26/03/2007
La France présidente, les ambitions de Delanoë
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J’ai eu écho ces derniers jours de la volonté du maire de Paris, Bertrand Delanoë, de conquérir après l’élection présidentielle le poste de premier secrétaire du PS. Il en parle beaucoup, ici et là, sous le sceau du secret. J’ai bien connu Delanoë autrefois et je peux vous dire qu’il ne faut pas sous estimer sa volonté tant il m’a toujours semblé un peu teigneux. Il lui est arrivé de participer, naguère, en tant que responsable du PS, à quelques petits déjeuners à l’Elysée lorsque j’y présidais. Bien sûr, en ma présence, il tentait de ne rien laisser paraître, mais à sa façon de s’agiter sur sa chaise, je voyais bien qu’il s’impatientait de tout et de rien. Un café trop chaud. Un café trop froid. Un service trop lent. Un service trop empressé… Il se mettait à soupirer d’agacement et jetait alors des regards furtifs et vengeurs au maître d’hôtel jugé responsable de ses soucis, obligé cependant de contenir devant moi la petite colère d’enfant gâté que je sentais monter en lui de manière irrépressible. Je m’amusais même à lui demander « tout va bien Bertrand ? » juste pour avoir le plaisir de l’entendre me dire tout bas le contraire de ce qu’il pensait si haut. Delanoë fait partie de ces gens qui sont nés impatients, je l’ai toujours su.
Maintenant qu’il est maire de Paris, il parait qu’il se contrôle un peu moins. Paris grouille de rumeurs sur le caractère un peu emporté de son nouveau prévôt. Depuis qu’il a conquis, brillamment je le reconnais, cette place forte, il caresse voluptueusement l’idée de s’en faire un tremplin vers la magistrature suprême, à la manière de mon successeur. Pourquoi pas ? Les ambitions sont libres. Mais il lui faudra pour se faire s’élever un peu dans ses relations avec autrui.
Il parait que la table du maire de Paris est une des plus exécrables de France. Qu’on y sert l’été de la soupe de poireaux froide, et que le vin y est si mauvais que Patrick Bloche, le premier secrétaire de la fédération de Paris a fini par craquer et susurrer suavement à son hôte que « du mauvais vin au mauvais goût, Bertrand, le pas est vite franchi ». Je sais bien que Delanoë a voulu rompre avec les magnificences grotesques de ses prédécesseurs, mais il n’était pas obligé de confondre modestie et pingrerie. Savoir recevoir dans une maison publique, c’est aussi montrer qu’on aime la vie, la France et les français. On me parle d’arbres de Noël rachitiques exposés dans les couloirs de la mairie, de repas de fêtes misérables consentis aux élus du conseil, et on dit même que Sautter, l’adjoint aux finances, refuserait presque de remplacer les taille-crayons perdus par les étourdis pour des raisons d’économie. On m’a même rapporté, que confrontés aux buffets squelettiques consentis par le maire et son équipe, les groupes du Conseil multiplient par trois ou quatre le nombre des invités déclarés afin de pouvoir les rassasier convenablement. Et je n’insiste pas sur cette idée saugrenue qui a consisté à vendre une partie de l’excellente cave de l’Hôtel de ville, une cave héritée de mon successeur à l’Elysée. Un nettoyage oenologique mené, dit-on, d’une main plus que ferme, par le chef du protocole des lieux, un certain Milosevic.
Vous me direz, tout cela n’est que détails. Ce qui compte, c’est le projet de l’homme, la politique qu’il mène, ses idées, son idéal.
Certes, c’est sans doute important en politique, mais ça n’est pas suffisant. Je dis cela, car je devine que si Delanoë ambitionne la place de François Hollande, c’est pour mieux préparer un avenir qu’il imagine plus élevé encore. Il devra convaincre de son humanité et aujourd’hui, je vois bien que ça n’est pas gagné. Et ça n’est pas en décrétant, dans une réunion consacrée à la voirie, que les éboueurs parisiens ne font pas bien leur travail parce qu’ils sont allergiques à un aspect de sa personne qu’il m’en convaincra. Du reste, quand il s’est livré à cette sortie sur les éboueurs, les membres de son cabinet, le jeune Revel en tête, n’ont pu dissimuler, face aux élus présents ce jour là, un certain embarras. Petite incidente ; c’est ainsi que j’ai découvert que le fils de Jean-François Revel, Nicolas, était devenu chef de cabinet de Delanoë. Je me demande si, comme son père, il voit des espions communistes partout. Quand je pense que du temps de la FGDS , Revel avait presque fini par m’ancrer dans le crâne que ce brave Estier était un agent du KGB ! Tout cela par jalousie, parce qu’Estier, qui conduisait si bien dans Paris, m’accompagnait parfois tard le soir et me raccompagnait tôt le matin, partageant ainsi quelques petits secrets de ma vie…Enfin…
J’en reviens à Delanoë et je le mets en garde. Quand l’austérité confine avec l’ascétisme, c’est un grand tort. Les français aiment bien que leurs élus soient aussi des gens de vie ; ils sont plus Danton que Robespierre, plus Talleyrand que Fouché, et je suis bien placé pour le savoir.


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