27/03/2007
Sarkozy et la police, la droite et Le Pen
Une bonne partie de la police de Paris (pas toute la police de Paris, je ne généralise pas) a pris la mauvaise habitude de recueillir en son sein les pires éléments de la droite. Cela fait soixante-dix ans que ça dure. De Chiappe à Massoni, en passant par Papon, les gouvernements de droite ont toujours installé à la préfecture les plus beaux fleurons de la réaction et de l’obéissance aveugle à leur pouvoir, des obsédés de la matraque et du gaz lacrymogène. Sous de Gaulle, donc sous Papon, il a été recruté là une racaille (j’aime bien ce mot, employé à bon escient. C’est comme le drapeau tricolore ou la Marseillaise , pourquoi les laisser à la droite ?), une racaille donc, responsable de bien des exactions. Ils ont toujours fait des petits et ça continue. C’est pour cette raison, que je me suis constamment méfié et que j’ai préféré recourir aux gendarmes pour assurer ma protection. Cette police là avait passé vingt-cinq ans à m’espionner. Je n’avais pas envie que ça perdure après mon élection, en 1981.
Aujourd’hui, Sarkozy découvre que certains des héritiers de la racaille gaulliste de l’époque prennent au pied de la lettre ses déclarations de matamore. C’est assez exemplaire de cette faculté particulière de la droite française à forger elle-même les instruments de son malheur.
Tenez, on me reproche souvent d’avoir inventé le Front national et Le Pen. Cette légende a la vie dure. J’invite cependant les plus jeunes de mes lecteurs (et les moins jeunes aussi) à se pencher sur les campagnes menées par le RPR et l’UDF contre mon garde des sceaux, Robert Badinter, de 1981 à 1983. Parce qu’il avait, à mon initiative, aboli la peine de mort, il a enduré la plus effroyable campagne de haine et de calomnie jamais vue en France depuis la fin de la IIIe République. Durant ces deux années, déjà, la droite n’a eu de cesse de brandir le spectre de l’insécurité et d’en attribuer la responsabilité à Badinter. Ils n’avaient que ce mot à la bouche : « Badinter, c’est l’insécurité ! ». Je me souviens qu’il fallait supporter, lors des séances de questions au gouvernement, les sarcasmes anti-Badinter des Madelin, d’Aubert, Toubon, ou bien encore les miasmes sécuritaires du terrifiant Claude Labbé (pour ceux qui s'en souviennent, c'était une sorte de Nosferatu, en beaucoup moins avenant). Au printemps 1983, une manifestation de policiers s’est terminée sous les fenêtres du ministère de la justice, place Vendôme, et les policiers chargés de la protection du bâtiment sont allés jusqu’à ôter leurs képis en signe de solidarité avec les manifestants. Une belle opération montée par Pasqua et ses relais dans la police parisienne. Résultat : en 84, Le Pen a obtenu 11% des voix aux élections européennes. Je n’avais quand même pas le pouvoir de monter un tel complot à l’échelle du pays. Obliger deux millions de citoyens à voter pour l’extrême droite, dans le seul but de m’arranger, et causer du tort au RPR et à l’UDF était un objectif que l’on peut raisonnablement estimer hors de ma portée. Simplement, Le Pen est apparu parce que la droite a joué avec le feu. Elle s'est accroché elle-même la casserole qui lui colle au train depuis tout ce temps.
J’espère que l’on me pardonnera ce petit rappel historique. Mais il était nécessaire. Je vous fiche d’ailleurs mon billet, que le soir du premier tour, quand il découvrira son véritable score électoral (et pas celui des étranges sondages Ipsos-Le Point) Sarkozy regrettera d’avoir fait joujou avec son ministère de « l’identité nationale ». Les électeurs de Le Pen ont toujours préféré l’original à toutes les copies. Il en paiera le prix, comme les autres avant lui.
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Quant à Le Pen (j’en parlerai plus tard de manière plus approfondie), sachez pour le moment que j'ai assisté à son entrée à la Chambre des députés et en politique en 56, avec les Poujadistes. C’était un braillard parmi d'autres, qui se vantait de faits d’armes en Indochine dont les témoins étaient aussi rares que des cheveux sur le crâne d’Edgar Faure. Je crois que durant ces années d’étudiant en droit, son chemin avait croisé celui de Pierre Joxe. Ce dernier m’a toujours affirmé que Le Pen était un cossard pas très courageux, mais il ne m’en a pas dit davantage. Ils se sont croisés de nouveau sur un plateau de télévision et j’ai constaté, en regardant l’émission, que le président du Front National avait peur de Joxe. C’était physiquement palpable, même à travers l’écran. Impressionnant. André Labarrère, aussi avait connu Le Pen à la Corpo de droit, au début des années 50. Il lui arrivait même de dire que Le Pen était « le plus bel homme qu’il ait jamais rencontré ». Lui non plus ne m’en a pas dit plus. Et depuis, je m’interroge.


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