22/03/2007

Bayrou et Gandhi, Sarkozy et son labrador

 Je me suis toujours considéré comme libre. Libre à l’égard des forces d’argent, libre à l’égard des « gaullistes », libre à l’égard de la presse, des Etats-Unis, de Brejnev, de TF1 et même des… socialistes. Aujourd’hui comme hier, je dis ce que je veux, je fais ce que je veux, comme je le veux, au moment où je le veux. Croyez-moi, être en accord avec soi-même, je ne connais pas de meilleur bulletin de santé, et si je me livre à cette petite précision, ce jour, c’est que je redoute que certains, à gauche, ne se méprennent sur le sens de mon retour. Ils seront, comme toujours, surpris.

 Je persiste : François Bayrou est un homme dont on doit souligner la force de caractère. Il est venu à bout de son handicap en faisant preuve d’une détermination implacable. J’ai toujours pensé que dans la galerie des dirigeants centristes, c’était le plus prometteur. Je l’ai dit en son temps, mais à l’époque, plus personne ne m’écoutait. Avouez qu’il une autre allure que cet affligeant Méhaignerie ou ce pauvre Barrot. Cela ne m’empêche pas de penser que ce qu’il propose aux français est absurde sur le plan politique, pas plus que cela ne m’empêche de dire à Ségolène Royal que le meilleur moyen de lui reprendre des voix, ça n’est pas de dire qu’il est de droite, les français s’en fichent, c’est de parler plus fort que lui contre Sarkozy.

 Encore un mot sur Bayrou, je sais un fait dont personne ne vous entretient et je vous le livre puisque je suis ici pour cela : ce centriste a eu un passé de « hippie ». Oui, je dis bien  « hippie ». Il a été proche de Lanza del Vasto, le fondateur pacifiste de la communauté de l’Arche, une sorte de groupe inspiré des ashrams de Gandhi. Ecrivain, poète et militant anti-nucléaire, c’était un gentil illuminé, qui a flirté avec le gauchisme sans le savoir, et qui s’est illustré dans les manifestations contre l’installation d’un camp militaire dans le Larzac. Croyez-moi, les adeptes du personnage ne ressemblaient pas au jeune Devedjian de l’époque (celui-là, je lui ai toujours trouvé des faux airs de Jean-Claude Brialy en plus méchant, non ?), qui voyageait sans se séparer de ses barres de fer et souliers cloutés.  Fidèles à l’enseignement de Gandhi, Del Vasto et ses amis aimaient les fleurs et la nature. Bayrou l’a beaucoup fréquenté à une époque, et il y a quelques années, il savait évoquer sa relation avec ce personnage avec beaucoup d’émotion. La terre, la nature, l’harmonie de l’univers, les cheveux longs… C’est assez farce de se dire que le fossoyeur de Méhaignerie-Barrot a été un adepte de Gandhi.

 On me dit que Nicolas Sarkozy joue au « président » depuis plusieurs années. Il n’y a pas si longtemps, par une belle journée de juin, des visiteurs du ministre de l’Intérieur ont eu la surprise de le voir équipé d’un labrador noir avec lequel il s’esbaudissait dans les allées du petit jardin de la place Beauvau. Ces mêmes visiteurs ont ensuite été conviés par leur hôte à une conversation au coin du feu, dans les salons du ministère, afin d’évoquer les questions du moment et se délecter d’un bon thé chaud accompagné de délicieux petits gâteaux. Nicolas Sarkozy portait un pull-over un peu fatigué et un pantalon de velours. Il parait aussi qu’il mettait en garde les impétrants désireux de caresser son labrador : « Attention, il mord assez facilement », tandis que la pauvre bête, visiblement peu à l’aise avec toutes ces têtes inconnues, posait sa tête bienveillante sur les genoux des uns et des autres afin de démontrer qu’elle n’était pas la proie de tentations carnassières. A un moment, sans doute était-ce là l’effet recherché, les participants à cet étrange cérémonial ont fini par se dire que décidément, Sarkozy ressemblait à qui vous savez et que décidemment, avec son labrador féroce mais dressé, son pull un peu fatigué et son pantalon de velours, sa cheminée et son feu, son thé et ses petits gâteaux, sa conversation et sa France, décidemment, oui, il était bien le successeur annoncé.

  C’est là que l’un des convives est sorti de la séduisante torpeur où le plongeait habilement le ministre. Et il a fini par se dire que le chien, passe encore, mais que le pull, le velours, la cheminée, le feu, le thé, les gâteaux, tout cela en plein mois de juin, c’était, tout bien réfléchi, et même pour ressembler à qui vous savez, assez ridicule.

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