11/04/2007

Presse et UMP, Hollande et sa conscience

  Semaine après semaine, jour après jour, heure après heure, les journalistes français les plus en vue tissent la toile qui pourrait, si le peuple ne se réveille pas, amener Nicolas Sarkozy au pouvoir, et pire encore, l’y maintenir pour longtemps. Je ne sais s’il s’agit d’un complot orchestré, les journalistes sont par définition trop bavards, mais ce que je vois, ce que j’entends, ce que je lis, tout cela me m’entraîne à penser que oui, les grandes plumes de la presse nationale ont choisi leur camp. 

 J’en connais certains puisque je les ai pratiqués moi-même à une certaine époque. Giesbert et ses courbettes qui ne servent qu’à justifier des guillemets faciles, qui se fâche avec vous pour mieux quémander votre pardon ensuite. Duhamel et Elkabbach, qui sont les derniers avatars du giscardisme et que j’ai eu la faiblesse amusée d’utiliser à mon tour… J’ai déjà évoqué ces figures là, et je ne nourrissais guère d’illusions à leur sujet. Ils détestent Ségolène Royal car elle ne les considère pas, leur activisme destructeur contre elle ne me surprend pas.

 Non, ce qui m’étonne surtout dans cette campagne, ce sont ces journalistes, parfois venus de la gauche et qui passent leur temps à se poser en avocats zélés de Nicolas Sarkozy. Les Askolovitch et consorts. Ces plumes brillantes qui expliquent que le candidat de l’UMP peut inventer la pédophilie et le suicide congénitaux, mais que cela n’est pas grave, puisqu’il n’est pas Le Pen, comme si c’était là le sujet du débat. Ce sont des avocats si prompts à réagir que cela en devient suspect.

 Je l’ai toujours dit, là où l’argent règne, il ne faut pas s’étonner des effets qu’il produit.

 Regardez le cas de M.Apathie par exemple. Qui se souvient qu’il a débuté à « Politis » ? Qu’il portait des blue-jeans usés et des pull-overs à faire frémir ? Qu’il se posait en homme de gauche, prêt à donner des leçons de pureté idéologique sur ma façon de gouverner ? Pas grand monde en vérité. Quinze ans plus tard, le costume est de beau tissu, la chemise de soie, le ventre de notable. Quinze ans plus tard, les leçons portent sur la nécessité de s’en remettre au marché, au libéralisme. Quinze ans plus tard, employé d’une très grande radio privée, on se produit chez Fogiel et Denisot, là où l’argent coule pourvu qu’on dise ce que les employeurs ont envie d’entendre. Quinze ans plus tard, on invite Besson, Allègre, mais on oublie Begag. Tout cela au nom du pluralisme sans doute…

 Il se trouve même des éditorialistes complaisants pour remettre en cause le principe de l’égalité de temps de parole entre candidats durant les quinze jours que dure la campagne officielle. Ils se font les relais complaisants de ce maître, étalon des talents d’avenir de l’UMP, le nouveau Debré, Jean-François Copé, qui juge que ce dispositif prive ainsi les français de la profondeur de sa pensée glougloutante. Giesbert y est allé de son petit couplet et M.Barbier a dit la même chose. L’un condamne cette mesure « délirante » et l’autre estime que cette méthode est « stupide ». Moi, ce que je peux en dire, c’est que j’ai été bien content de bénéficier de ces dispositions pour la campagne 1965. C’est à cette occasion que j’ai découvert la télévision, puisque jusque là, seuls de Gaulle et ses vassaux pouvaient s’y produire. Ca n’était pas facile d’ailleurs. Les techniciens de l’ORTF chargés de la campagne étaient encartés à l’UNR, et même au SAC pour certains. Ils nous parlaient comme à des chiens, multipliant les mesures de sabotage. Mais au moins, nous pouvions nous faire entendre de la population. On a bien fait d’inventer cette règle, et compte tenu des inclinations de M.Sarkozy et de l’état de la télévision française, je suis heureux qu’elle subsiste encore. Qu’il existe cependant, des plumes réputées illustres, et prétendant descendre en ligne directe de Tocqueville, pour remettre en cause une mesure de bon sens, cela me laisse pantois.

  Bref, la conclusion de tout ce qui précède s’impose d’elle-même : tous ces journalistes, insidieusement, sournoisement, sont en train de ramener l’information de ce pays à ce qu’elle était sous de Gaulle et Pompidou. En pire.

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 François Hollande, me dit-on, se montre ces jours-ci de plus en plus nerveux. Il s’en prend dans le secret de son bureau aux responsables de la campagne de Ségolène Royal. Comme si il entendait se déposséder par avance d’une responsabilité qui n’est pas sienne. Pourtant rien n’est joué encore, tant d’indécis restent à convaincre. Je n’arrive plus à discerner dans l’esprit de François Hollande ce que peut être son choix le plus cher quant à l’issue de cette campagne. En l’espèce, je crois que le mieux justement, c’est de ne pas savoir.

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