05/04/2007

Tapie et nostalgie, Sarkozy et Strauss-Kahn

 Bernard Tapie a annoncé son soutien à Nicolas Sarkozy avec une discrétion qui l’honore. Comme il fallait bien s’y attendre, mon ancien ministre a fait prévaloir le règlement de ses affaires en cours sur l’intérêt national. C’est bien triste pour lui. Il n’est jamais agréable de voir un homme se perdre pour ne plus être que l'ombre de sa propre légende. Il parait loin le temps, où, durant les quelques mois passés en prison, Tapie recevant Séguela, exigeait du directeur de la maison d’arrêt que fussent effacés des murs  les graffitis à la gloire de Jean-Marie Le Pen. Plus loin encore, le temps, où lors des élections régionales de 1992, je me réjouissais de voir un candidat portant les couleurs de la gauche soutenu par TF1 au détriment de Jean-Claude Gaudin. Tapie poussait même le sens de l’hospitalité jusqu’à héberger l’envoyé spécial de TF1 à Marseille, Jean-Luc Mano, sur son yacht, « Le Phocea ». Ce sont ces petits détails qui me plaisaient chez Tapie ; il osait tout, partout, et surtout, j’étais intrigué (certains de mes collaborateurs vous diront même que j’étais fasciné, mais ils exagèrent) par son appétence pour l’argent facile et tout ce qu’on me rapportait sur lui à ce sujet. Dans mon bureau, en tête à tête, c’était autre chose. Il s’efforçait d’avoir l’air bien élevé, propre sur lui, les souliers bien cirés, le costume bien mis. Il ne pouvait réprimer une légère génuflexion lorsqu’il me serrait la main et balbutiait quelques mots de salut les yeux baissés. J’appréciais ses qualités, d’autant plus que les socialistes ne l’aimaient pas. Assis à ma table de travail, je prenais soin de laisser s’écouler d’interminables secondes avant de l’inviter à s’asseoir, juste pour vérifier qu’il n’osait m’en demander la permission. A l’époque, je ne le recevais pas pour évoquer les dossiers de son ministère, je laissais cette tâche au Premier ministre. Je voulais l’encourager à mener définitivement une carrière publique. Il était capable d’aller loin. Cela a bien débuté avec l’aide de Charasse, et cela se termine mal avec l’aide de Boorlo.

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 Pour quoi donc les dirigeants du parti socialiste n’attaquent-ils pas Sarkozy ? Quelle est la cause de ce silence ? Sont-ils à court de formules ? Leur faut-il des slogans ? Faut-il, qu’une fois encore, même loin de tout, je m’en charge ? Il y a pourtant de quoi faire. La faiblesse psychologique du personnage n’est pas exploitée. Rien de plus simple, il conviendrait juste de s’interroger à voix haute sur l’équilibre mental du candidat UMP, et le répéter tous les jours jusqu’au 22 avril. C'est un vieux principe de communication politique: ce qui est répété un nombre incalculable de fois devient vérité.Si j’étais candidat dans cette campagne, j’aurais envoyé Dominique Strauss-Kahn ouvrir ce front là depuis longtemps. Il ne faut jamais hésiter à retourner contre la droite ceux des socialistes qu’elle estime  « raisonnables », « réalistes » et « compétents ». Qui plus est, Strauss-Kahn ferait ça très bien. Il sait mordre à l’occasion les guibolles socialistes, je ne doute pas qu’il serait aussi habile à planter ses crocs dans les mollets sarkoziens.

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