup, il se retrouva projeté en arrière, contre le mur de la pièce, par une petite main ferme et nerveuse. Il en était à peine revenu, qu’un poing vengeur venait lui heurter la poitrine, tandis qu’une voix rageuse, étranglée par la colère, le menaçait de tous les maux de la terre, le tout assorti d’injures aussi subtiles que délicates, et que je vous rapporte avec regret, croyez le bien, telles que « connard » ou encore « je te ferai la peau un jour ».
Vivre au quotidien aux côtés d’un tel homme est sans nul doute une épreuve redoutable. Je peux comprendre les esprits libres qui s’en dégagent lorsque l’insupportable est atteint. Je ne souhaite pas aux Français cette cohabitation là, car ils seraient liés pour cinq longues années et ne pourraient s'en évader.


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