25/03/2007
Les Gracques et la gauche, du bon usage des journalistes
Je viens de prendre connaissance de l’appel dit des « Gracques », pseudonyme de hauts fonctionnaires dits de « gauche » et qui veulent une alliance de Ségolène Royal avec le candidat dit « anti-système » de la campagne, Bayrou. Je croyais passé le temps de ces fantaisies depuis la fin des années 60. « L’appel à l’alliance au centre », de son vrai nom « complot sous pseudonyme », est une spécialité historique des tenants de la « deuxième gauche », les huguenots du socialisme, et est toujours destiné à affaiblir les chances de la gauche dans une élection. En général, ces gens viennent de l’ENA, se sont recyclés dans la finance et leur socialisme de raison devient de plus en plus raisonnable à mesure qu’ils accumulent les stocks-options sur leurs comptes en banque. Pour ceux-là, Bayrou est une bénédiction. L’occasion tant rêvée de profiter, de s’adonner à l’apostasie du socialisme et recueillir l’absolution de ces maîtres de l’argent, dont ils sont les obligés. J’ai eu quelques uns de ces spécimens dans mes propres cabinets. D’ailleurs, la liste présumée des « Gracques », telle que publiée par le journal de M.Colombani (papattes de mouche), est éclairante. Spitz, Olivennes, Hannezo, Obolenski, Pigasse... Lazard, Pinault, Vivendi, comité des établissements de crédit et entreprises d’investissement… Pas d’élus dans cette liste. Pas de syndicalistes. Voilà. Je n’en rajoute pas, ça n’est pas nécessaire.
Quelques jours auparavant ces « Gracques, on avait déjà eu droit à « Spartacus ». Encore des fonctionnaires qui en pinçaient pour Bayrou. En son temps, Rocard, (qui lui, en pinçait pour Méhaignerie), publiait des ouvrages du même tonneau sous le nom de Servet. Servet ? Un hérétique protestant : brûlé vif. Spartacus ? Un esclave révolté : crucifié. Les Gracques ? Des patriciens romains réformateurs : assassinés. C’est évident. Toutes les réincarnations de ces héros souhaitent le triomphe absolu et définitif de la gauche française.
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Les relations de Royal avec les journalistes ne seraient pas toujours des plus cordiales me dit-on. Si cela est vrai, c’est regrettable. En campagne, ce sont nos porte-parole les plus efficaces. Il faut les bichonner. J’ai déjà eu le loisir ici de donner quelques recettes à destination des grandes signatures, mais elles valent pour les journalistes moins gradés. Il ne faut pas faire comme cette andouille de Balladur qui ne se souciait pendant ses déplacements TGV que du bien-être du journaliste de TF1 qui le servait, Thierry Guerrier. C’est le genre d’incident qui énerve les autres. Après, ils se vengent. Il faut savoir répartir équitablement les marques de considération. Les inviter à un quart d’heure de conversation privée en avion. Partager un café dans un train. Déjeuner à la bonne franquette après un meeting. Jamais tous ensemble, mais les uns après les autres. Susciter le désir. Je le répète, certains journalistes sont d’autant plus dévoués qu’ils ont l’impression de faire partie de l’aventure. Moi, j’ai régulièrement tissé avec les uns ou les autres des relations particulières au gré de mes affinités. En 1981, les journalistes d’Antenne 2 et de TF1 qui participaient à mes déplacements me narraient, jour après jour, les turpitudes de leur direction. Ca m’a bien servi croyez-moi. De temps à autre aussi, je testais mes formules contre Giscard sur Richard Artz de Radio-Luxembourg. Je suspectais sa direction de me l’avoir collé afin de m’espionner pour le compte du camp d’en face. Au début, il roulait des yeux effarés quand je lui parlais, et puis, il a fini par s’y faire. Et à la fin, quand bien même ses projets initiaux m’eussent été défavorables, il était loin de m’être hostile.
Il ne faut pas non plus hésiter à battre froid ceux qui pensent que tout leur est permis du fait de la proximité qu’ils supposent. Quand j’étais Premier secrétaire, un jour, Bruno Masure, qui était à l’époque à TF1, s’est permis à mon sujet quelques commentaires ironiques dans un de ses reportages. Lors du déplacement suivant, en Province, je ne l’ai pas salué. J’ai recommencé la fois d’après encore. Pas un mot. Pas un signe. Rien. Dans l’avion qui nous emmenait vers notre destination, il a rédigé un mot d’excuse, mot qu’il m’a fait parvenir illico. J’ai levé la sanction à l’atterrissage.
En juillet 1988, j’ai organisé ainsi un petit voyage en guise de récompense pour quelques journalistes qui avaient suivi ma dernière campagne présidentielle. Je me souviens avoir convié M.Lhomeau du « Monde », M.Mercurol, d’Antenne 2 et M.Mano de TF1. Je les ai emmenés en hélicoptère à Vézelay et les ai initiés moi-même aux trésors de beauté de la basilique. Je dois bien admettre que cette visite n’a pas beaucoup passionné Jean-Luc Mano. Il a montré en revanche bien plus d’entrain à la lecture de la carte du restaurant de Marc Meneau, cette table merveilleuse sise à Saint-Père sous Vézelay. J’ai toujours eu un petit faible pour ce Mano. Il a des airs de ruffian et il était cul et chemise avec Charasse. Il m’amusait beaucoup, même si à table, il ne sait pas se tenir convenablement, et chez Marc Meneau, ça détonnait un peu. Ces temps-ci me dit-on, il se serait lui aussi rapproché de Sarkozy après avoir plus ou moins « conseillé » Douste-Blazy, Darcos, et Alliot-Marie.
Comme j’ai de la considération pour lui, j’espère qu’il n’assiste pas aux réunions du jeudi où M.Sarkozy convoque ses nouveaux affidés médiatiques (il y aurait là, murmure-t-on, les Gallo, Benamou, Baverez et autres…) pour s’essuyer les pieds dessus quand il a des problèmes avec son identité nationale et sa campagne, qui, en dépit des apparences, patine sérieusement. Il parait que la dernière fois, c’est tout juste si, comme Napoléon autrefois, il ne les a pas traités de tas de m… ; les bas de soie en moins évidemment.


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