07/04/2007

La France, son peuple; Strauss-Kahn, sa loyauté

 Avant que de m’éloigner, je pensais avoir une connaissance instinctive de la France. J ’ai toujours eu la passion de sa géographie, je l’ai toujours considérée, à travers ses ruisseaux, ses forêts, ses champs de blé, ses clochers, comme un corps vivant, mouvant, passionnant à observer, au gré du temps et des saisons passant, tout en restant fidèle à elle-même. J’ai toujours vu cette France de la vie, habitée par un peuple qui en était comme l’âme, et auquel j’étais si fier d’appartenir. Même dans la France du béton, si loin des chênes et des fermes, des sentiers et des carillons, si loin de moi en apparence, je parvenais à me retrouver. Cet amour de ma patrie m’a toujours guidé, durant toutes ces années où je la parcourais en tous sens, de ville en ville, de village en village, en espérant qu’un jour enfin, les Français, en choisissant le socialisme, s’harmoniseraient avec leur terre. 

 Cette campagne électorale, hélas, j’ai bien peur que les Français n’en soient pas conscients, est la plus importante pour les destinées de ce pays depuis mon élection de 1981. Quel que soit le résultat, il marquera pour le siècle. Mais, j’ai le sentiment que beaucoup de nos compatriotes ne savent plus quelle est leur Histoire, qu’ils ont perdu le sens de leur pays. Que la nature de la France , il y a mille ans si belle et si hostile, si difficile à domestiquer, n’a pu l’être que par un grand peuple, un très grand peuple. Un peuple qui a toujours su trouver en lui les ressources pour s’unir, s’élever, se hisser au rang de l’Histoire, qui a avancé sans jamais se lasser sur le chemin de son destin, quitte à le façonner, parfois, par le fer et par le sang. Un peuple qui a vaincu ses peurs, ses angoisses, ses craintes. J’ai peine à discerner les qualités de ce peuple dans cette campagne présidentielle. Je sens en lui une frilosité excessive, un égoïsme mortifère. Je sens que le candidat de l’UMP a réveillé, plus que Le Pen encore, des démons endormis depuis soixante cinq ans.

 Si Ségolène Royal est élue, je sais que la France que j’aime, que vous aimez, que nous aimons, sera préservée, quand bien même j’admets que la tâche ne sera pas aisée. Mais notre France sera, malgré tout, fidèle à elle-même, si bien incarnée par son peuple encore. Si c’est Nicolas Sarkozy qui l’emporte, je crois qu’il sera temps de constater que la France que nous aimons est morte, perdue par un peuple qui n’en sera plus digne.

 Certains de ceux qui me lisent me pardonneront, je le souhaite, ce développement sentimental. Ils comprendront certainement ce que j’entends signifier ce jour. La gravité de l'enjeu à quinze jours du rendez-vous de l'Histoire.

  Certains d’entre vous vont juger que je suis encore bien sévère avec Dominique Strauss-Kahn. Mais enfin, je dois constater, que chaque fois qu’il ouvre la bouche dans cette campagne, c’est pour faire savoir tout ce qui lui déplaît dans les projets de sa candidate. Témoin ce qu’il a raconté sur l’excellent "contrat première chance" proposé par Royal. Je n’ose imaginer ce que cela donnerait si, comme certains commentateurs le rêvent à voix haute, il parvenait à Matignon en cas de victoire de la gauche. Je vais donc mettre fin au suspense. Si Strauss-Kahn ne change pas d’attitude, et vite, et si elle est élue, Ségolène Royal ne le nommera pas Premier ministre. Elle ne le nommera pas ministre non plus. Elle n’aura pas eu besoin de lui pour gagner, elle n’aura pas besoin de lui pour gouverner.

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