18/03/2007
Stratégie et présidentielle
J’ai appris aussi que Pierre Mauroy, devant des militants du Nord, avait fait part de ses interrogations sur la façon de mener la campagne, constatant que Ségolène Royal devait-elle aussi résoudre l’équation que pour ma part, j’avais résolu en 1988, et que Jospin, (tout à son droit d’inventaire) a superbement raté en 2002 : comment rassembler l’électorat socialiste au premier tour de l’élection présidentielle pour mieux rassembler les français au second sans perdre ni les uns, ni les autres ?
Les socialistes sont également nombreux à se demander à quel jeu jouent Strauss-Kahn et Fabius ? Là, c’est simple : ils préparent le congrès qui suivra la défaite de Ségolène Royal, défaite que sauf événement improbable, donc imprévu, ils jugent inéluctable.
On a beaucoup reproché à Ségolène Royal de ne pas les avoir intégrés plus tôt à son équipe de campagne. Au mois de novembre et de décembre, nombreux étaient ses proches à lui conseiller de les employer. Elle refusait toujours. « Si on leur donne du pouvoir, ils s’en serviront contre moi » disait-elle alors. Moi, je dis qu’elle avait raison. Depuis, elle a fini par céder et regardez ce qui s’est passé cette semaine. Ce sont eux qui ont lancé ce ridicule débat stratégique sur Bayrou. « DSK » qui prépare ce que l’on sait et Fabius qui reste sur sa ligne de gauche. Cacophonie et désordre, voilà le résultat. Et bien évidemment, il ne faudra pas compter sur Hollande pour mettre de l’ordre, tout cela le sert. Bayrou, il ne sert à rien d’en parler. Au risque de paraître immodeste, je dirais qu’il faut juste se montrer plus mitterrandien que lui.
Voilà. Cette situation est assez horripilante. Je n’ai plus beaucoup d’illusions sur Le PS depuis que les « jospinistes », et leurs alliés ont mis la main dessus au, congrès de Rennes, mais là, trop c’est trop.
J’ai vu également que Jean-Pierre Chevènement avait compris que la montée de Bayrou était du à sa campagne « anti-système ». Quelle découverte ! Je rougis d’avoir à le rappeler, mais moi, j’ai toujours été un candidat « anti-système ». D’ailleurs, c’est toujours pareil. En 65, en 74, en 81, en 88: de Gaulle, Pompidou, Giscard, aujourd’hui Sarkozy, toujours le même système. La droite, son argent, ses medias, ses Duhamel. Et c’est un système haïssable. Souvenez-vous de la façon dont j’étais entré en campagne en 1988. Ma déclaration sur Antenne 2. J’étais le président de la République sortant. Ils pensaient tous que j’allais leur servir un filet d’eau tiède, et j’étais sorti de là après avoir dénoncé les « clans », « les bandes », « les factieux », « les partis qui veulent tout », bref, j’étais devenu le candidat-président "anti-système", j’avais doublé Raymond Barre sur son centre gauche et son ventre doit, et les français m’ont réélu pour cela. Au premier tour, les électeurs de gauche, qui je le crois, sont par définition des gens qui veulent que ça change, donc « anti-système », m’ont suivi. Et au deuxième, les français ont emboîté le pas. Ca n’est quand même pas la mer à boire que de le comprendre. Le candidat socialiste doit être par nature LE candidat « anti-système ».
C’est comme cela que Bayrou est entré en campagne et qu’il accompli sa percée en volant des électeurs socialistes. La méthode est infaillible, c’est la mienne. Ce qui est cocasse d’ailleurs, c’est que c’est Jean-Marie Cavada, homme de droite authentique, comme je le les apprécie parfois (ça n’est pas un bourgeois né avec une cuiller d’argent dans la bouche), qui a inspiré cette ligne à Bayrou.
Les socialistes ont un besoin urgent de réapprendre à haïr la droite plutôt que de se haïr entre eux; sinon, ils n’arriveront à rien.
Nicolas Dupont-Aignan ne peut être candidat à l’élection présidentielle. Je le regrette bien. Plutôt que de tenter d’empêcher Besancenot de recueillir ses 500 signatures (avec succès apparemment…), Hollande aurait du faciliter la candidature de Dupont-Aignan. Ce jeune homme talentueux aurait causé grand tort à Sarkozy. Il aurait pu jouer le rôle dévolu à Marie-France Garaud en 1981 contre Giscard. J’avais donné des instructions à l’époque afin qu’elle puisse se présenter et je ne l’ai jamais regretté. Encore un atout de perdu…
PS : Jospin a tenu meeting hier afin de soutenir Ségolène Royal. Il y avait 400 personnes m’a-t-on dit. C’est bien.


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