24/03/2007
Dray et son destin, Giesbert et la politique
Je trouve en effet les socialistes bien discrets dès que l'on prononce le mot "sécurité". On devrait voir et entendre Julien Dray plus souvent qu’à son tour sur ces questions. Il a acquis une rondeur rassurante, (quel coup de fourchette !), une crédibilité indéniable et il fait partie de ces socialistes pas si rares qui sentent encore les mouvements du pays. Alors ? Je sais de quoi il est capable, c’est moi qui en ai fait un député. Ca n’a pas été facile à l’époque, car Jospin et ses amis ne l’aimaient déjà pas beaucoup . De vieilles querelles de trotskystes encore… Tout s’est joué au printemps 1988, quelques jours après ma réélection. Dray était venu à l’Elysée en compagnie d’Harlem Désir, rencontrer Attali pour une affaire touchant à leur organisation, « SOS Racisme ». Ils m’avaient rendu quelques petits services, je leur devais bien un petit quelque chose. Je savais que Dray voulait se présenter aux législatives, mais qu’il ne savait pas comment s’y prendre avec Mauroy. Cette situation était aberrante. Je l’ai réglée. Je suis passé l’air de rien dans le bureau d’Attali. J’ai salué Dray et lui ai demandé où en étaient ses ambitions électorales. Il a eu l’air surpris que je m’y intéresse et encore plus quand je lui ai suggéré de m’accompagner dans mon bureau pour en parler. Là, je lui ai demandé où il comptait se présenter. Il m’a répondu timidement qu’il se verrait bien à Sainte Geneviève des Bois, dans l’Essonne. Je lui ai dit que c’était la bonne idée. En fait, je m’étais renseigné un peu avant, et j’avais fait dire à Dray par une relation commune que cette circonscription serait idéale pour lui. J’ai pris mon téléphone, j’ai appelé le bureau de Mauroy (à l’époque, j’évitais de parler à Mauroy directement, il s’était fait élire premier secrétaire du PS contre mon choix tout de même…) et j’ai simplement dit que désormais le candidat de la 11e de l’Essonne s’appellerait Julien Dray et que c’était à inscrire sur mon quota. Voilà comment je procédais, moi, pour choisir des députés d’avenir. Je gardais toujours une quarantaine de circonscriptions à ma disposition, sinon, comment aurais-je fait pour imposer les vrais talents ? Dray, Bredin, Royal… Cette promotion de jeunes députés socialistes avait fière allure non ?
Quelques semaines plus tard, en juin, le parlementaire Dray devait devenir ministre. Il eut été parfait à la Jeunesse et aux sports. C’était acté et il figurait même sur la liste du gouvernement que Michel Rocard devait emporter de Matignon à l’Elysée à destination de Jean-Louis Bianco, qui devait la rendre publique. Le nom de Dray a alors disparu de cette liste durant le trajet automobile du Premier ministre entre Matignon et l’Elysée. J’ai été, comme Dray, placé devant le fait accompli. Il en a été très peiné parce qu’il avait prévenu ses parents de sa promotion. Des gens de bonne volonté, qui ont été très déçus d’apprendre que leur fils, au bout du compte, ne serait pas membre du gouvernement. J’ai appris ensuite que Rocard et Jospin s’étaient mis d’accord dans mon dos pour évincer mesquinement un garçon qui leur déplaisait. Je n’allais pas ouvrir une crise ministérielle pour ça, mais ce jour là, je me suis dit que certains héritiers de Mendès avaient bonne mine…
Dray s’en est relevé. Il n’a pas eu de chance sous Jospin, mais j’ai constaté avec délices qu’il était l’un des grands concepteurs de la campagne Royal. Et j’irai partout le répéter autant qu’il le faudra. Il faut promouvoir ce garçon. Il a du coffre et de l’étoffe. Il y a du Clemenceau en Dray, là où il y a du Papon en Sarkozy.
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A part cela, je suis allé lire sur les conseils d’un ami le « blog » de Franz-Olivier Giesbert. Il disserte chaque jour sur son déjeuner du midi. Je le plains beaucoup. Se farcir tout un repas ce dindon de Copé, et en dire du bien après, ça doit faire partie des servitudes du métier, admettons. Initialement, j'étais allé lire sous sa plume, toujours aussi dilettante, ce qu’il pensait de l’affaire Besson. Il estime que lorsque ce zozo a commencé à faire le malin pour servir la soupe à son ami Sarkozy, Royal n’aurait pas du dire: « qui connaît Besson ? » Il ajoute que « tous les politiciens chevronnés savent qu’il ne faut jamais, dans une campagne présidentielle, avoir des propos raides ou abrupts. Il faudra bien que quelqu’un, dans son état-major, se dévoue pour le lui dire (à Royal). » Enfin, cerise sur le gâteau, il souffle qu’à sa place, je me serais contenté de lâcher benoîtement un propos du style : « C’est dommage, je le regrette, c’est vrai qu’on n’a pas toujours les mêmes idées, mais je l’aime bien et j’espère qu’il reviendra un jour dans la maison socialiste où il a sa place.»
Le problème de Giesbert, c’est qu’il croit connaître la politique car il s’est mis en tête qu’il était un peu mon fils spirituel dans la confrérie des journalistes (une nuit à Latche, et c'est la folie des grandeurs). Je vais donc lui rappeler deux constantes de la vie publique, à respecter impérativement, si on ne veut pas finir par être livré aux chiens. D’abord, on ne ménage jamais les traîtres, jamais. Ensuite, qu’en quatre campagnes présidentielles, je ne me suis jamais gratté pour dire ce que je pensais des de Gaulle, Giscard, Chirac et assimilés, et ça ne m’a pas si mal réussi.
Pour finir, je félicite le directeur du Point pour la photo de une qui orne la couverture de son journal cette semaine. Il s'agit d'un portrait de Ségolène Royal choisi avec soin, on le devine aisément. Moi aussi en mon temps, j’ai eu droit à ces amabilités photographiques de la part de la presse aux ordres. Moi aussi, je me suis retrouvé, plus souvent qu’à mon tour, à la une de magazines, l’air défait, la mine hâve, le regard hagard et l’air tellement absent que je finissais moi-même par me demander si le cliché en question n’avait pas été pris à mon insu, à la fin d’une garde à vue de quatre jours. Soumise à un traitement identique, Ségolène Royal a, malgré tout, un petit avantage sur moi, et qui la préserve du pire. Ils ne pourront jamais la photographier mal rasée.


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