21/03/2007

Sarkozy et la télévision, Royal et le CERES

 Je constate sans déplaisir que « le Canard enchaîné » rapporte ce matin un incident survenu à FR 3 lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Christine Ockrent. Le dit Sarkozy menaçant de « virer » (quel vocabulaire…) toute la direction de la chaîne pour retard au maquillage et défaut de représentation de personnalités éminentes lors de son arrivée. Il faut vraiment s’appeler Sarkozy pour avoir envie de serrer la main molle, fuyante, moite, et pour tout vous dire, éternellement giscardienne, de Patrice Duhamel ou celle de son adjoint, ce faiseur de Carolis, (j’ai rétabli la vraie hiérarchie entre les deux hommes) mais passons… Certains de mes lecteurs vont sans doute s’étonner qu’en dépit de tous leurs efforts pour s’attirer ses grâces, les dirigeants de la télévision publique soient ainsi victimes des menaces du ministre de l’Intérieur. Rien n’est moins surprenant pourtant. On m’a dit en effet que sévit dans l’équipe de Duhamel, avec un titre de directeur délégué, un jeune homme du nom de Bastien Millot. Ce garçon est sans nul doute un grand connaisseur de la télévision puisqu’il était auparavant membre du cabinet de Jean-François Copé, ministre du budget et encore auparavant membre du cabinet du même Copé à la mairie de Meaux. A Bercy, il se serait rendu coupable d’un crime imprescriptible aux yeux de Sarkozy : il serait l’un de ceux qui auraient contribué à alerter la presse des déboires conjugaux du président de l’UMP au printemps 2005, à grands coups de téléphone passés dans toutes les rédactions. Il aurait même poussé le souci de livrer l’information la plus juste possible en envoyant la photographie du nouveau compagnon de Cécilia aux organes de presse intéressés. C’est pour cette raison que lors de la mise ne place de cette équipe à l’été 2005, les « sarkozystes » se sont vite persuadés que ces gens-là étaient installés par Villepin et Copé pour leur causer du tracas. Ca n’est pas faux et c’est toujours un spectacle plaisant que de voir les héritiers du « gaullisme » se chamailler entre eux pour le contrôle de la télévision… 

  J’ai aussi appris que les ministres se disputaient désormais les faveurs des présentatrices de journaux télévisés. J’ai vu la jeune Marie Drucker sur FR3 justement, une fois ou deux. Elle a bien fait de choisir François Baroin comme petit copain. Au début de leur liaison, m’a-t-on soufflé, ils se retrouvaient secrètement, le soir, sur le boulevard Exelmans à Paris. Ils s’embrassaient furtivement devant les passants, espérant ne pas être surpris et reconnus, évidemment. Ils sont très bien assortis et menent probablement une vie aussi trépidante qu'assourdissante. J’imagine qu’ils doivent s’endormir vite et paisiblement, lorsque la nuit tombe, après avoir revu le film « la boum » sur leur magnétoscope.

N’en déplaise à ses détracteurs, Ségolène Royal a réussi un tour de force que Lionel Jospin a raté il y a cinq ans. Jean-Pierre Chevènement et ses amis sont quasiment de retour au PS. Et pour ce que j’en vois, il y a lieu de s’en féliciter. Ces ex-CERES ont toujours été assommants, je vous l’accorde, mais de mon temps, je n’avais pas hésité à leur confier la rédaction du « Projet socialiste pour la France des années 80 » afin que ça ressemble à un vrai programme socialiste. Pour le reste, quand ils se montraient trop casse-pieds, au moment des congrès, je les envoyais faire un petit tour dans la minorité du parti. Ils adoraient ça. C’est ce que j’avais fait au congrès de Pau et de Nantes. Ils pouvaient ainsi refaire le monde, à leur convenance, dans leurs motions apocalyptiques. A l’époque, ils voulaient rompre avec le capitalisme en 100 jours. Vous imaginez ? 100 jours !  Moi aussi, je voulais rompre, mais je savais que ça prendrait un peu plus de temps, et puis, la référence aux 100 jours ne me paraissait pas être un gage de succès…  cela étant, si ces jeunes gens du CERES étaient un peu entiers d’apparence, croyez-moi, sur l’essentiel et à l’occasion, ils savaient transiger. Tenez, lors de la composition du premier gouvernement Mauroy en 1981, Chevènement nous en a fait voir de toutes les couleurs pendant deux jours. Il voulait se constituer son petit ministère tout seul… Rien ne trouvait grâce à ses yeux.

  « Et je veux ci et je veux ça et si j’ai pas ça, je viens pas… ». C’était éreintant. A la fin, j’ai indiqué à Mauroy de lui dire que c’était à prendre ou à laisser et qu’il avait cinq minutes pour se décider. Croyez-moi, ça n’a pas pris plus de dix secondes à Chevènement pour accepter, tout en affichant le masque d’une douleur intolérable, symbole d’un renoncement provisoire à la rupture avec le capitalisme en 100 jours. Dans le fond, j’ai toujours suspecté ces ex-CERES d'adorer les souffrances inutiles. Je ne vois pas d'autre explication au calvaire de quinze ans qu'ils se sont infligés en quittant le PS pour finalement y revenir au terme d'un chemin de croix plus qu'éprouvant. Chevènement et ses amis sont-ils masochistes? C’est peut être pour cela qu’ils se sentent si bien aujourd’hui avec Ségolène Royal.

 J’en profite pour saluer également le retour de Georges Sarre, ancien du CERES lui aussi, et vieux compagnon de Chevènement. En voilà un qui est plaisant et qui sera, si tout va bien en juin prochain, tout à la fois maire du 11e arrondissement de Paris et député de… la Creuse. Un destin à la mesure de ce personnage. J’en avais fait un ministre en 1988. Je dois dire que c’était plus pour embêter Rocard, qu’il saoulait de développements encore plus longs et incompréhensibles que les siens en conseil des ministres, et les journalistes, qu’il persécutait inlassablement de demandes d’interviews à répétition, que pour ses talents innés. Je dois reconnaître qu’il était doté d’une capacité de travail impressionnante. Je l’invitais parfois à déjeuner ou en voyage. Je sais qu’il s’en gargarisait auprès de ses collaborateurs : « Le président veut me voir, il a des choses à me dire ». En fait, je ne lui disais rien. Je lui tirais les vers du nez pour qu’il me confesse les derniers potins du conseil de Paris. Je me souviens l’avoir convié une fois, à un court voyage officiel avec déplacement en avion et tout le tralalas qu'il affectionnait… Je lui avais caché que j’emmenais également Elisabeth Guigou. Durant le trajet aérien, je ne me suis adressé qu’à elle, ne sollicitant Sarre que pour me verser un verre d’eau. Une jolie journée. 

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