12/04/2007

Victoire et intuition, TF1 et retraites

   S'ils veulent vraiment que leur candidate soit élue présidente de la république, les socialistes doivent lui laisser l’entière détermination de sa campagne. Elle seule doit décider, elle seule doit engager, elle seule doit trancher. Il n’est plus temps de se laisser corrompre l’esprit par les experts en études d’opinion et conseillers en thématiques de campagne. Il survient un instant dans l’élection présidentielle où le candidat a, d’instinct, l’intuition que le cours de l’opinion bascule, et ce, bien avant les sondeurs et autres communicants. C’est un état d’esprit indéfinissable, une légèreté d’esprit indescriptible, la conscience d’être en plein accord avec soi-même et le monde qui vous entoure, la prescience de ce que sera au final, le résultat. Depuis hier, croyez-moi, Ségolène Royal sait ce que sera son destin le 22 avril au soir, et très vraisemblablement au soir du 6 mai.

 Je parle d'expérience. En 1965, on ne pouvait battre de Gaulle, même moi. En 1974, en dépit des apparences, j’ai su très vite que la victoire me serait refusée, et je n’avais guère d’illusions au soir du premier tour. En 1981, j’ai vu quinze jours avant le premier tour que j’allais être élu. En 1988, dès le départ, la défaite était inenvisageable. 

 Les derniers jours qui viennent de s’écouler, et les trois ou quatre qui s’ouvrent devant nous, sont les plus déterminants. Oui, Ségolène Royal a raison de dire enfin ce qui doit être dit sur le candidat UMP. Oui, il faut chaque jour souligner sa brutalité, sa violence, son instabilité mentale. J’observe chacune des interventions de Nicolas Sarkozy. Contrairement à ce qu’il croit, le fait d’avoir des interlocuteurs apeurés ou serviles, lors de ses prestations télévisées ou radiophoniques, le dessert. On ne voit plus qu’un homme qui s’égare, sans garde-fou. Il s’enferre dans les théories médicales et psychologiques fumeuses que lui ont soufflées des hurluberlus de l’INSERM. Et il commet la même erreur que Georges Marchais en son temps. En politique, il ne faut jamais jouer à faire peur avec soi-même. La France n’aime pas avoir peur.

 Royal a désormais entres ses mains la maîtrise de son destin. Qu’elle laisse François Hollande à sa jalousie, à son dépit, à ses emportements d’enfant privé de sa peluche. Il ne sera pas élu par procuration, il serait temps qu’une âme charitable se dévoue pour le lui expliquer. Elle ne doit écouter que son intuition. Tenez, je me souviens qu’en 1988, Jacques Pilhan, avant que ne débute ma campagne, m’avait suggéré de ne pas faire de meetings. « Pour l’opinion, vous êtes président, vous ne devez pas faire comme les autres qui ne le sont pas » me disait-il pour me convaincre. J’ai refusé de l’écouter. Si j’avais fait cela, ce que lui dictait ses saintes études d’opinion, les français m’auraient sanctionné.

 Un dernier conseil : que Royal continue de s’appuyer sur ceux qui lui sont fidèles depuis le début. Que Dray et Bianco, Chevènement et Montebourg continuent inlassablement leur tâche. Ce sont les voix qui portent. Les Français les écoutent, parce qu’à l’instar de Royal, ils apparaissent en hommes libres, détachés des contingences du PS. Qu’ils continuent, oui, eux et tous ceux qui sentent que la victoire se joue dans les quatre jours qui viennent, ici et maintenant.

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 Je suis avec passion les mises à la retraite ordonnées par Nicolas Sarkozy sur TF1. Et comme ce jour, je suis d’humeur badine, je vais vous livrer, non sans gourmandise je l’avoue, la liste des prochains départs de la chaîne Bouygues : Robert Namias, Jean-Claude Dassier et… Patrick Poivre d’Arvor. Pour ce qui est de ce dernier, me direz-vous, il a annoncé lui-même la date de son départ à 2012. Certes, mais n’est ce pas là aveu de faiblesse de la part d’un homme qui nous avait toujours juré qu’il ne révélerait pas la date fixée par lui-même pour son départ ? Cette façon de procéder me fait penser à ces célèbres mots de la du Barry sur l’échafaud : « encore un petit instant monsieur le bourreau… » Chez Poivre, qui se juge immortel, l’instant se mesure par tranches de cinq années, mais je rassure tous ceux qui ne l’aiment pas : bien qu’incarnée au cinéma par la délicieuse Martine Carol, le bourreau n’a pas écouté la du Barry.

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