06/04/2007
L'Epouse et Sarkozy, sondages et réalités
C’est cela aussi la vie politique. Il ne faut jamais l’oublier, toute situation est porteuse de son contraire, et il faut se garder de ne se fier qu’aux apparences. Il se bâtit des rapports de force entre les uns et les autres qui se gravent dans le marbre et ne se démentent plus. J’imagine bien ce qu’a pensé hier l’épouse de mon successeur, obligée, en apparence, de multiplier lors de son déplacement lyonnais, les gestes d’allégeance à l’égard d’un homme aux manières de nouveau riche, qu’elle méprise au plus profond d’elle-même, et qu’elle se délectait à humilier en public lors de la précédente campagne présidentielle.
Souvenez-vous des supputations de 2002. Qui à Matignon en cas de réélection du président sortant ? Raffarin ? Douste-Blazy ? (Franchement, ça ne pouvait pas être pris au sérieux, mais il y a toujours des gogos pour gober ce genre de sornettes…). Ou bien ce Sarkozy qui s’était déjà à l’époque autoproclamé premier ministre de droit ? Les pronostics allaient bon train, et je dois dire que mon successeur a plutôt bien mené sa barque dans cette affaire. Ceci étant posé, c’est à cette époque de grandes interrogations dans la campagne, que son épouse décida de s’offrir un voyage en avion avec le maire de Neuilly, pour un court déplacement en province. Durant le trajet, la conversation roula sur les rumeurs entourant la nomination du prochain Premier ministre. Sarkozy ne pipait mot, évidemment. Et c’est là que l’épouse se tourna vers lui, tout sourire, pour lui demander d’un air faussement naïf : « Et vous Nicolas, vous voyez qui comme Premier ministre de mon mari ? ». Sarkozy, qui ne se contrôlait pas plus hier qu’aujourd’hui, s'empourpra, parait-il, si violemment que certains des témoins de la scène s'inquiétèrent d’un possible malaise. L’épouse continua de le fixer de ses yeux d’acier, tout sourire, feignant toujours l’innocence. Au bout de longues, longues ; très longues secondes de réflexion, Sarkozy finit par bredouiller : « Je ne sais pas madame », sur le ton penaud d’un petit garçon qui n'a pas appris sa récitation et qui est sèchement corrigé par la maîtresse d’école.
C’est en pensant à cette anecdote que j’ai dit au début de ce développement que l’humiliation de l’épouse de mon successeur n’était qu’apparente hier à Lyon. Cette femme sait la faiblesse du candidat de l’UMP. Et elle sait qu’il sait. D’ailleurs, Sarkozy, quand il a narré cette histoire à son entourage, en a tiré la conclusion qui s’imposait d’elle-même : « Dans le fond, a-t-il dit, cette femme est méchante. »
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Je suis lassé de lire chaque jour les sondages IPSOS à destination du « Point » et de France 2, qui attribuent au premier tour de l’élection présidentielle plus de 31% des voix, là où les autres instituts le situent à 26 ou 27 %, au candidat de l’UMP. En cas de victoire de ce dernier, je crois qu’il faudra peut être se pencher avec intérêt sur les commandes de sondages et autres enquêtes d’opinion qui seront faites par l’Etat auprès de cet institut. A simple titre informatif, bien sûr, sans y voir malice, et sans suspecter le moins du monde une relation de cause à effet; je ne suis pas un obsédé du complot. Je le dis d’autant plus, qu’à une certaine époque, à l’Elysée, mes services ont eu recours aux équipes de Jean-Marc Lech (par la suite, il a offert ses offices à mon successeur). J’ai appris qu’il se plaisait à conter sur les ondes de Radio Luxembourg, à l’émission « les Grosses Têtes », que certaines de ses prestations étaient rémunérées sous la forme de grandes enveloppes de papier kraft. C'était un système hérité de mes prédécesseurs. Plus tard, il a été naturellement fait en sorte d’assurer la transparence la plus totale lors de ces opérations. Toutes les règles de comptabilité publique furent dès lors respectées. D’une certaine façon je l’ai regretté. Mes collaborateurs ne pouvaient plus me rapporter l’empressement que mettait M.Lech à s’emparer des grosses enveloppes qu’on lui tendait, et à les glisser dans la poche de son pardessus, l’œil brillant et le sourire béat.

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