09/04/2007
Larmes et destin, patience et avenir, presse et enquête
Je ne connais rien de plus terrible que des larmes de femme. C’est l’épreuve la plus redoutable qui soit. Cette faiblesse qui vous désarme, vous humilie, cette culpabilité qu’on vous jette à la face, non vraiment, je ne connais rien de plus déroutant. Surtout les larmes de ces femmes qui font profession d’actrice, dont on ne peut dire si elles sont vraies ou factices. Les larmes font de nous des lâches et il arrive, parfois, qu’elles nous dérobent un peu d’élégance, car il ne reste que la fuite en dernière opportunité. Disparaître, c’est une sortie de scène qui en vaut une autre.
Une fois cependant, au cours de ma longue existence, je n’ai pas ressenti cette sensation d’impuissance et d’abandon face à ces larmes, et qui vous laisse comme exténué. C’était le 24 mars 1993, à la fin du dernier conseil des ministres du gouvernement Bérégovoy. J’avais décidé de consacrer un adieu particulier à chacun des membres de ce gouvernement courageux, qui venait d’essuyer la plus lourde défaite électorale de l’Histoire, du fait de l’immobilisme d’un précédent Premier ministre. Chacun de ces ministres défilait devant moi, à la sortie du salon Murat. Nous échangions une poignée de mains, un regard, un mot. Je les voyais soucieux, inquiets de me laisser seul face une droite à nouveau arrogante et sure d’elle même, gonflée par une victoire annonciatrice d’une chambre introuvable, et certaine de se réinstaller au pouvoir pour vingt ans. Dumas, Lang, Bianco, passaient devant moi… Puis vint le tour de Ségolène Royal. Elle était en larmes. Sur l’instant, j’ai eu bien de la peine à percevoir ce qu’elle tentait de me dire, entre deux hoquets. J’avoue et je confesse que j’y ai vu de la faiblesse. Je l’ai consolée de mon mieux, je savais la magie des mots, parfois, sur les pleurs. Je lui ai glissé à voix basse qu’il ne fallait pas se résigner. Je lui ai rappelé, encore, le vers de Paul Fort, que je venais de citer en fin de conseil. « Le plus court chemin d’un point à un autre, c’est le bonheur d’une journée ». Elle a alors relevé la tête, et là, à cet instant précis, j’ai saisi que je m’étais trompé. Au fond de ce regard embué, il n’y avait nulle détresse, nul abattement. Non, rien de cela, juste de la haine, oui, de la haine. Cette haine du camp d’en face, de la droite et de sa puissance, de la droite et de sa brutalité. Nous en avions souvent parlé lorsqu’elle était ma conseillère à l’Elysée. Je l’ai déjà dit ici, quand on connaît ces gens, on sait de quoi ils sont capables. Ces larmes étaient annonciatrices d’un profond désir de revanche, je les aimées.
Depuis ce jour, je n’ai douté du destin de Ségolène Royal, de la force de son caractère. Je mesure bien, qu’écrivant ces lignes, je vais en agacer plus d’un. Des anciens conseillers parfois, et dont j’ai autrefois, plus qu’à mon tour, apprécié le jugement et les avis. Je n’ignore pas que certains d’entre eux disent beaucoup de mal de leur candidate, ici et là. Je voudrais leur dire, à Charasse comme à Benassayag, qu’on ne devient pas candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle par hasard. Combien de « présidentiables » (horrible mot, je m’en veux de l’employer) socialistes n’ont jamais pu y parvenir, y compris certains qu’on me prêtait comme « dauphin » ou comme « fils favori » (encore une ânerie inventée par quelques journalistes). Dans la vie publique, chacun est libre de son ambition, mais l’accomplissement de cette ambition ne se décrète pas, elle se conquiert auprès d’un seul juge: le peuple.
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Depuis que je participe, modestement, à cette campagne, j’entends que l’on me prête de sournoises arrière-pensées. Je pourrais faire mine de m’en offusquer, mais soixante années de vie politique m’ont tanné le cuir, au point que je demeure inaccessible à de telles accusations, proférées à voix basse, à l’ombre de la médisance. On me presse également de faire connaître mon avis sur ces jeunes gens de la gauche de demain, les Autain, Peillon, Montebourg, Besancenot… Je dirai mon avis, puisque beaucoup semblent y tenir, mais quand bon cela me semblera. Patience, j’observe, je réfléchis.
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En écoutant Radio Luxembourg, j’ai noté que le jeune Thomas Legrand continuait de dispenser ses analyses politiques à destination des auditeurs. Cela n’a rien de bouleversant, mais c’est un de ces journalistes qui n’ont eu de cesse d’expliquer et de propager la fable selon laquelle que j’avais inventé le phénomène Le Pen. Il y a une douzaine d’années, lui et ses acolytes ont même publié un livre là-dessus. Ca leur a fait un peu d’argent de poche sur mon dos, et je m’en réjouis. Je les avais éconduits car ils se comportaient comme des juges d’instruction. Ils étaient bien jeunes pour comprendre de quoi ils parlaient, et un peu ennuyeux aussi… Cela les a conduits, pour les besoins de leur livre, à contacter des intimes, dans les Charentes, en se réclamant de moi. Curieuse méthode en vérité.


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