21/03/2007

Mon successeur et Sarkozy

Il est entendu que mon successeur apporte son « soutien » à Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle. C’est ainsi en tout cas, que ce jour, les grands organes de la presse audiovisuelle résument le discours très bref du président sortant prononcé pour l’occasion. « Soutien ». Depuis ce matin, c’est le grand rabachage. « Soutien » par ci, « soutien » par là, du « soutien » en veux tu, en voilà… Le mot doit finir par leur brûler la bouche.

 Moi, je sais que mon successeur ne doit pas être satisfait de ce raccourci rapide, lui qui s’est donné tant de mal pour en faire si peu. Et puisque les journalistes ne se livrent pas à l’exégèse de petit texte, je vais les y aider.

 Voici ce que déclare mon successeur :

« S'agissant de mes choix personnels, les choses sont simples. Il y a cinq ans, j'ai voulu la création de l'UMP, et ceci pour permettre à la France de conduire une politique rigoureuse de modernisation, dans la durée.

Dans sa diversité, cette formation politique a choisi de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle, et ceci en raison de ses qualités.

C'est donc tout naturellement que je lui apporterai mon vote et mon soutien. »

 Moi en lisant ces quelques lignes, dont je devine, (pour avoir éprouvé directement parfois, la duplicité dont leur créateur peut être capable) qu’elles ont été mûrement réfléchies, j’ai compris que l’auteur regrettait que ce qu'il avait inventé (« J'ai voulu la création de l’UMP »)  ait choisi un candidat qui aurait très bien pu en être un autre (« dans sa diversité ») mais que, compte tenu de ce choix qui n’est pas le sien (« cette formation politique a choisi de soutenir la candidature de Nicolas Sarkozy »), il ne pouvait faire autrement que de voter pour ce candidat ET le soutenir, dans cet ordre là, disposition hiérarchique qui n’est pas innocente.

 Je note enfin l’emploi de l’expression « mes choix personnels ». Une expression qui devrait éveiller l’attention des observateurs paresseux de cette campagne. Ne ressemble-t-elle pas à celle employée par un certain Jacques Chirac, le 26 avril 1981, soir du premier tour de l’élection présidentielle, lorsqu’il avait indiqué « qu’à titre personnel » il ne pouvait que voter Giscard d’Estaing au second tour, alors que tout le monde sait depuis qu'en réalité, il complotait sa chute ?

 Voilà ce que l’on baptise « soutien » en France, en 2007, dans une campagne présidentielle. Moi je veux bien. Cela me donne juste envie de plagier ce que disait Talleyrand des gouvernements que l’on soutient. Je dirais donc qu’un candidat qui reçoit le soutien de mon successeur est un candidat qui tombe.

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